Faut-il conjuguer l’espoir au passé ?

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Une grève inédite et qui bat les records de l’institution judiciaire qui tient toujours en haleine, pour ne pas dire en otage, la République et les citoyens en attendant que messieurs les juges soient satisfaits de la leçon administrée au Gouvernement ; une prorogation du mandat des députés reportant de facto les législatives qui creuse davantage le fossé entre les acteurs politiques et sociaux; un avant-projet de redécoupage territorial qui ouvre la boite à Pandore de toutes les divergences et velléités territoriales en attendant les déchirures auxquelles les conférences régionales projetées souveraines pourraient donner lieu si elles ne sont pas encadrées; des enfants dans la rue pour n’avoir pas été orientés ; des promoteurs d’école en vadrouille à la quête de leur pitance ; des travailleurs des Collectivités Territoriales des Cadres de l’Administration Générale qui grognent et menacent de débrayer si le Gouvernement ne respecte pas ses engagements ; des argentiers de l’Etat eux aussi qui donnent de la voix dans une conjoncture durement ressentie par les populations… Une opposition divisée, mais toujours aux aguets, voilà le tableau du Mali de ce mois d’octobre.
Comment redresser la barre ? Le Gouvernement est-il à la hauteur ?

Nous sommes de ceux qui croient en le Mali, en son potentiel, à son génie pour surmonter les périls et parvenir à la paix. Sans être de grands candides, contrairement à beaucoup, nous refusons de conjuguer l’espoir au passé. Les exemples de pays qui ont connu hier le pire sont là pour nous rappeler que les destins des grandes nations ne sont pas toujours de trajectoires parsemées de rose.
Le pire, nous l’avons frôlé hier lorsque notre quotidien signifiait annexion, occupation, vexation, flagellation, amputation, lapidation, intervention. Nous avons connu sur le sol de nos ancêtres des arrangements sécuritaires, les zones d’exclusion où nous n’étions pas les bienvenus, nous avons vu certains de nos fils désarmés de force quand on laissait d’autres se surarmer.
De la honteuse tutelle qui nous obligeait à aller conférer pour nos problèmes domestiques aux pieds d’un souverain étranger, nous avons réussi à nous « re-approprier le dossier-Mali », à ré-légitimer notre offre internationale, et grâce à l’aide précieuse de l’ami algérien, à nous entendre sur un minimum en Alger.
L’État de béatitude n’existant nulle part aujourd’hui sur la planète terre. Le chemin de la paix et de la sécurité dans notre pays a besoin d’un minimum de convergence, d’oubli de soi, de renoncement et d’engagement.
Les acquis, depuis la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issue du processus d’Alger, acquis institutionnels et diplomatiques, les résultats économiques et sociaux, culturels et sportifs, le bilan de 5 années de gestion post-crise quoiqu’appréciable, voire élogieux, reste à consolider et à être partagé. Parce que deux (2) siècles après, garde toute sa pertinence et sa puissance dans le Mali d’IBK le propos de Friedrich Engels lorsqu’il reprend l’affirmation de Feuerbach selon laquelle ‘’on pense autrement dans un palais que dans une chaumière’’.
Combien sommes-nous de Maliens aujourd’hui à vivre une vie de châtelain ? Partagés entre les équations du quotidien et l’angoisse d’un environnement presque insurrectionnel (insécurité au Nord et au Centre, agitation sociopolitique au Sud), les Maliens ressemblent à ce que Marx appelle dans son microcosme ‘’les prolétaires’’.
Avons-nous dit que le Mali d’aujourd’hui était l’enfer?
Entre ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent, disons simplement que leurs attentes sont grandes et légitimes. L’être social déterminant la conscience sociale, ce que les Maliens pensent ne peut être le reflet de ce qu’ils vivent. Et ce qu’ils voient et vivent est amplement connu.
Le Mali d’aujourd’hui est loin d’être un enfer. Mais est-ce un pays de cocagne ?
N’ayons ni peur ni honte de reconnaître et dire que notre pays n’est pas encore sorti de la crise. Sinon plus de 10.000 soldats étrangers ne seront pas encore là pour nous secourir.
N’ayons ni peur ni honte de reconnaître et dire que nous avons encore du chemin à emprunter au coude-à-coude pour faire de ce pays un havre de paix et de prospérité. Qu’ici et maintenant, l’État de providence et de félicité n’est pas pour demain.
N’ayons ni peur ni honte de reconnaître et dire que tous ceux qui émettent une voix dissonante ne sont pas tous des apatrides, des « aigris », des « niango », des agitateurs et des comploteurs. Au contraire, parmi les critiques, beaucoup souhaitent un changement de cap, un ressaisissement, une accélération de la cadence dans la mise en œuvre de l’Accord, des réformes et du programme présidentiel.
N’ayons ni peur ni honte de reconnaître et dire aussi que dans la chorale griotique qui s’amplifie tous les jours, beaucoup ne sont là que pour tirer les marrons du feu. En situationnistes devant Dieu et les hommes, abonnés à tous les régimes, prompts à retourner la veste, ils ne cherchent que leur part, ne défendent que le dividende de leur ralliement, obtenu après, oh, combien de coups de bas et de délation. Puisque ça paie bien, le mouvement va en se gonflant hélas !

N’ayons ni peur ni honte de reconnaître et dire aussi que la bonne foi et la bonne volonté du président IBK ont été longtemps et constamment abusés. Par une majorité « dolosive » plus engagée dans une course effrénée aux places que pour la mise en œuvre et la réalisation des engagements du Président. Par une opposition « putschiste », qui ne s’est jamais consolée de voir un IBK investi de la confiance des Maliens. Par des partenaires (pas tous heureusement) dont la sincérité frise le pronunciamiento contre les intérêts de notre peuple.
Le Mali est l’affaire de tous. Le Mali c’est à nous de le faire, c’est notre héritage et ouvrage communs. Rien n’est perdu. Au contraire, tout est à faire, à refaire.
À info-Matin, nous sommes des rêveurs, ceux d’un grand Mali, un et indivisible, prospère et solidaire. Malgré, les tintamarres, nous prenons le pari de l’optimisme et de l’espoir.
C’est pourquoi, pour consolider l’espoir qui est encore de mise, il faut expliquer, s’expliquer, anticiper et partager pour plus d’adhésion à la conduite des affaires publiques dans le contexte actuel de turbulence sécuritaire, sociale et politique.

Par Bertin DAKOUO

Source : aBamako

aBamako

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