Mévente des craies de la SOPRAM: le cri de cœur du président de l’UMAV

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Le président de l’Union malienne des aveugles, Hadji BARRY, au cours d’un entretien hier lundi, a regretté que leur société produit des craies qui ne sont pas achetées par l’État. Pire, le marché dit de consolation que la SOPRAM bénéficiait est arrêté, depuis quelque temps. À cause de ces situations, ils ont plus de 50 000 boites de craies stockées dans leur magasin.

Info-Matin : Quelle est aujourd’hui, la situation de la Société de production des aveugles du Mali (SOPRAM) ?

Hadji BARRY : La Société de production des aveugles du Mali a été créée pour permettre à des personnes vivant avec le handicap de travailler et de subvenir à leurs besoins. La société comporte plusieurs ateliers de production, dont celui de fabrication de la craie. Je suis au regret de vous affirmer que cet atelier souffre énormément de la mévente de ses produits (la craie). Nos craies ne sont plus achetées par l’État du Mali. Elles sont abandonnées au profit de celles qui nous viennent de la chine. À cause de cette situation, nous avons plus de 50 000 boites de craies qui sont stockées dans notre magasin. Cela est énorme dans un pays où il y a des milliers d’écoles. C’est dur d’expliquer que nous produisons malgré le handicap et que ces produits soient ignorés.

Info-Matin : Pourquoi vos craies ne sont-elles pas écoulées sur le marché national au regard de la multitude d’établissements scolaires, à travers le pays ?

Hadji BARRY : Nos produits sont pourtant de qualité. Mais nous sommes victimes d’une concurrence déloyale avec des commerçants qui importent des craies venant de la Chine. Dans un passé récent, nous bénéficions d’un quota, à travers un marché dit consolation, de la part de l’État. Ce marché était donné par le ministère en charge de l’Éducation. Depuis quelque temps, on nous ne bénéficions plus de ce marché de consolation. Aussi, l’unité de production peine à gagner les appels d’offres, parce qu’il y a toujours des commerçants qui proposent des prix en dessous des nôtres. Cette situation s’explique par le fait que nous n’avons pas les mêmes moyens que ces firmes où nos commerçants s’approvisionnent.

Info-Matin : Quelle est la différence entre les craies importées et celles que vous fabriquez ?

Hadji BARRY: Nous produisons les mêmes qualités de craie. La différence se trouve au niveau des prix. Les craies que nos commerçants importent viennent de la Chine. Elles sont cédées sur le marché à 300 FCFA/boite. Par contre, ce que nous produisons sur place est vendu à 600 FCFA. Il faut comprendre que les entreprises chinoises produisent de quantité très importante. Cela joue sur le prix de la marchandise. Si jamais, nous arriverons à produire la même quantité, nos peuvent également baisser.

Info-Matin : Compte tenu de la spécificité de votre société de production, n’avez-vous pas cherché à avoir des exonérations sur vos produits ?

Hadji BARRY : On a écrit au président de la république en 2018. Les instructions qu’il a données ne sont pas allées loin. De même, on a écrit au ministère de l’Éducation nationale afin qu’une solution soit trouvée à notre situation pour que nous bénéficions chaque année un quota dans l’attribution des marchés d’achat de craies pour les établissements publics. Aucune de ces actions n’a abouti. Mais très timidement, il y a quelques services qui viennent nous acheter des boites. Ces achats sont très insuffisants.

Info-Matin : Mais qu’est-ce qui a empêché l’exécution des instructions ?

Hadji BARRY : À la suite de nos démarches, selon des autorités, il est difficile de pouvoir nous faire quelque chose à ce niveau, car le processus d’octroi de marché de l’Etat est réglementé par un décret. Tant que ce décret n’est pas abrogé ou à moins qu’on ne fasse des décisions écrites en notre faveur, ça va toujours poser des problèmes. Mais je pense qu’il y a un manque de volonté politique. Car on ne peut prétendre lutter contre la mendicité et laisser une structure comme la société SOPRAMA dans la détresse.

Contrairement à beaucoup d’autres personnes, nous avons décidé de vivre à la sueur de notre front. Je pense qu’il revient à l’État de nous aider pour booter l’achat des produits fabriqués par les personnes en situation de handicap.

Info-Matin : Ces productions représentent quoi pour votre structure ?

Hadji BARRY : Quand ils sont écoulés, à hauteur de souhait, ça nous permet de garantir le salaire du personnel et de recruter d’autres personnes pour faire face à l’insuffisance de ressources humaines et de les éloigner du coup de la mendicité. Car, le personnel de la structure est constitué essentiellement des personnes qui vivent en situation de handicap. La société emploie 52 personnes. Aussi, la somme nous permettra subvenir à des charges (la ration alimentaire et autres dépenses) de 230 élèves qui sont internés. Nous comptons beaucoup sur ces ressources financières parce que l’appui que le ministère de la Solidarité nous apporte est très insuffisant pour permettre à la structure d’évoluer, d’aider les personnes en situation de handicap.

Réalisée par Sikou BAH

Source : aBamako

aBamako

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