Entre nous : L’épreuve de la rue

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Le Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD), la Coalition des Forces Patriotiques (CoFop) et l’ADEMA-Association projettent une marche pacifique ce samedi 8 décembre. Une semaine après, c’est-à-dire le 15 décembre, des organisations se réclamant de la société civile veulent à leur tour battre le pavé pour dénoncer la trahison des institutions de la République et de la classe politique à la suite de la prorogation de la Vème législature.

Le gouvernement de Soumeylou Boubèye Maïga revient des vacances, tel qu’il est parti. La rue s’emballe. Le gouvernement est à l’épreuve de la rue, peut-on dire. Si le gouvernement est habitué à voir défiler les opposants dans les rues, ce sera la première fois sous ce deuxième mandat du Président IBK que la société civile organise une marche pour dénoncer la trahison de la classe politique et des institutions de la République. Ces organisations se réclamant de la société civile s’opposent vigoureusement au bonus accordé à eux-mêmes par les élus de la nation. Elles comptent donc manifester.

Si les FARE de Modibo Sidibé, le RpDm de Cheick Modibo Diarra, le PRFM Fasoko de Mamadou Sidibé, la CNAS Faso hèrè de Soumana Sacko s’étaient opposés à toute idée de prorogation du mandat des députés, cette sortie de bois des organisations se réclamant de la société civile met la pression sur la classe politique.

Le FSD et la CoFop se sont démarqués clairement et nettement de l’adoption de cette loi organique portant prorogation du mandat des députés car elle viole la Constitution du 25 février 1992. Les honorables Soumaïla Cissé et Oumar Mariko ont voulu être en phase avec l’opinion publique, laquelle n’a pas compris le vote massif en faveur de ce projet de loi. Le communiqué signé par les deux responsables politiques est une façon d’expliquer leur abstention lors de la plénière du 22 novembre.

Cette sortie largement diffusée sur les réseaux sociaux ne suffit pas. S’il y a peu de doute sur la direction que l’honorable Mariko va prendre à partir du 31 décembre 2018, l’attitude du chef de file de l’opposition, non moins président de l’Union pour la République et la Démocratie (URD) sera scrutée à la loupe. Le silence de Soumaïla Cissé sur une question aussi importante, ainsi que son abstention lors du vote du projet de loi sont diversement interprétés. Quoi que l’on dise, les partis politiques de l’opposition dont les députés ont voté en faveur de cette prorogation doivent se battre pour défendre leur crédibilité.

Le rejet de la prorogation par certains leaders politiques tient plus aux démarches ayant abouti à la prise de cette mesure. En saisissant la Cour Constitutionnelle par la demande d’avis N°884/PM-CAB du 10 septembre 2018, le Premier ministre, chef du gouvernement a, dit-on, mis la charrue avant les bœufs. La Cour Constitutionnelle, qui a opposé une fin de non-recevoir à la requête du chef du gouvernement, s’est dédite en donnant un avis favorable à la demande de l’Assemblée nationale au mépris d’un précédent avis et d’un commentaire de la première responsable de la Cour, consultables sur le site internet de l’institution.

La loi organique portant prorogation de la Vème législature a été adoptée par les  députés. S’il est peu probable que le Président de la République refuse de promulguer la loi, l’équipe gouvernementale devra à partir du 31 décembre 2018 s’apprêter à faire face à plusieurs fronts. Les réformes dont le calendrier est déjà connu seront vigoureusement contestées et combattues. Cette fronde en gestation de la société civile peut paraître plus menaçante pour les pouvoirs publics si elle est bien encadrée avec un leadership fort. Il s’agit maintenant de prendre des mesures justes au moment opportun.

Par Chiaka Doumbia

 

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Source : Maliweb

Maliweb

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