Le président de l’UMAV à cœur ouvert « On a foulé aux pieds nos statuts et notre règlement au profit d’un magistrat, cela ne passera pas’’

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L'année 2018 est une année électorale à l'Union Malienne des Aveugles, et Issa Camara, un magistrat aveugle, fils d'un ancien Président de la Cour constitutionnelle, vient de s'y inviter, malheureusement comme par effraction. A travers ses ordonnances judiciaires, Tombouctou n'a plus de section, la candidature de son unique adversaire (Hadji Barry) a été invalidée par le tribunal, et le même jugement empêche les membres du bureau exécutif national et les 18 délégués des communes rurales de voter. Il a tout balayé sur sa route pour être le seul coq de la basse cour. Du jamais vu. Et la situation est extrêmement tendue à l'UMAV dont plusieurs occupants (voyants et non voyant) sonnent la révolte : " nous nous battrons jusqu'au sang, préviennent-ils, contre ces ingérences éhontées ". Lisez plutôt les explications du Président sortant de l'UMAV, Monsieur Moumini Diarra, sur cette situation déplorable.

Question : Nous avons appris que l'Union Malienne des Aveugles (UMAV) est agitée par une campagne électorale teintée de procédures judiciaires. Peut-on savoir l'origine et l'évolution de cette situation ?

Réponse : Merci. Effectivement, l'année 2018 est une année électorale à l'Union Malienne des Aveugles, parce que la dernière élection a eu lieu en juillet 2014, et tous les quatre ans, statutairement nous organisons une assemblée générale ordinaire pour mettre en place le nouveau bureau et procéder à la relecture des statuts et du règlement intérieur. L'année 2018, on a commencé depuis le mois de juillet. Après notre Conseil d'Administration, nous avons écrit à tous les présidents des sections UMAV, qui sont au nombre de 21 : nous sommes dans 6 régions et les 6 communes de Bamako, 9 communes rurales qui sont des sections rurales. Nous avons également informé le comité des jeunes aveugles et le comité des femmes aveugles. Donc c'est à partir de cette lettre que nous avons donné la feuille de route qui devait nous conduire jusqu'à l'Assemblée générale les 24 et 25 juillet 2018.

Conformément à nos procédures, les candidats ont déposé leur candidature un mois avant la date du 24 au 25 juillet, ce qui est conforme à nos statuts. Et nous avons également reçu la liste des deux délégués, par section 15 jours avant la date prévue pour l'Assemblée générale. Malheureusement parmi les candidats retenus, ils sont au nombre de deux, il y a Monsieur Issa Camara qui est magistrat. Il est venu à l'UMAV en janvier, j'ai eu un entretien avec lui, il a dit qu'il a appris que cette année est une année électorale. J'ai confirmé. Il dit qu'il aimerait venir à l'UMAV pour jouer un rôle. J'ai dit que ça c'est une bonne chose parce que l'UMAV a besoin des cadres qui peuvent l'aider à aller de l'avant. Si non, si tout le monde se met à l'écart, ce n'est pas une bonne chose.

C'est à partir de là qu'il est venu m'annoncer son arrivée, mais sans me préciser le poste auquel il prétendait. Donc il est parti à Koulikoro pour se faire élire Président de la section régionale de Koulikoro. On a accepté sa candidature. Mais ce qui est regrettable, depuis le mois de mai, il a battu campagne dans les sections. Ça c'était la pré-campagne. Et son adversaire également a battu campagne. Alors à partir du 10 mai, il y a eu une élection en commune III du district de Bamako, lui il avait son candidat qui a perdu. Ils ont intenté un procès au niveau du Tribunal de la commune VI. Il a également saisi le Tribunal de la commune VI par rapport à l'élection du bureau de Tombouctou. Parce que là aussi, celui qu'il voulait défendre n'a pas pu se faire élire. Ensuite au niveau de la commune I, on a repris les élections à trois reprises parce que les jeunes qui sont avec lui sont allés perturber les élections et finalement ils ont perdu la commune I également. Malgré tout, nous constatons de façon globale, que des bureaux de consensus avaient été mis en place dans la majorité des sections de l'UMAV, conformément aux termes de la lettre que j'ai envoyée aux présidents de section pour que les élections se déroulent dans une bonne atmosphère, pour qu'il n'y ait pas de frustration.

Issa au départ a envoyé une lettre pour me faire une mise en garde par rapport à toute violation de nos statuts et règlement intérieur, alors qu'il n'était même pas élu à Koulikoro d'abord. Donc ça c'est la première hostilité à mon endroit. Il m'a qualifié de tous les maux, et je n'ai pas du tout compris cette attitude de la part d'un magistrat qui connait tous ses droits. Donc on est resté dans cette atmosphère.

Pour le procès qui a concerné la section de Tombouctou, il a fait brandir la feuille de route qu'on avait modifiée. Parce qu'une première feuille de route n'avait pas mentionné Tombouctou, quand on s'est rendu compte, on a pris une deuxième feuille de route pour intégrer l'élection à Tombouctou. Donc le juge du Tribunal de la commune VI a donné raison à Issa, nous savons bien que c'est son ami. Et l'argument, que la deuxième feuille de route n'est pas valable, donc c'est la première qui est valable. C'est sur ça qu'il a tranché. Donc Tombouctou n'a pas de section jusqu'à présent. Et nous, nous sommes surpris de la duplicité du juge parce que Issa a demandé le report de l'Assemblée générale, parce que 2014, nous avons tenu notre Assemblée générale les 16 et 17 juillet. Mais pour 2018 on avait prévu les 24 et 25 juillet.

A la date du 19 juillet nous avons reçu une décision de justice qui faisait savoir que le bureau n'a plus sa raison d'être, que le délai est dépassé, et que le juge nous empêche d'organiser l'Assemblée générale. Alors au même moment nous avons saisi notre ministre de tutelle, le ministre de la solidarité et de l'action humanitaire, pour lui donner toutes les informations sur ce qu'on a fait depuis le mois dernier. Chaque fois que les choses évoluent, on écrit à notre ministre. Il nous a demandé, à travers son Secrétaire général, de surseoir à la tenue de l'Assemblée générale, compte tenu de la tension politique au Mali, qu'il ne faut pas en rajouter, avec les problèmes de l'UMAV. Et qu'après les élections en République du Mali, il va y avoir une concertation avec le ministre de la Justice, le ministre de l'Administration territoriale pour que l'on puisse dépasser cette crise. Nous sommes toujours à l'attente.

Et le vendredi 26 octobre nous avons tenu une réunion à la Fédération Malienne des Associations des Personnes Handicapées, après une première rencontre tenue au cabinet du ministère, et ce jour Issa nous a fait savoir que lui il souhaiterait la mise en place d'un bureau de consensus. Donc on a instruit au Président du bureau de la Fédération de nous recevoir pour mettre en place ce bureau de consensus, et pour qu'on puisse fixer la date de l'élection. Lorsque nous sommes allés à la Fédération, nous ne nous sommes pas entendus pour deux raisons. Moi j'ai dit que le bureau qu'on doit mettre en place doit être un bureau inclusif, donc il faut aller de 17 membres à 25 pour que toutes les composantes soient dans le bureau. Ce principe était acquis. Là où ça n'a pas marché, Issa a demandé douze postes, que parce que lui il a des alliés qui devraient être dans le bureau. Nous avons dit non, parce qu'il y a les 6 sections de Bamako, les 6 sections régionales, 9 sections rurales, la section des femmes et la section des jeunes. Si on lui donne 12, qu'est-ce que les autres auront. On a discuté, et finalement j'ai accepté qu'on leur donne 7 postes, parce que les 2 jeunes qui vont rentrer dans le bureau, sont des alliés de Issa, ce qui fera 9 postes sur les 25. Je crois qu'on ne peut pas faire plus de consensus que ça. Il a dit non, que si ce n'est pas 12 postes, lui il n'est pas d'accord.

Le deuxième point de discorde, il nous a demandé est-ce que le deuxième candidat est toujours candidat. Il s'agit de Monsieur Hadji Barry. Je dis si Hadji était là il aurait pu te répondre, mais je confirme que Hadji est toujours candidat, il a déposé dans le délai légal sa candidature. Il a dit non, que la candidature de Hadji a été invalidée par le tribunal, et le même jugement empêche les membres du bureau exécutif national et les 18 délégués des communes rurales de voter. Alors que dans les statuts, lorsqu'on voit la composition de l'Assemblée générale, c'est bien mentionné que les membres du bureau exécutif national et les délégués sont électeurs et éligibles. Depuis la création de l'Union Malienne des Aveugles en 1984, qui est née sur les cendres de l'Association Malienne pour la Promotion Sociale des Aveugles, qui elle est née en 1972, dans tous nos textes, les membres du bureau national, les délégués des sections sont électeurs et éligibles. Donc il est arrivé à avoir une grosse de justice qui élimine même moi le président élu depuis 16 ans, 24 ans comme membre du bureau exécutif national, et 33 ans à l'UMAV. Donc en tant que Président sortant de l'UMAV, je n'ai pas le droit de vote et je n'ai pas le droit de titre éligible. Heureusement que depuis 2014 ans, j'ai annoncé que je ne serai plus candidat pour l'élection de 2018.

Alors la question que nous nous posons, on a foulé aux pieds nos statuts et règlement intérieur au profit d'un magistrat, ce n'est plus au profit d'un aveugle qui est candidat, pour nous c'est au profit d'un magistrat, c'est un des leurs. Donc il a éliminé son adversaire de cette manière, pensant être le seul à pouvoir postuler, et à être élu président de l'UMAV. Nous pensons que cela ne passera pas, dans la mesure où il a invoqué des problèmes de fond. Il s'agit du fait que l'UMAV a modifié ses statuts et le règlement intérieur en passant de 13 à 17 membres pour le bureau exécutif national, que cela n'a pas fait l'objet d'une appréciation du conseil des ministres, ce qui est contraire à l'article 21 de loi de 2004 relative aux associations République du Mali.

Ce que nous rappelons ici, lorsque nous avons procédé à la relecture de nos statuts et règlement intérieur, lors de l'Assemblée générale de 2010, nous avons officiellement écrit au ministre de l'Administration territoriale qui en retour nous a donné un récépissé qui comporte la mention du changement statutaire survenu. Alors il n'est pas de notre devoir, d'aller soumettre un dossier à l'appréciation du conseil des ministres, pendant que le ministre de tutelle qui s'occupe des associations au Mali, nous a remis un récépissé qui fait mention de la modification statutaire. Nous, notre devoir s'arrête là. Si le dossier doit être porté au conseil des ministres, c'est au ministre de la faire, ce n'est pas l'UMAV qui doit faire ce travail. Donc c'est sur ça qu'il s'est fondé pour invalider le vote de l'ensemble des membres du bureau exécutif national et des sections rurales parce qu'il ne veut pas qu'on aille au vote. Sinon, pourquoi il va saisir la justice pour invalider nous nos voix. Il sait très bien qu'il vient d'arriver à l'association tout près en janvier, en tout cas comme membre de notre organisation, et il sait qu'il serait difficile pour lui de gagner, parce que le vote chez nous, c'est à main levée. Donc il fallait aller se servir de la justice pour torpiller. Et malheureusement, nous vivons cette situation à l'UMAV.

Alors nous avons saisi notre ministre de tutelle, nous attendons sa réaction par rapport à la tenue d'une Assemblée générale extraordinaire qui peut nous permettre de proposer une prolongation du mandat du bureau exécutif national, et pendant ce temps, certainement nous allons mettre en place des mécanismes qui peuvent nous permettre de renouer le dialogue pour qu'on puisse s'entendre. Je sais que Issa ne l'entend pas de cette oreille, il plane toujours les ordonnances de justice du Tribunal de la commune VI.

Voilà en gros la situation que nous sommes en train de vivre. Il y a un blocage par rapport à la tenue de notre Assemblée générale ordinaire. Et nous attendons le point de vue de notre ministre de tutelle, le ministre de la solidarité et de l'action humanitaire. C'est lui qui nous avait demandé le report, et c'est à lui maintenant de répondre à notre requête pour qu'on puisse organiser l'Assemblée générale extraordinaire.

Mamadou DABO

Source : aBamako

aBamako

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