Front social: sortir de la spirale

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Ce serait un bel euphémisme que de dire que notre cher Mali est dans une zone de turbulence. Subite dégradation de l’atmosphère, liée à une présidentielle dont l’État, pour la première fois, a supporté l’entier fardeau financier ou à la récurrence d’une insécurité qui fait désormais partie du quotidien pas que des populations du nord et centre ?
L’engagement de nos forces armées et de sécurité, depuis six ans dans le combat pour la restauration de la souveraineté et contre les groupes terroristes, les narcotrafiquants et aux autres émirs du commerce illicite demandent des ressources, humaines et bien entendu financières. Ces trois dernières années (2016-2018), l’Etat du Mali a recruté environ 20 000 éléments pour renforcer les forces armées et de sécurité du Mali (FAMAs). En termes de coût, l’effort de guerre représente 22 % du budget national, soit environ 300 milliards par an.
Sur les 49 milliards prévus pour le processus électoral 2018, pour le scrutin présidentiel, l’État a déboursé sans aucune aide extérieur plus de 29 milliards qui ont été répartis à la suite d’un arbitrage entre les six structures en charge de l’organisation (le ministère de l’Administration territoriale, la Délégation générale des élections, la Commission électorale nationale indépendante, la Cour constitutionnelle, le Comité national de l’égal accès aux médias d’État et le ministère de la Sécurité et de la Protection civile).
Que ces impondérables inhérents à la gestion d’un pauvre comme le nôtre créent quelques tensions de trésorerie, c’était logique. Et même prévisible.
Ce qui était aussi dans l’ordre du prévisible, c’est l’agenda social. Du moins, sa gestion. Partant du principe qu’est légitime toute revendication tendant à l’amélioration des conditions des travailleurs, l’État aurait, en amont, dû négocier un moratoire avec les syndicats pour ne pas être pris à défaut sur ses engagements, et sa parole.
En priorisant le chapitre politique et électoral (il est vrai pour rester conforme aux délais constitutionnels), l’Etat a pris le risque de faire pater le Front social qui l’accable aujourd’hui de mauvaise foi et de mauvaise volonté. Oui, dit-on, si c’est pour organiser les élections, il y a de l’argent, mais pour prendre en charge nos doléances, « les caisses de l’État sont vides », comme l’a laissé entendre le Chef de file de l’Opposition à la suite de sa rencontre avec les magistrats.
Le risque majeur, dans le contexte, c’est de voir se réveiller et se liguer tous les irrédentistes syndicaux, dans l’infortune diverse, sinon, toutes les composantes syndicales contre la mauvaise passe de l’État. Les élans de sympathies syndicales envers les magistrats ces derniers peuvent être une dangereuse spirale si elles ne sont pas vite contenues et maitrisées dans le cadre d’un dialogue social restauré et recadré, ouvert et inclusif, comme l’a promis le chef du gouvernement « sur la question des salaires pour voir comment traiter cet aspect de notre vie de manière durable en tenant compte des ressources et dans l’équité ».
Le risque majeur, c’est aussi de laisser cette dangereuse spirale revendicatrice récupérée par les forces négatives et les adversaires du régime. Or, l’alerte vient d’être sonnée. Selon les Facebookan, l’opposition regroupée au sein du Front pour la Sauvegarde de la Démocratie qui projette d’organiser un meeting ce dimanche au Palais de la culture, a battu le rappel de toutes les troupes frustrées contre le régime, pardon toutes les couches socio-professionnelles actuellement en grève notamment : les syndicats des magistrats, les syndicats des DFM, les syndicats d’enseignants, etc.
Une invitation qui, si elle est répondue, pourrait sceller les prémisses d’une jonction politico-syndicale, dont les objectifs pourraient être facilement devinables.
Le risque majeur, c’est enfin, ces fameuses conférences régionales sur les avant-projets de texte relatifs à la réorganisation du territoire.
Organisées dans chaque région pour prendre en compte les avis et les suggestions des populations et regroupant représentants de l’État, associations et organisations de la société civile, partis politiques, collectivités territoriales, chefferies traditionnelles, chefs religieux et mouvements signataires de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, elles pourraient si elles ne sont pas bien encadrées devenir des fora pour mettre en accusation le régime.
Par Bertin DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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