Violences de Koumaga: la Minusma s’indigne, le gouvernement s’explique

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La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) ont publié, hier mardi, un rapport conjoint sur les abus graves des droits de l’homme, commis dans le village de Koumaga (Djenné) qui ont eu lieu au mois de juin dernier. Le rapport de cette enquête a été communiqué au Gouvernement du Mali, qui a partagé ses observations le 22 novembre 2018.

À l’issue de l’enquête sur les incidents de Koumaga, les 23, 24 et 25 juin 2018, la MINUSMA reste préoccuper par les attaques continues contre les civils dans le centre du Mali

« Ce rapport met en lumière la situation des droits de l’homme dans le centre du Mali, laquelle est de plus en plus préoccupante depuis début 2018. J’encourage les autorités maliennes à s’assurer que les enquêtes judiciaires en cours puissent s’effectuer dans les meilleurs délais et en toute impartialité et indépendance, avec pour objectif la protection des populations civiles. La MINUSMA reste disposée à apporter son assistance aux autorités maliennes, en vertu de son mandat », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et Chef de la MINUSMA, M. Mahamat Saleh ANNADIF.

L’enquête de la MINUSMA a permis de conclure qu’au moins 24 personnes, toutes membres de la communauté peulh de Koumaga, ont été tuées par un groupe de personnes identifiées comme des chasseurs traditionnels (Dozos), lors d’une série d’attaques contre le village de Koumaga les 23, 24 et 25 juin 2018. Toutes les victimes ont été exécutées par balle avec des armes automatiques ainsi que des fusils de chasse traditionnels. Selon le rapport, 21 des personnes tuées ont été enterrées au cimetière du village. Au moins, trois personnes enlevées demeurent disparues à ce jour.

Les événements de Koumaga s’inscrivent dans une série d’incidents violents et d’attaques armées récurrentes, commises contre les populations civiles, depuis début 2018, sur fond de tensions intercommunautaires et dans un contexte marqué par la présence de groupes armés au sein de certains villages et localités.

Entre janvier et novembre 2018, la Division des droits de l’homme de la MINUSMA a enregistré 60 attaques menées par des éléments identifiés comme étant des Dozos contre des villages ou des parties de villages habités majoritairement par des membres de la communauté peulh, dans les régions de Mopti et de Ségou. Au total, ces attaques ont causé la mort d’au moins 209 personnes civiles, dont 13 enfants et 7 femmes ainsi que la disparition de 13 personnes, dont 4 enfants. Elles ont également provoqué le déplacement forcé d’au moins 3000 personnes.

La MINUSMA reste ainsi vivement préoccupée par les informations faisant état de graves violations et abus des droits de l’homme à l’encontre de la population civile dans d’autres villages du centre du Mali, et souligne la nécessité d’identifier les responsables de tous ces crimes et de les traduire en justice.

Les précisions du gouvernement

Dans une correspondance adressée au Chef de la MINUSMA en date du 22 novembre 2018, le gouvernement du Mali, à travers le ministère de la Justice, avait fait des observations sur ce rapport qui laissent apparaitre des divergences autour de la date et du bilan de ces événements.

Alors que le rapport de la MINUSMA situe les événements entre les 23, 24 et 25 juin 2018, le gouvernement tranche net et précise que c’est le 23 juin vers 10 heures entre le groupe d’autodéfense des chasseurs (Dozo) et la communauté peule de Koumaga.

Le gouvernement précise que suite aux événements, le ministre de la Solidarité et de l’Action humanitaire, accompagné du Procureur de la République près le tribunal de Grande instance de Mopti et d’autres autorités administratives et judiciaires se sont rendus sur les lieux, le 25 juin 2018 afin de comprendre les raisons de cette violence.

À cette même date, sur instruction du ministre de la Justice, le Procureur de la République près le tribunal de Grande instance de Mopti a ordonné aux unités de la police judiciaire sous la direction du Juge de paix à compétence étendue de Djenné d’ouvrir des enquêtes judiciaires en coordination avec le Procureur du Pôle judiciaire spécialisé de lutte contre le terrorisme. Les résultats des premières conclusions, précise la correspondance, font état de 22 victimes, dont deux n’ont pas pu, à ce jour, être identifiées et deux blessés.

Un bilan qui est en légère baisse par rapport à celui de la MINUSMA qui parle de 24 morts, tous membres de la communauté peulh.

Par Abdoulaye OUATTARA

Source : aBamako

aBamako

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