Mali: Et si nous étions victimes de nos propres choix

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Tous les présidents de la troisième République ont été sélectionnés non pas sur la base de leur aptitude à gouverner, mais sur leurs capacités à se faire élire. Dans notre système démocratique, il n’a été donné aux électeurs que de juger un futur président sur son « charisme », son « apparence », son « éloquence », mais ils ne pourront le juger sur ses « compétences et son intégrité », car avant d’être élu l’électorat dans son ensemble ne sait pas si ce futur président est compétent ou non. En gros, nous jugeons les candidats à une élection présidentielle sur du superficiel et non du concret.

Une fois au pouvoir… Et bien, c’est fini. Tout le monde rentre chez soi et attend. On attend une mauvaise décision pour râler ou une bonne décision qui ne viendra jamais. On attend les promesses qui tardent ou ne sont pas assez satisfaisantes ; on attend longtemps… C’est long, cinq ans… Et pendant tout ce temps, le gouvernement fait des réformes, de nouvelles lois, décide des budgets, fait des économies, parfois même signe des accords… sans nous demander notre avis, car maintenant, c’est trop tard. Ils sont élus et si le peuple est mécontent il peut toujours faire grève ou manifester dans la rue et se faire frapper par des policiers qui sont censés le protéger.

Une frustration qui monte, année après année, président après président, les gens se rendent compte de l’impuissance totale des citoyens devant un tel système ou le peuple est censé être souverain. En réalité, il ne l’est absolument pas. Au final, sa seule contribution est un vote dénaturé de sens (voter pour une personne sans connaître ses compétences et la laisser gouverner à notre place en pensant qu’elle sera bien plus compétente que nous). Sans parler des conflits d’intérêts récurrents liés au financement des campagnes présidentielles.

Eh oui, ils devront « rendre » d’une manière ou d’une autre ce financement à leurs « prêteurs » (banques, multinationales, partis politiques étrangers, etc.). Il y a aussi l’implication des groupes de pression sur les masses populaires, très amis avec la classe politique – étrangement – et bien évidemment les banques privées qui depuis un certain temps dictent la politique intérieure du pays sous menace de sanctions (augmentation de taux d’intérêt, etc.) Tout ceci crée notre impuissance totale, voire même notre soumission à ce système verrouillé. Peu importe le parti politique, les choses se passeront de la même manière, en plus ou moins grave, selon les époques et la situation économique du pays. Le pouvoir les attire et tous les moyens sont bons pour le garder entre leurs mains, quitte à faire croire n’importe quoi aux citoyens.

Une question simple: comment des gens qui n’ont rien à voir avec le peuple peuvent prétendre « comprendre le peuple » et « savoir ce qu’il désire » pour se permettre de « décider à sa place »? A vrai dire, ils ne le peuvent pas et ne le font pas, car leurs intérêts sont tout autre. S’ils étaient si préoccupés de l’avis et du bien-être des citoyens, ils nous demanderaient notre avis.

Ina Maïga

Source : aBamako

aBamako

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