Motion de censure du RPM et de l’opposition contre le gouvernement Le Premier ministre doit résister

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Il est 14h 45 ce mercredi 17 avril, lorsque Sory Kouriba, le vieux député de Niono, président du Groupe parlementaire RPM, titube, se déplace péniblement, derrière lui, pour la première fois, Amadou Maiga, député URD de Douentza, président par intérim du Groupe parlementaire VRD, le titulaire, Modi N’Diaye, étant en convalescence, se dirige vers le pupitre. Il annonce sans grande conviction que certains députés de la majorité et de l’opposition déposent une motion de censure. Le document est remis au Président de l’Assemblée nationale. Les uns et les autres s’attendent à une lecture de la motion et de la liste des signataires. Il n’en sera rien.
Place donc aux spéculations : ils ne sont que 80 pour les uns et 127 pour les autres. Certains laissent entendre que des signatures ont été apposées devant des députés absents pour plusieurs raisons (maladies, voyages, manque d’intérêts).
C’est la première fois dans l’histoire du Mali que le parti au pouvoir initie une motion de censure contre son propre gouvernement. Cette initiative est consécutive aux attaques djihadistes dans le centre du pays et à l’attitude de certains leaders religieux qui ont réclamé la tête du Premier ministre. S’y ajoute la boulimie du parti au pouvoir qui veut tout, tout seul, et rien aux alliés. Le RPM, puisqu’il s’agit de lui, est en quête, on le sait de la Primature, qu’il voudrait voir occuper par son président, Bocari Tréta. Celui-ci est allé rencontrer le chef de l’Etat, la semaine dernière, pour lui faire part de l’initiative des députés, relative à une motion de censure. IBK lui a clairement signifié son opposition. Malgré tout, Bocari Tréta continue d’encourager ses députés à poursuivre leur initiative. Dans cette logique, le secrétaire général du parti, Me Baber Gano a fait une déclaration sur RFI : « Le Bureau Politique National du RPM n’est pas initiateur de la motion, mais il est solidaire de ses députés ». Cette ambiguïté de l’ancien ministre RPM montre à suffisance le double jeu politique du parti au pouvoir, lequel s’oppose clairement à la volonté du Chef de l’Etat, son président fondateur.
Le vin est tiré, il faut le boire dit-on. Le RPM et ses députés ont provoqué le président de la République, à travers le dépôt de la motion de censure, dont nul ne connait, pour l’instant, ni l’issue ni la crise qui pourrait en découler.
La motion de censure est déposée conformément à l’article 96 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, lequel tire sa base juridique de l’article 78 de la Constitution.
Selon le cinquième tiret de l’article 96 du même Règlement intérieur : Aucun retrait d’une motion de censure n’est possible après sa mise en discussion. Lorsque la discussion est engagée, elle doit être poursuivie jusqu’au vote ». Comme celle-ci est prévue vendredi, c’est-à-dire 48 heures, après le dépôt de la motion de censure, conformément à la Constitution, il est fort possible que la motion soit retirée, afin d’éviter une exacerbation de la crise politique.
En tout cas, le Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maiga étant un combattant, un homme de conviction, un dur, il doit résister au comportement bassement politicien du parti au pouvoir, parce que la résistance au changement n’est que le refus de la croissance.
Il doit également résister parce que le RPM n’a que 54 députés, loin de la majorité absolue et surtout des 2/3 de l’Assemblée nationale, soit 98 élus, encore que beaucoup de députés RPM ne sont pas disposés à signer et à voter la motion. Le RPM va devoir compter sur son opposition qui compte 19 députés pour tenter de faire tomber le gouvernement. Là encore on est loin des 2/3. Aussi, des tractations sont menées pour débaucher des élus dans le Groupe parlementaire Alliance pour le Mali (APM) au nombre de 38 dont le parti du Premier ministre, ASMA/CFP est membre. Le RPM compte aussi rallier à sa cause les12 députés non-inscrits de l’Hémicycle, avec à sa tête Dr Oumar Mariko.
Nelson Mandela a l’habitude de dire « J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre ». Avec le courage et la détermination qui caractérisent Soumeylou Boubèye Maiga, il va résister jusqu’au bout. Ne dit-on pas que l’homme ne meurt qu’une seule fois.
Il doit pouvoir bien résister en s’impliquant davantage, en échangeant avec des députés signataires, afin de les convaincre du fait qu’il n’a rien fait de mal et qu’il est victime d’une méchanceté politique dont le but final n’est autre que de faire tomber IBK, conformément aux dernières déclarations du Chérif de Nioro.
Boubèye doit résister aujourd’hui plus qu’hier parce qu’il a le soutien du Président de la République, d’une minorité de blocage pour faire échec à cette trahison, à cette lâcheté politique. Le Chef de l’Etat est plus légitime que cette Assemblée que Dr Mariko qualifie « d’illégitime », en mal de popularité, incapable de se mettre à hauteur des défis qui assaillent le pays. IBK a clairement dit, hier en début d’après-midi, au cours du bref conseil des ministres : « Ceci est le miel de la trahison et je ne la boirai pas, ceux qui s’agitent essayent de faire un putsch législatif contre l’exécutif. Je suis un homme d’honneur, je connais la valeur de mon Premier ministre et je ne le lâcherai pas pour des intérêts sordides et personnels ». Boubèye doit donc être rassuré. Pour autant, il doit se battre encore et toujours.
La victoire appartient à ceux qui acceptent se battre, le Premier ministre doit se battre, « …mais quand on doit se battre contre les difficultés incessantes, on s’aguerrit dans l’épreuve, on résiste à n’importe quel mal, et même si l’on trébuche, on lutte encore à genoux », pour reprendre l’homme d’Etat, le philosophe, l’artiste et dramaturge Sénèque.
Boubèye ne doit rien céder, à la guerre comme à la guerre, certains choix comptent plus que d’autres. Il s’agit pour lui, en définitive, de se battre becs et ongles. La bataille politique continue, elle s’impose. Donc, même après une hypothétique démission, Boubèye doit continuer à résister aux méchantes langues, aux dénigrements, aux mensonges, voire insanités. Dans ce combat, demain, si les Maliens aspiraient à un changement, ils se tourneront, sans nul doute, vers Soumeylou Boubèye Maiga. Le plus difficile, que Dieu nous donne longue vie !
El Hadj Chahana Takiou

Source : aBamako

aBamako

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