Production minière de la Compagnie B2Gold au Mali : Agonie et strangulation programmée du village de Fékola

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L’ouverture potentielle le 3 février 2018 d’une mine d’or de rang mondial par la société « Songhoï Resources SARL », filiale de la multinationale B2 Gold du canadien Clive Thomas Johnson, PDG du groupe, sur les terres arables du village de Fekola dans le cercle de Kéniéba (région de Kayes) aura pour seule mérite de lessiver ces gisements de la vallée. L’enjeu majeur de l’investisseur est, avant tout, de prévenir l’épuisement de ses réserves en or, de diversifier son économie.

Quelles que soient les motivations rationnelles et les justifications politiques de la compagnie minière, son objectif n’est pas destiné à améliorer les conditions de vie locale: elle passe aux yeux des spécialistes pour un mal radical séduisant auquel on ne reconnaît nulle valeur utilitaire.
Fait aux mépris de toutes les règles de procédure (implication des populations…) ce projet, ne laisse apercevoir à l’horizon aucun bien social. C’est, ce fond communément admis qui motive la révolte, l’accueil hostile, résolu à dégager de la localité tout ce qui l’encombre, l’agonise.
Une estimation des effets effroyables de la crucifixion, à double tranchant, révèle :
La disparition des zones de pâturage : ce goulet d’étranglement qui enserrera le village de Fekola par son harnachement déréglera le secteur pastoral.

Un chaos sanitaire incontrôlable en raison des maladies consubstantielles à de telles activités. On assistera à un deuil qui frappe une commune qui n’aura rien inscrit sous l’égide du développement durable. Fekola entrera dans une phase de cumul de vulnérabilité à laquelle il ne faut jamais se résigner.

La compagnie canadienne viendrait porter un coup meurtrier à une localité irrémédiablement condamnée, en tout cas appelée à sombrer dans un abîme aux conséquences douloureuses.
L’effet si provocant de l’investissement suscite de l’emportement passionnée des propriétaires de la terre convoitée ; mais, l’investisseur Canadien n’a pas l’intention de repartir : il a déjà débloqué de l’argent qui le rend propriétaire du domaine si bien que désormais il tient à préserver son acquisition.

Les intellectuelles avaient lancé le signal de détresse, déclenché l’alarme. La réaction est à la hauteur de la menace. Elle est advenue à la suite de l’accès à la façade véritable de « l’édifice » dont l’indigence conceptuelle est liée à la trame politique du pays. L’opiniâtreté de l’administration sur cette question qui récidive exaspère tout le monde et soulève simultanément une interrogation anxiogène : a-t-elle déjà reçu sa prime de signature ?
Tout laisse supposer que les prêtres de l’administration, les forces politiques peaufinent leurs plans pour éluder les problèmes qui guettent. Ils s’efforcent de rester impassibles mais ils ont déjà formulé leur approbation.

Leur silence s’explique-t-il probablement par une posture double-foyer qui rend complice ? Une dégradation morale en échange d’une gratification matérielle aussi simple qu’un poste est un domptage qui ne sert pas nos communautés ! L’habitude politique traditionnelle de réussite, de promotion d’intérêt personnel font école.
Mais si on veut être un homme honnête désireux de garder le sens du tribunal de l’histoire, de sa valeur intellectuelle, force est de rester à distance des implications du système des non-dits mis en place. Le traitement confidentiel de cet affairisme fructueux mal réfléchi se fait, à coup sûr, à l’encontre de la localité de Fekola.

Il faut des raisons rationnelles de penser qu’il y aura une délégation de Co-regionnaires qui s’efforcera d’extorquer aux habitants de Fekola des concessions : Il faut se montrer sceptique à l’égard de ces émissaires. Leur apologie zélée du projet Canadien ne serait que bouclier protecteur des postes politiques.

Il faut craindre d’y trouver des inexactitudes. Placés entre les exigences amorales de la politique et le souci d’épargner leurs proches du risque sanitaire, nos leaders politiques se trouvent dans une posture incommode où les positions ne sont pas faciles à prendre. Il faut comprendre cette passivité ! Mais la terre constitue la force réelle de la localité de Fekola! Devons-nous plaire ou mettre en déroute toute velléité de s’en accaparer ?

Jean Pierre James

Source : aBamako

aBamako

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