Marasme économique : Le patronat tire la sonnette d’alarme sur les départs des investisseurs pour d’autres horizons

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La ministre de l’Investissement privé, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat national, Mme Safia Boly, a effectué une visite de travail au Conseil national du patronat du Mali (CNPM) en début de semaine. Une occasion mise à profit par les grands patrons maliens pour évoquer au ministre les difficultés auxquelles les entreprises maliennes sont confrontées.

Après sa prise de fonction au niveau du ministère de l’Investissement privé, des PME et de l’Entrepreneuriat national, la ministre de Safia Boly n’a pas perdu du temps pour aller à la rencontre des acteurs du secteur. Entouré des membres de son cabinet, elle était en début de semaine au CNPM où elle a été reçue par le président de cette organisation Mamadou Sinsy Coulibaly, entouré des membres de son bureau.

Cette rencontre de plus d’une heure d’échanges a permis aux patrons maliens de faire l’état des lieux dans le domaine de l’entrepreneuriat et de l’investissement et d’évoquer surtout les difficultés auxquels leur secteur est confronté. Difficulté selon les différents intervenants qui ont pour noms : insécurité, corruption, pression fiscale, problème d’électricité, problème judiciaire.

“Sur le climat des affaires, d’énormes d’efforts ont été fournis par le gouvernement malien dans ce secteur. Mais, paradoxalement, le constat est là, les entreprises sont en train de fermer boutique et de partir. Et dans le secteur bancaire, cela m’inquiète Mme le ministre. Des banques qui sont installées au Mali qui gagnent de l’argent mais malgré tout plient bagage. Nous ne devons pas prendre cela à la légère et cela doit mériter une réflexion très approfondie. Je me rappelle que la même banque en 2016 avait fermé 13 000 comptes. Autant nous avons un climat des affaires incitatif autant nous n’avons pas cette contrepartie en termes d’investissement… et on ne peut pas assurer une croissance soutenue sans investissement”, a souligné Moussa Alassane Diallo, l’un des vice-présidents du CNPM. Abondant dans le même sens, l’industriel Cyril Achcar a enfoncé le clou en ces termes : “Au-delà de l’insécurité, les aléas conjoncturelles sont assez difficilement supportables pour le secteur industriel qui a besoin de protection, qui nécessite des fonds à long terme.

Au Mali, le taux de l’emprunt est plus cher que dans les autres pays de la sous-région… Nous avons aussi la statistique qu’un crédit sur trois n’est pas remboursé aussi. Qui dit industrie dit énergie. Comment travailler dans un environnement pauvre énergétiquement ? Car en plus de fournir peu d’électricité, l’EDM fournit le courant de mauvaise qualité avec des tensions destructrices qui cassent”.

Mme Coulibaly, également membre du bureau du CNPM, en charge de l’entrepreneuriat féminin, a rappelé que ce sont 80 % des entreprises qui évoluent dans l’informel surtout dans le domaine de l’entrepreneuriat féminin. Elle a aussi regretté le départ d’entrepreneurs installés au Mali pour d’autres horizons.

Le président du CNPM, Mamadou Sinsy Coulibaly, a réaffirmé toute la disponibilité de son équipe à accompagner la ministre Safia Boly dans sa mission. “Nous sommes prêts à vous accompagner pour que nous puissions améliorer les recettes fiscales de l’Etat. Car un pays qui n’arrive pas à mobiliser les recettes fiscales est appelé à disparaître”, a soutenu M. Coulibaly qui a invité l’Etat à être compétitif pour attirer les investisseurs.

“Nous voudrions que vous soyez notre porte-parole au sein du gouvernement pour dire que le secteur privé peut améliorer les recettes de l’Etat si on nous confie un certain nombre de gestion comme la gestion des corridors”, a fait savoir le patron des patrons maliens. Il a aussi évoqué les opérations douanières dont leur souhait est de les voir digitaliser et pouvoir leur permettre de faire leur dédouanement sans passer par un intermédiaire. Autre problème évoque par Mamadou Sinsy Coulibaly, c’est l’insécurité judiciaire pour les entreprises et la corruption.

“Il suffit d’une décision judicaire pour que la petite PME perd l’équilibre durant des années. S’agissant de la corruption si rien n’est fait les PME et PMI vont disparaitre d’ici à 2025. Car la corruption a gangréné le système économique malien. Il n’y a plus de concurrence loyale entre les entreprises. Sans tenir compte aussi que l’Etat perd pratiquement tous ses procès en justice, idem aussi pour les banques qui sont nos outils de travail…”, a déploré le patron des patrons maliens.

La ministre Safia Boly, aux termes des échanges, a rappelé que l’objectif de cette visite est d’être à l’écoute du secteur privé.

“Le ministère a été créé pour améliorer le climat des affaires, promouvoir le Mali en terme de destination pour les investisseurs et aussi de créer le mécanisme pour que les PME continuent à évoluer.

Aujourd’hui, nous avons eu des discussions très franches qui se rapportaient à la sécurisation des entreprises dans leur fonctionnement en termes de justice, de fiscalité”, a soutenu la ministre qui a dit repartir avec beaucoup d’informations aux termes de cette première rencontre, qui sera suivie selon elle d’autres échanges.

Kassoum Théra

Source : aBamako

aBamako

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