Boua Ni Sogoma

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Bonjour Kôrô président devrais-je dire, car le président IBK est mon frère aîné et non un père pour moi. Puisque ceux qui ont fait la belle trouvaille de Boua Ke Bla ont donné matière au camp du président IBK à battre campagne avec le contraire : Boua Ta Bla, je voudrais intituler le titre d’article que je me propose d’écrire une fois par mois sur l’état du pays, mon opinion sur la gouvernance, les rumeurs, les ragots, etc.J’ai choisi d’accompagner donc mon grand-frère président pendant son second mandat de cinq ans, en lui révélant ce que l’opinion nationale dit de lui, de ses proches et de ceux qui dirigent le pays avec lui ou contre lui.

J’ai publié pendant les cinq dernières années du mandat du président ATT des articles, à raison d’un article par mois et qu’avec la bienveillance du directeur de publication du journal “L’Aube” j’arrivais à faire publier. Souvent mes enfants avaient peur du contenu de certains de ces articles. Et poliment ils me demandaient d’arrêter d’écrire si en retour je n’y gagne rien, tellement certains sujets étaient délicats, osés et même dangereux.

Je n’ai, du reste, jamais été inquiété par les sbires du président ATT, ni par la Sécurité d’Etat, ni par les procureurs de la République.

Je n’ai jamais été reçu ni par le président, ni par son entourage. J’avais cette satisfaction d’avoir dit au président de tous les Maliens mon point de vue sur ce que je voyais dans sa gouvernance et ce que j’en pensais.

Je regrette simplement et sincèrement que le président ATT n’ait pas porté le moindre regard sur ce que je lui disais. Cela aurait pu, j’en suis sûr, lui éviter beaucoup d’erreurs et d’errements qui ont émaillé la fin de son mandat, une fin très trouble et qui a fini par l’emporter.

Comme on le dit chez nous, «dans la maison chaque petit objet à son importance». Un chef et par surcroit un chef d’Etat doit avoir de grandes oreilles pour tout entendre, de gros yeux pour tout voir, une bouche pour dire le dicible et taire l’indicible et enfin une intelligence pour discerner le bien du mal, le vrai de l’ivraie, etc.

Kôrô président, je reste comptable de votre prochain bilan, celui par lequel vous ne serez pas le seul à être jugé, mais par lequel toutes ces Maliennes et tous ces Maliens de l’intérieur et de l’extérieur qui ont voté pour vous et qui vous font confiance seront eux aussi jugés.

Je suis de ceux-là qui, à visages découverts, vous ont déclaré leur soutien et ont mobilisé beaucoup de nos artistes et autres acteurs culturels à se rallier à vous parce que moi je crois en vous, en votre passion démesurée pour le Mali et en votre sens du partage et de l’équité.

Je vous ai approché en 2007 chez vous à Sébénicoro, à la faveur de la présentation de votre programme de société que vous avez enregistré sur K7 audio et dont le lancement a eu lieu au CICB, j’en étais l’un des organisateurs en ma qualité de producteur de spectacles. Vous m’avez également reçu à une autre fois avec feue Molobaly Traoré de Niono.

Et lorsque, sorti vainqueur de l’élection présidentielle de cette année-là, on vous a déclaré perdant, vous m’avez dit que Dieu en avait décidé ainsi et que vous n’avez pas besoin de soulever votre peuple contre cette volonté. Depuis, j’ai compris qui vous êtes et qu’à vous on peut confier le destin d’un peuple, d’une nation.

Lorsque la même volonté de Dieu vous a propulsé au-devant de la scène politique nationale en 2013 et en 2018, pour vous confier le destin de ce même peuple que vous avez refusé de sacrifier sur l’autel de l’orgueil et de la soif de pouvoir en 2007, vous devrez en mesurer toute la portée et le poids de la responsabilité qui vous incombe désormais.

J’ai choisi de vous soutenir et de voter pour vous non pas pour moi-même mais pour tous ces artistes malades que vous avez soignés et au chevet desquels nous vous êtes personnellement rendu avec souvent certains membres de votre gouvernement ou de votre famille.

Les larmes de compassion que vous avez versées pour ces artistes malades en disent long sur votre amour profond du prochain ceux d’entre eux qui n’ont pas survécu, ont été portés en terre par nos soins après que vous ayez mobilisé et protocole et chancellerie et argent et vivres pour leur rendre l’honneur de la nation et soutenir les familles.

Faites en sorte Kôrô président que même après vous les artistes puissent bénéficier des avantages d’une mutuelle, mais pas celle où ils ne peuvent accéder qu’aux médicaments DCI en cas de maladie mais cette autre forme de mutuelle qui leur donnerait les mêmes avantages qu’à l’Amo. Vous auriez alors tout donné à vos amis les artistes.

Kôrô, vous avez désormais l’obligation de résultat, car en bon Mandinka, je sais que vous avez pour ambition, au-delà du Mali, de sortir par la grand-porte, de laisser à l’Histoire votre nom et des actes.

Descendant de Soundiata dont on parle encore et toujours du rôle dans la construction de l’empire du Mandé, vous devrez vous-aussi être ce Fédérateur de l’ensemble des composantes de notre pays, de ceux qui vous ont élu et de ceux qui vous ont combattu et qui continueront de vous combattre.

Ne croyez pas que vous ferez l’unanimité absolue. Parce que vous pas Dieu, mais plutôt un être humain plein de défauts.

Tout le monde ne vous aime pas et ne peut vous aimer. Et il ne peut en être autrement.

Vous avez donc cinq ans pour convaincre le peuple qui vous a élu et tous les autres, de votre bonne foi à mettre le Mali au-dessus de tout, tel votre slogan de 2013 le dit : “Le Mali d’Abord” et à ne travailler que pour le bonheur des Maliens.

Pour le bonheur des Maliens.

Le chantier qui vous attend est vaste et tout y est prioritaire. Nous retiendrons dans ce premier article seulement quelques-uns que nous avons choisis au gré de notre inspiration du jour :

Le problème de la sécurité

Il est vrai que ce n’est pas par une baguette magique que l’on peut pacifier ce pays qui, depuis 2012, ne connait pas de répit dans les attaques quotidiennes de jihadistes venus d’Irak, de Libye, d’Algérie et d’ailleurs. Ils livrent à notre pays une guerre asymétrique que des nations plus nanties, plus équipées militairement n’ont jamais su circonscrire. Il est vrai que vous ne pourrez pas endiguer un tel phénomène en cinq ans, un phénomène que les grandes nations au monde n’ont pas pu éradiquer. Mais déjà vous mesurez toute la dimension de votre lutte pour pacifier votre pays. Vous y avez fait un pas de géant avec le réarmement moral et matériel de nos Forces armées et de sécurité, tâche que vous êtes obligé de poursuivre pour que nous gardions dans le giron du Mali le maximum de nos régions et pour qu’enfin le développement économique qui piétine puisse se poursuivre.

La paix, Kôrô président passe aussi et surtout par l’application de l’accord de paix. Il y a dans ces accords beaucoup de zones d’ombre, beaucoup de chapitres qui vont, si nous ne prenons garde, consacrer la partition de notre pays.

Il est vrai que nous les avons signés en toute souveraineté, mais peut-être aussi avec le couteau sous la gorge.

Je pense qu’il n’est pas tard de ré-consulter votre peuple autour des dits accords : article par article et dans nos langues pour que les spécialistes qui en ont régulièrement discuté à Alger-Ouaga et Bamako puissent “mettre la langue” entre les mots et expliciter ce qu’ils ont écrit en français, langue à laquelle bon nombre de nos concitoyens n’ont pas accès.

Ne soyez pas celui qui, fou du Mali : “Mali ko yèrè yèrè do” va consacrer cette partition par une application aveugle de ces accords.

L’emploi des jeunes

Vous deviez vous départir de ces pseudo-politiques de création d’emplois qui ne peuvent répondre aux besoins réels des centaines de jeunes qui sortent de nos écoles tous les ans. Les emplois temporaires, précaires que créent les structures comme l’ANPE et autres ne sont que des trompe-l’œil sinon la poudre aux yeux de ces jeunes qui ont faim et soif et qui vivent sous l’aisselle de leurs parents à 30 ans et plus sans espoir, sans boulot et sans perspectives, toutes choses qui les poussent à choisir entre : arriver en Europe et mourir dans le désert ou dans l’océan.

Notre pays a tous les moyens pour offrir à ces enfants le maximum de boulots. Pour plus d’un million deux cent mille kilomètres carrés que n’avons-nous pas de terre et de cours d’eau pour donner du travail à nos enfants ?

Et si hier ils voulaient être tous fonctionnaires dans des bureaux climatisés avec l’assurance d’avoir un salaire garanti, l’Amo, la retraite, aujourd’hui ils sont nombreux à travailler dans le privé où ils gagnent deux fois plus que dans le gouvernement.

Ils sont également nombreux à se jeter à la mer pour récolter des tomates, des fraises, etc., ailleurs. Ce qui veut dire qu’ils ne rechignent plus à travailler la terre.

Kôrô président, faites faire des contrats-plans avec les communes pour mettre à disposition des jeunes des milliers d’hectares où ils peuvent pratiquer agriculture, élevage, pêche, maraîchage. Ils garantiront l’autosuffisance alimentaire et ils créeront des milliers d’emplois pour des milliers de jeunes. Faites du secteur primaire le socle de ce combat pour l’employabilité des jeunes.

Vous avez déjà deux (2) usines de montage de tracteurs, même des usines de fabrication d’engrais (Toguna et une à Ségou). Tous les ingrédients sont donc réunis pour réussir cette nouvelle politique de création d’emplois pour le plus grand nombre.

Notre pays est riche de son sous-sol. Les zones d’orpaillage traditionnel ont proliféré ces dix dernières années. Faute d’emploi, les jeunes s’y sont rués pour trouver leur pitance quotidienne. Vous devrez pouvoir organiser l’exploitation minière en allant vers l’extraction et la transformation de nos ressources minières.

Vous aurez contribué à créer de nombreux emplois et à moraliser l’exploitation sauvage de notre environnement et la destruction de notre écosystème.

Ils n’y a plus de faune et de flore de Mopti jusqu’à la lisière de Kangaba. Tous les animaux ont disparu parce qu’ils n’ont plus de gîtes. Même les forêts classées ont été saccagées avec la complicité des autorités villageoises et le silence coupable des agents des eaux et forêts. Sikasso qui était, à mon sens, la dernière réserve forestière de notre pays connait non pas les conséquences du dérèglement climatique, mais du mauvais comportement de l’homme.

Un autre pilier de votre politique devra être le reboisement tous azimuts. Il s’agira pour vous d’encourager les communautés à planter des arbres dont elles assureront l’entretien. Et vous instituerez un Prix spécial du meilleur reboisement.

Et là encore vous devrez sévir contre ceux sui veulent rayer notre pays de la carte du monde en continuant à couper et à détruire notre faune et notre flore. Toutes les lois en ce sens existent. Il s’agit de les appliquer sans discernement. Car vous n’avez rien à perdre.

Vous devrez aussi revoir notre système éducatif qui a l’avantage de former des chômeurs (excusez-moi du peu). Il s’agit d’avoir le courage de refuser certains financements de notre éducation qui nous imposent des systèmes qui demeurent incompatibles avec les réalités de chez nous. Adoptons nos formations à nos besoins de développement.

La création d’infrastructures

Nos routes se dégradent de jour en jour. Et tous les jours les ressources des contribuables sont utilisées pour construire des milliers de kilomètres de route pour les voir se détériorer au bout de quelques années et même souvent de quelques mois. Vous devriez pouvoir mettre fin à cette gabegie, à ce gaspillage inutile, préjudiciable à notre économie.

Veillez Kôrô président sur les marchés de construction de routes et d’édifices publics pour que ceux qui, par quelque moyen que ce soit, se trouvent attributaires des marchés puissent respecter le délai de garantie qu’ils donnent, faute de quoi, ils s’engagent à reprendre et non pas à réparer la partie endommagée.

Et pour ce faire, ils devraient pouvoir donner la caution nécessaire qui garantisse le coût de réalisation du marché qui leur est attribué.

La lutte contre la corruption

On traite votre entourage de corrompu. Commencez donc à balayer devant votre porte, si vous voulez être un porte-étendard de cette lutte ; fouettez les morts pour que les vivants aient peur de vous.

Vous avez déjà commencé à mettre les fonctionnaires dans les meilleures conditions de vie et de travail : augmentation des salaires, des primes et des frais de mission, etc., poursuivez cet effort et sévissez contre ceux qui, malgré tout, continuent à dilapider nos maigres ressources. Au Mali tout le monde connait tout le monde. Et tout le monde sait ce que l’autre a comme biens matériels notamment.

Les nouveaux riches sont nombreux chez nous. Avant vous, il y aurait plus d’une dizaine de milliardaires avec plus de 50 % de fonctionnaires. Et le clan des nantis et de ces nouveaux nantis ne fait que grossir. Il s’agira, pour vous, d’arrêter cette prolifération de nouveaux riches en multipliant les contrôles (même si nous savons que l’Etat a mis assez de garde-fous pour préserver les deniers publics : Contrôle d’Etat, Inspections générales, Vérificateur général, etc.)

Et malgré tout, la corruption continue de gangrener notre économie, de saper les fondements de notre développement et de servir de terreau à une révolte populaire inéluctable des pauvres contre les riches.

Commencez Kôrô, à réduire le train de vie de l’Etat en réduisant les missions à l’extérieur et les effectifs des délégations. L’économie de bout de chandelle pourra servir à financer l’installation des jeunes dans les zones avec lesquelles vous aurez signé un contrat-plan logement social, tracteur, wifi, énergie solaire, adduction d’eau, moyen de déplacement et de ravitaillement.

N’ayez pas peur de sévir contre la corruption car elle est un des reproches majeurs que vous l’on fait ainsi qu’a votre entourage.

Le volet social

Il y a les travailleurs de l’Huicoma, de la Somiex, de la Comatex, de la Comanav, etc., et tous ces partants volontaires à la retraite qui, à un certain moment et sans préparation ont accepté de se sacrifier pour le Mali suite aux exigences du FMI et de la Banque mondiale de dégraisser la fonction publique.

Ils ont perçu entre 1 750 000 et 4 000 000 comme prime d’incitation au départ à la retraite volontaire. La plupart d’entre eux sont morts de désespoir, à force d’attendre d’hypothétiques appuis de l’Etat à chaque Mois de la solidarité. Comprendront-ils jamais que l’Etat du Mali ne leur doit pas le moindre radis ? Ceux qui sont morts, l’ont appris à leurs dépens.

Les logements sociaux ne sont plus destinés aux pauvres, aux couches moyennes. De nombreuses habitations construites par les différents programmes ont été retirées à ceux qui n’ont pas pu s’acquitter de leurs mensualités. Elles restent toujours fermées et n’ont pas fait d’objet de nouvelles attributions. Il faudrait moraliser également ce secteur qui, du reste, est très sensible et les rumeurs tendancieuses disent que les logements sociaux sont plutôt pour les riches.

Kôrô président, cinq nouvelles années pour vous ne suffiront point pour refaire le Mali que vous avez hérité dans un des contextes les plus difficiles que notre pays ait connus. Vouloir tout corriger, tout nettoyer, tout remettre en l’état dans un pays qui se trouve au fond du gouffre relèverait d’un miracle. Faites ce que vous pouvez et aller puiser dans les profondeurs de votre passion pour le Mali pour laisser à l’Histoire votre nom de Bâtisseur.

En tous les cas soyez assuré de mon accompagnement pendant les cinq ans de votre dernier mandat. Je ne mettrai pas de gants à vous dire ce que je pense de votre gestion du pouvoir et de ce que même vos adversaires (car vous n’avez pas d’ennemis lorsqu’il s’agit du Mali) racontent et pensent de vous.

Qu’Allah SWT vous assiste et sauve le Mali !

Producteur de spectacles

Tél. : 76 43 99 33

Source : aBamako

aBamako

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