Aide à la presse Malienne : 300 millions, pour rien ?

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La presse apparaît dans tout Etat moderne comme un des piliers de la démocratie. Mieux, une démocratie se mesure à l’aune de sa presse.

Ici au Mali, après la Révolution de Mars 1991, nous avons assisté à une éclosion de médias privés avec plus de 400 organes. Et, depuis 1997, le président Alpha a décidé de soutenir la tendance en accordant une enveloppe annuelle de 200 millions à la Presse. Une aide qui est passée aujourd’hui à 300 millions de FCFA. Hélas, notre Presse ne vaut que par le nombre de titres, de radios ou de télévision. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ?

C’est bien délicat et complexe pour un journaliste formé sur le tas (c’est mon cas), de faire des observations sur la qualité et la gestion des organes de presse dans un pays où des professionnels avérés ont choisi de se taire.

Ni mon expérience, ni ma formation ne me permettent de prétendre être un esprit éclairé de la profession. Mais, par ma conviction, et mon observation, je me permets de formuler quelques commentaires sur les avatars de notre métier.

L’explosion médiatique dans les nouvelles démocraties est accompagnée de commentaires et d’appréciations divers.

D’aucuns disent que la presse est le quatrième pouvoir, et d’autres trouvent qu’elle est le baromètre de la démocratie. Mais, dans certains cas comme le nôtre, on pourrait se poser une question qui inquiète.

‘’Quelle presse ?’’.

‘’Ce n’est certainement pas une presse refuge de défaillants moraux de tout acabit’’, s’empresse de répondre un de nos lecteurs.

Un autre commente : ‘’le pire, c’est que les organes de presse au Mali sont en train de devenir des instruments entre les mains d’hommes politiques et autres hommes d’affaires. On y fait passer tout : chantages, calomnies, mensonges et j’en passe…. Les journalistes maliens pour la plupart sont comme des mercenaires.

Pour faire chanter, ou ‘’abattre’’ ton adversaire, tu leur files quelques billets de banque et le tour est joué’’. Un tel commentaire, d’un lecteur, donne de la sueur froide à tous ceux qui continuent de nourrir l’idée selon laquelle ‘’la presse est un contre-pouvoir’’. Pourtant, c’est bien réel que parmi nous, il y en a beaucoup qui agissent de la sorte. Et le plus inquiétant, c’est qu’aucun de ces organes de régulation de la presse (dont la fameuse HAC ou HIC) ne dénonce le phénomène.

Quoi de plus inquiétant pour les journalistes que de recevoir toujours des lecteurs qui leur demandent : ‘’c’est vrai, ce que vous avec écrit ?’’. C’est donc dire que les lecteurs commencent à se passer de certains journaux qui excellent dans la diffusion de fausses nouvelles. Tant mieux !

En effet, de plus en plus, les lecteurs tendent à acheter les journaux pour simplement lire les faits divers et non l’information d’actualité qui passe pour ‘’de la rumeur’’ ou du ‘’très peu fiable’’.

Pourquoi sommes-nous devenus des ‘’mercenaires’’ ?

Par ci, par là, chacun évoque ses raisons. Pour certains, c’est une question de conditions de travail, pour d’autres un problème de formation. Aussi, on attribue la dérive à l’impunité ‘’garantie’’ pour les journalistes.

Pour rappel l’histoire médiatique de notre pays se présente sous deux périodes. La période du parti unique et celle de l’après 26 Mars où le Mali a connu pour la première fois une presse démocratique.

Sous le parti unique, le Mali avait une presse privée engagée et pour laquelle aucune dérive n’était tolérée. Malgré la persécution et la répression, les rares journalistes (presse privée) de l’époque ont pu forcer le respect par le traitement méticuleux de l’information diffusée. Engagée, la presse privée a sans conteste joué son rôle moteur dans l’acquisition de la liberté d’expression. Elle a été le chantre d’une nouvelle conscience nationale. De cette période à nos jours, le Mali a connu une explosion médiatique certaine qui a favorisé l’avènement des ‘’journaliste de fortune’’. De nombreux jeunes diplômés en quête d’emploi se sont glissés dans la profession sans aucune conviction ou formation. Conséquence logique, la détérioration de la qualité des articles et de la crédibilité de l’information reçue d’une radio ou d’un journal. Pis, ces nouveaux journalistes sont plutôt poussés vers le pécuniaire que l’acquisition d’un professionnalisme digne d’un journaliste. Dans leurs organes respectifs, la soif d’argent n’est jamais assouvie et les pauvres journalistes sont obligés de prêter leurs plumes pour quelques misérables billets de banque.

Que peut-on objectivement attendre d’’un journaliste qui, ne gagne que 30.000 ou 40.000f/ mois, d’être fidèle à l’éthique et à la déontologie ? Qu’il dépende de ces minables sommes d’argent (5000 FCFA, 10.000fcfa) avec mépris à eux offertes au cours de certaines rencontres ? Surtout que, en plus et dans beaucoup de cas, les ‘’salaires’’ ne tombent que rarement.

Coincé par la D.Q (Dépense Quotidienne), n’importe quel fonctionnaire peut craquer devant la tentation. L’homme vit d’abord de pain.

Pendant ce temps, le patron de l‘organe de presse se tape tous les avantages : une somptueuse voiture, et fait la bamboula à travers les coins les plus luxueux de la capitale. L’essentiel pour lui étant de garnir les kiosques de feuilles de chou. Du papier plutôt pour les vendeuses de galettes !

C’est là où se situe le débat de fond à propos des 300 millions (ce n’est rien, mais, c’est mieux que rien) que la presse reçoit de la présidence de la République.

Cette aide est-elle destinée au seul patron pour terminer la construction de sa villa ? De se taper une voiture ? Se faire une nouvelle compagne ? Ou créer un autre centre d’affaires (compagnies de transport) ? Et, puisqu’il s’agit de fonds publics, on pourrait chercher à connaître un peu plus où va l’argent de l’Aide à la Presse.

Y a-t-il parmi nos organes de presse un seul qui alloue un fonds à la formation de ses journalistes ? Non !

Pire, certains responsables de presse dirigent des journaux d’une irrégularité chronique, ne paraissant d’ailleurs que durant quelques semaines avant le partage de l’argent de l’aide à la Presse.

Ce n’est pas le président de la maison de la Presse qui dira le contraire, car c’est grâce à sa magnanimité que des journaux sans siège, sans matériel de travail (et les responsables souvent des SDF) arrivent de temps en temps à paraître.

En effet, la maison de la presse du Mali abritent de nos jours plusieurs journaux et des journalistes ‘’pechemerga’’ qui trouvent en ces lieux, des ordinateurs, des bureaux et même les restes de repas pour pouvoir ‘’travailler’’. Pitoyable !

Dépénaliser les délits de Presse ?

Pourquoi ? On ne peut apporter qu’une réponse mitigée. Ma réponse de journaliste inexpérimenté mais profondément amoureux de ce métier, est que les délits de presse doivent être pénalisés, mais, modestement…tout de même.

A mon avis, il faut soumettre les délits de presse à un régime pénal particulier.

Et pour cause les difficultés que les journalistes éprouvent dans leur travail quotidien, (entre autres les difficultés d’accès à l’information), les moyens rudimentaires d’investigation et le déficit de formation, sont des réalités qui peuvent leur accorder des circonstances atténuantes.

Pour certains, la répression des délits de presse est un moyen pour les régimes ‘’dictatoriaux’’ de museler la presse. Mais, de la dépénalisation, des délits de presse, il faut éviter de tomber dans l’impunité qui constitue une certaine forme de crime sociétal.

‘’La plume est la meilleure et la pire des armes. Il faut donc savoir la tourner mille fois dans l’encrier avant d’écrire’’, me conseillait un vieux journaliste.

‘’Nous avons dans notre encrier, la dignité et l’honneur des citoyens. La plume est un instrument qui peut déplacer des montages’’, me disait un autre.

Un journaliste doit-il impunément prêter sa plume à des individus aux fins de règlements de comptes ? C’est bien là un crime.

Les 300 millions que l’Etat accorde à la presse (ce n’est rien, mais c’est mieux que rien) devraient en principe servir à régler ses problèmes de croissance. Hélas !

Malick Camara

Source : aBamako

aBamako

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