Commandant Bakary Dao, directeur régional de la protection civile du district de Bamako « Nous avons enregistré 4211 blessés et malheureusement 49 décès au cours des trois derniers mois »

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Dans une interview exclusive qu’il nous a accordée, le mardi 23 octobre 2018, le directeur régional de la protection civile du district de Bamako, le commandant Bakary Dao parle entre autres des raisons liées aux multiples inondations de cette année, le bilan trimestriel des accidents au cours du dernier trimestre (juin, juillet et août), le bilan journalier des accidents à Bamako, les causes des accidents de circulation….

Selon lui, Bamako enregistre plus de 30 accidents par jour. « Il y a eu 4211 blessés et malheureusement 49 décès au cours du trimestre dernier », a indiqué le directeur régional de la protection civile du district de Bamako.
Le Républicain : Nous avons constaté des multiples inondations cette année. Quelles sont les causes principales de ces inondations?

Effectivement, c’était d’ailleurs annoncé par les services de météorologie, il y a eu cette année un flux important au niveau du barrage de Sélingué. Donc, le barrage a été débordé occasionnant des lâchers d’eaux. Ces lâchers d’eaux ont provoqué la montée des eaux au niveau du fleuve Niger. C’est ainsi que tous les riverains ont été inondés. Habituellement, les eaux de pluie provoquent des inondations mais les inondations sont dues cette année à la montée des eaux au niveau du barrage de Sélingué avec des lâchers d’eaux. Cela a permis de submerger, c’est pourquoi beaucoup de familles se sont vues inondées.
Bakary Dao : Est-ce que les services de la protection civile ont eu les moyens nécessaires pour faire face aux inondations ?

Le cas de cette année était spécifique parce qu’il y avait un grand nombre d’individus qu’il fallait faire déplacer. Nous étions confrontés à un réel problème de moyen mais avec la synergie des actions entre les autorités, la MINUSMA et les ONGs partenaires dans le cadre de notre plateforme d’inondation, on a apporté des matériels de premier secours notamment pour faciliter le déplacement des sinistrés, le transport de l’eau vers l’extérieur avec l’appui des pirogues, des zodiacs.

Quelle était réellement la difficulté majeure à laquelle la protection civile était confrontée ?
Pour faciliter la traversée du fleuve, il fallait des zodiacs mais nous sommes en insuffisance des zodiacs car la protection civile disposait d’un seul zodiac et la brigade fluviale de la gendarmerie en avait un autre, ce qui était insuffisant pour faire sortir beaucoup de gens dans l’eau vers les rives. C’est pourquoi, on avait sollicité auprès des partenaires pour nous renforcer en zodiacs et en pirogues modernes pour faciliter notre mission.

Après un accident, quelles sont les premières dispositions que vous prenez ?
Après un accident, ce qui peut nuire à la vie de l’accidenté c’est la prise en charge primaire. Il faut qu’au cours de la prise en charge primaire les gestes de premier secours puissent être appliqués. Par exemple : quand quelqu’un a le dos fracturé après un accident, la victime ne doit pas mourir pour cela mais la personne peut mourir lorsque le premier secours est mal géré. Donc, c’est une formation du grand public, il faut que chaque malien soit formé au geste de premier secours pour pouvoir apporté assistance et secours en cas d’accident.
Quelle est la coordination entre l’hôpital et les services de protection civile après l’acheminement d’un blessé ?

Le plus souvent, il n’y a pas une grande coordination mais au niveau de Bamako par exemple : il y a deux infirmeries qui sont animées par des médecins mais lorsque nous avons des difficultés nous nous appuyons sur ces médecins. Heureusement, nous n’avons pas connu de difficulté cette année parce qu’il y a la loi hospitalière qui dit dans son article 9 que toute personne est prise en charge dès son arrivée au niveau de l’hôpital par les hôpitaux. C’est pour dire qu’il n’y a pas de coordination dans le vrai sens mais lorsqu’un problème se pose, on le gère facilement entre responsables.
Est-ce que le travail de la protection civile se limite seulement à l’acheminement d’un blessé à l’hôpital ?

Le travail de la protection civile ne se limite pas seulement à l’acheminement parce qu’il y a l’hospitalisation et le pré-hospitalisation dont l’hospitalisation est gérée par le corps médical et le pré-hospitalisation est géré par la protection civile. Vous savez, on pose des gestes de secours mais s’il y a des blessés qui dépassent de simples gestes de secours, on pose même des actes de santé avant d’arriver à l’hôpital car on a des infirmiers et médecins. Il s’agit de pouvoir prendre la personne blessée avec précaution et ensuite les actes de santé se posent par le médecin dans les ambulances médicalisées selon la nécessité.

Quelles sont les causes principales de la fréquence des accidents de circulation à Bamako ?
A Bamako, il y a trois sortes d’accidents qui sont fréquents : auto et moto, moto et moto, moto et piéton. Alors, les causes principales de la fréquence des accidents de circulation sont dues à l’incivisme (l’excès de vitesse et la conduite en état d’ivresse...) Les gens roulent à l’excès, boivent de l’alcool ou ils prennent de la drogue pour conduire surtout nuitamment ce qui provoquent les accidents.

Quelles sont les zones où la fréquence des accidents de circulation est plus élevée ?
Concernant la rive droite, les zones accidentogènes sont la route de Ségou au niveau du 13ème Arrondissement en allant vers le poste de Niamana et la route de Sikasso au niveau de l’ONAP en allant vers le poste de Senou. Mais, il y avait une troisième voie concernée par les accidents qui a tendance à diminuer actuellement: la route de Bacodjicoroni.

Quant à la rive gauche, il y a la route qui mène à Sébénikoro et la route qui va vers Moribabougou. Les routes de Sébénikoro et Moribabougou sont des voies bitumées et libres où il n’y a pas de ralentisseurs et même pas de feux c’est pourquoi les usagers roulent à l’excès. Concernant, les voies de Niamana et de Sénou, il y a une forte concentration du public sur ces routes qui sont pourtant rétrécies. Ces voies sont également moins lumineuses. Ce qui peut expliquer la fréquence des accidents.
Quelles sont les solutions que vous préconisez ?

Comme solution possible, d’abord, il faut une éducation pour tous pour que les gens appliquent les règles de la circulation. Il faut que les gens puissent observer les vitesses indiquées par la réglementation en vigueur. Il faut que les conduites à tenir puissent être respectées par les usagers, il s’agit de ne pas boire d’alcool ou encore se droguer et réduire les vitesses en ville. Il faut aussi que les routes soient en bon état et lumineuses pour faciliter la fluidité dans la circulation.

Quel est le nombre d’accidents journaliers à Bamako ?
A Bamako, nous avons une moyenne de 36 accidents avec 25 à 30 blessés par jour durant les jours ouvrables mais pendant le weekend, il peut avoir souvent plus 90 accidents par jour. Nous avons une moyenne d’un cas de décès par jour mais il peut y avoir des jours sans décès.
Quel est le bilan des accidents au cours des trois derniers mois ?

Selon notre bilan trimestriel (juin, juillet et août), nous avons 4211 blessés et malheureusement 49 cas de décès. A ce propos, nous demandons aux usagers de respecter les règles de circulation et d’accepter souvent au-delà de sa priorité de céder le passage aux aînés comme ça se fait dans nos familles. Il ne faut pas répondre à l’indélicatesse des autres dans la circulation, c’est à ce prix qu’on peut quitter chez soi et rentrer au besoin sans incident. Nous demandons également aux motocyclistes de ne jamais conduire sans casque pour leur propre sécurité car la plupart des décès sont dus à des traumatismes crâniens.

Propos recueillis par Moussa Dagnoko

Source : aBamako

aBamako

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