Les groupes d’âge : Un facteur de cohésion et d’unité en perte de vitesse

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Les groupes d’âge étaient très importants dans l’organisation sociale de la communauté. Ils ont un impact positif sur la vie des habitants d’une localité. C’est un véritable facteur d’unité et de cohésion. Le sont-ils encore ? Et pour combien de temps ? La question taraude les esprits et les sociologues s’accordent sur l’urgence, pour notre pays, de garder des repères et des valeurs qui représentent des fondamentaux de notre société, notamment celle traditionnelle.

Il est un fait établi que dans notre société, nos aïeux, qui étaient des visionnaires, avaient mis en place une organisation sociale pour l’équilibre de la communauté et pour inculquer des valeurs à ses membres. Cette organisation sociale était aussi une école d’apprentissage parce que l’autorité morale devrait imprégner les conduites à tous les niveaux. Et la règle d’or admise et partagée par tous était : « la mort plutôt que la honte ». La promotion de la paix et de la cohésion est une vieille tradition dans notre société. Plusieurs facteurs, concourant à cultiver ces comportements, ont été mis en œuvre par les anciens. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer le cousinage à plaisanterie « sinangouya » et la circoncision collective. Les vertus de ces deux traditions sont indéniables dans notre communauté.
Combien de disputes, de conflits ont été évités grâce aux formules vertueuses du cousinage à plaisanterie ? Quant à la circoncision collective, elle n’est plus d’actualité dans nos villes et même dans la plupart des villages. Cependant, elle a laissé un héritage précieux qui est l’association des jeunes du même âge appelée en bambara « flanya ton».
Madina Kouroulamini, village situé à 24 km de Bougouni, fait partie de ces localités où le groupe d’âge joue encore un rôle capital dans la vie quotidienne des habitants. Nous y avons rencontré quelques personnes pour comprendre l’importance du « flanya ton » dans leur village. Broulaye Diawara, sexagénaire, ancien secrétaire général de la mairie de la commune rurale de Kouroulamini et membre d’un groupe d’âge créé en 1962, définit le groupe d’âge comme un mode d’organisation de la société par lequel des enfants nés, dans une même période, sont amenés à subir « l’épreuve du fer ».
Actuellement, la circoncision collective n’est plus pratiquée à Madina Kouroulamini. Les groupes existants continuent leur bon chemin. D’autres voient le jour sur de nouvelles bases.

PLATEFORME DE COHÉSION – Daman Coulibaly, quadragénaire, nous explique ce changement : « Nous nous servons de l’acte de naissance pour fonder les groupes où l’année de recrutement à l’école ». Une fois réunis par ce moyen, explique l’ancien secrétaire général, les membres d’un même groupe prêtaient serment de ne jamais se trahir tout le temps de leur vie d’homme sur terre. En effet, le groupe d’âge a un impact positif sur la vie des habitants de Madina Kouroulamini. C’est un véritable facteur d’unité et de cohésion. Il a permis d’étouffer les rivalités entre les jeunes de différents quartiers puisqu’ils se retrouvaient au sein d’un même groupe d’âge et étaient obligés de se réunir pour échanger et se taquiner lors des rencontres de leur groupe d’âge. Selon M. Diawara, cette organisation sociale permet de consolider les liens de camaraderie et de mettre la société à l’abri des tares de l’individualisme. A l’en croire, ces groupes d’âge conservent l’histoire locale ou internationale car il suffit de citer le nom du groupe pour repérer ses éléments ou les faits qui se sont déroulés à cette époque. Lors du mariage d’un membre actif du groupe, ses camarades d’âge sont principalement chargés de l’organisation de la cérémonie. « Quand il y a une dispute dans un couple, les membres du groupe d’âge auquel appartient l’époux ou l’épouse se rassemblent pour mettre fin à cette mésentente conjugale. Il est très rare qu’un membre repousse les interventions de ses frères de même âge qui viennent pour une conciliation au sein de son couple en crise », a signalé Daouda Diawara, un notable du village dont le groupe d’âge avait créé un collectif d’associations qui était la cheville ouvrière du village. « Les rémunérations de nos activités permettaient de subvenir aux besoins du village, notamment la réparation des pompes à eau, les manifestations socio-culturelles. Il était interdit à un membre de s’absenter, sans raison valable, d’une séance de travail », se souvient le notable, ajoutant qu’un jour, ils se sont réunis pour aller enlever le toit en paille de la maison d’un membre de leur groupe d’âge car il avait refusé de participer à une activité du groupement. Une menace de sanction qui l’a amené à s’acquitter d’une amende pour être épargné.

A L’ÉCOUTE LES UNS DES AUTRES – Les membres d’un groupe d’âge se confient aussi leurs secrets, leurs soucis et réfléchissent aux solutions appropriées. Ces groupements favorisent l’insertion des jeunes dans le village. « Les personnes qui viennent au village ayant le même âge que moi ou ayant une année de moins ou de plus sont invitées à rejoindre notre groupe si elles veulent pleinement participer aux activités socio-culturelles du village », confie Daman Coulibaly. La réussite de certains évènements dans le village dépend de l’implication des groupes d’âge. La célébration spectaculaire des festivités du 22 septembre à Madina en fut un exemple. Quant à la jeune génération, elle essaie d’être encore plus innovatrice à travers des actions humanitaires, notamment les dons en produits pharmaceutiques et de kits pour les mosquées. D’autres associations s’investissent, de plus en plus, dans la réalisation d’activités génératrices de revenus (AGR), comme la location de chaises.
« Djourou Woro » ou « six cordes » en français, est le groupe d’âge qui fut le premier, en 2016, à apporter des chaises à louer dans le village. Daman Doumbia, 30 ans, membre de ce groupement se souvient que cette initiative a été vivement saluée par les habitants du village. Parce que lors des cérémonies, les organisateurs avaient toutes les peines du monde pour accueillir les invités. Selon M. Doumbia, ils envisagent de concrétiser d’autres projets pour améliorer le cadre de vie de la population de Madina Kouroulamini.
Mohamed D.
DIAWARA

Source : aBamako

aBamako

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