Inauguration d’un monument dédié aux soldats africains à Reims : Un devoir de reconnaissance de la France

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La stèle étrennée par les présidents français et malien est une réplique du monument de la Place de la liberté à Bamako, inauguré en janvier 1924 et faussement appelé en bambara «Samory ka kèlèden», prosaïquement les guerriers de Samory

La participation, mardi dernier, du président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, à l’inauguration du monument érigé à Reims en la mémoire des soldats noirs, notamment africains qui ont combattu sous le drapeau français, pendant la première guerre mondiale (1914-1918) s’imposait pour au moins trois raisons. D’abord parce que le président Keïta est l’invité de son homologue français, Emmanuel Macron, dans le cadre de la commémoration du centenaire de la signature de l’armistice qui marque la fin de la grande guerre. La deuxième raison est que les Maliens, qui constituaient un gros contingent des tirailleurs sénégalais, ont versé de leur sang pour sauver la patrie française lors de cette guerre. Et la troisième raison, c’est que la stèle étrennée est une réplique du monument de la Place de la liberté à Bamako, inauguré en janvier 1924 et faussement appelé en bambara «Samory ka kèlèden», prosaïquement les guerriers de Samory. En réalité, l’ouvrage mémoriel qui représente quatre soldats noirs et leur officier blanc n’a rien à avoir avec l’histoire du preux Samory Touré, une figure emblématique de la résistance à la colonisation dont les hauts faits continuent d’être narrés aux générations actuelles tout comme ceux des autres grands rois de l’empire manding.

Pour revenir au monument jumeau qui était à Reims, dans le département de la Marne, en France, il a été vandalisé et emporté en 1940, selon les historiens, par les troupes allemandes comme pour effacer de la mémoire les soldats noirs qui ont combattu pour la métropole. La reconstruction ou réhabilitation de la stèle dédiée aux soldats de «l’Armée noire» était donc une exigence de l’histoire commune de la France avec l’Afrique. Pendant la grande guerre, Reims a été pilonné pendant des heures et des heures par les troupes allemandes. La ville qui croulait sous le poids des obus ennemis a été finalement soutenue par un renfort de «l’Armée noire » avant de se dégager de l’étreinte militaire allemande. Les forces allemandes furent repoussées avec courage et détermination.

Le monument bâti en souvenir des soldats africains morts pour la France rappelle, désormais, la participation africaine à ce conflit mondial aux côtés de la France. La grande œuvre sculpturale qui se dresse fièrement sur le Parc de la Champagne a été financée par les souscriptions des communes françaises. Mais il est bon de préciser aussi que les amis des troupes noires françaises ont aussi mis la main à la poche pour dupliquer la stèle de Bamako à Reims, une ville fleurie, située à plus de 150 km de la capitale française. Autre symbolique fort, c’est que la France entend rappeler avec cette représentation, un pan de l’histoire qui la lie à l’Afrique mais aussi passer un message de reconnaissance à la «Force noire» pour services rendus.

«DES CHAIRS À CANON» – Arrivés sur les lieux, les deux chefs d’Etat ont reçu les honneurs avant de passer en revue les troupes françaises et un contingent de l’Armée malienne, invité pour la circonstance. Il y a eu aussi l’illumination de la stèle et un dépôt de gerbe de fleurs par les deux chefs d’Etat qui échangeaient par moment des sourires complices. L’écrivain congolais, Alain Mabanckou, a rappelé l’histoire de ce monument qui magnifie «l’Armée noire». Ces soldats africains, notamment maliens, comoriens, sénégalais, somaliens, congolais et béninois, voire malgaches, appelés sournoisement par l’ennemi «des chairs à canon», firent preuve de témérité et de détermination dans la libération de la France. L’écrivain congolais a aussi expliqué que l’idée de création d’un monument en souvenir des soldats africains qui ont combattu sous le drapeau français a pris corps en 1921 et sa première pierre fut posée en 1922 avant d’être inauguré. Il ressort également de ses explications que la statue symbolise plus que la lutte des soldats noirs. Pour lui, la grande guerre a fait entrer l’Afrique dans une nouvelle destinée avec des hommes noirs qui se rencontraient pour la première fois et qui allaient inspirer la lutte des indépendances. Ils ont écrit l’histoire de la France avec leur sang et méritent leur place, a souligné l’écrivain. Pour lui, il faudra accélérer la démocratie dans notre continent qui demeure le dernier bastion de la dictature, des incarcérations arbitraires et des attitudes qui contrastent avec celles de ces combattants.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta, dans une de ses envolées lyriques dont il a le secret, a étalé un pan de son immense culture générale. Il a exprimé la gratitude du peuple malien à ses hôtes pour l’avoir associé à cette commémoration empreinte de l’indélébile marque de l’histoire et particulièrement au président, Emmanuel Macron, pour l’élégance et la sérénité avec laquelle il incarne et assume l’histoire commune de son pays avec le continent noir. Pour le président IBK, Reims a toujours su être à hauteur de sa grande histoire.

«Cité des sacres, des rois, Reims, lieu de brassage et carrefour de tant de marqueurs de l’histoire de l’humanité, porte l’empreinte de bien de grandes civilisations», a souligné le chef de l’Etat. Il a aussi rappelé que la localité demeurait un creuset de compétences africaines et deux anciens Premiers ministres maliens y ont été formés.

Le président malien a également rappellé quelques vers du défunt poète président Léopold Sédar Senghor. «Je ne laisserai pas les louanges de mépris vous enterrer furtivement », avant d’évoquer son privilège de petit fils de poilu, surnom donné aux combattants français pendant la première guerre mondiale, pour revendiquer la parole, pour évoquer et invoquer les soldats de l’ex Soudan français (actuel Mali).

Le chef de l’Etat est aussi revenu sur un événement qui nous lie à la France, notamment les turbulences enregistrées dans notre pays il y a quelques années. Pour lui, le Mali est une nation de synthèse, de tolérance, injustement agressée, en 2012, et qui n’en finit pas de se défendre aujourd’hui encore avec ses efforts propres mais aussi avec l’apport et le soutien d’autres nations. Contre la tragédie de l’obscurantisme et de l’hérésie, l’on est jamais trop pour défendre un territoire de l’immensité du Mali. Le président Keïta a aussi rappelé la fierté et la détermination de notre pays à continuer la lutte contre l’amnésie et la banalisation.

En outre, Ibrahim Boubacar Keita a rappelé l’urgence et la nécessité de mettre le changement climatique au cœur des agendas parce que la postérité n’est plus évidente et l’Afrique est en train de devenir la victime collatérale de ce phénomène, donc de l’égoïsme de quelques-uns, retranchés derrière leurs murs. Après la cérémonie d’inauguration, les deux dirigeants ont eu un tête-à-tête. Rien n’a filtré de cet entretien entre les deux personnalités qui partagent globalement une identité de vue sur les grandes préoccupations de développement et de sécurité du continent africain. Ils ont, ensuite, signé le livre d’or à l’hôtel de ville de Reims.

Précisons que le président IBK était accompagné pour la circonstance des membres du gouvernement, à savoir Kamissa Camara (Affaires étrangères et Coopération internationale), Tiémoko Sangaré (Défense et Anciens combattants) et Yaya Sangaré (Maliens de l’extérieur et Intégration africaine). Le ministre secrétaire général de la présidence, Moustapha Ben Barka était également du voyage. Le président de la République poursuivra son séjour parisien où il prendra part au Forum de Paris sur la paix. Est-il besoin de rappeler que les questions de sécurité et de paix restent au cœur de l’agenda politique des dirigeants du monde, notamment ceux du continent africain.

Envoyé spécial

Brehima DOUMBIA

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Source : Maliweb

Maliweb

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