Business du pèlerinage à la Mecque Le passeport biométrique plombe les activités

Le business du Hadj attire beaucoup d’agences de voyages dont la plupart semble être créée uniquement pour cela, parce que c’est juteux. Mais pour cette année, avec les nouvelles règles imposées par le Royaume d’Arabie Saoudite et les réaménagements apportés par le ministère des Affaires religieuses et du culte, cela coince un peu. Mais c’est surtout le passeport biométrique qui pose problème. Et pourquoi ?

Comme nous l’écrivions déjà dans notre édition du 15 avril 2016, dans le cadre d’une réponse à la menace terroriste, le Royaume d’Arabie saoudite a mis en place une kyrielle de mesures à faire respecter scrupuleusement par tous les pays qui envoient des pèlerins. Par ailleurs, des agences de voyages de la filière privée malienne ayant déjà été épinglées par les autorités saoudiennes, à cause de défaillances en ce qui concerne la gestion des pèlerins sur place aux Lieux de l’islam, des mesures ont été édictées pour que les cas constatés ne se renouvellent pas. Un an après la chute d’une grue et la bousculade de Mina qui ont causé une hécatombe, les autorités saoudiennes ne fléchiront donc en rien sur les conditions à remplir aussi bien par les pèlerins que par les voyagistes et transporteurs.

Mises devant leurs responsabilités, les autorités publiques du Mali, comme leurs homologues des autres pays musulmans pourvoyeurs de pèlerins, doivent suivre la mouvance. C’est dans ce cadre qu’après plusieurs missions menées sur place auprès des responsables saoudiens, le ministère des Affaires religieuses et du culte a certes décroché de bons points avec l’augmentation du quota de pèlerins alloué au Mali, mais devra aussi sévir pour assainir la filière privée du Hadj.

Désormais, les quotas ne seront affectés qu’aux agences aptes à participer à la campagne du Hadj. Fini donc le business consistant à décrocher un quota à revendre comme s’il s’agissait de coton ou de cacahuètes. Pour y parvenir, le ministère des Affaires religieuses et du culte a produit un cahier de charges définissant des critères administratifs et financiers pour toute agence de voyage désirant postuler à la campagne du Hadj 2016.

En effet, au plan administratif, il faudra, pour les agences de voyage, détenir un agrément d’agence de voyage. Ce qui est quand même le minimum pour exercer. Ensuite, cet agrément devrait prouver une ancienneté d’un an, en tenant compte de la date limite de dépôt des dossiers. C’est dire que toute agence n’étant pas à jour sur ce plan, est déjà éliminée du Hadj de cette année.

Autres conditions et pas des moindres, c’était de produire un contrat de bail ou un titre de propriété de siège, en plus d’une attestation de paiement des cotisations à l’Inps. Pour clore ce volet administratif du dossier, évoquons l’attestation de bonne fin d’exécution qui n’est délivrée pour cette année, que par le ministère des Affaires religieuses et du culte, parce que chargé du pèlerinage.

Au plan financier, il est exigé à chaque agence ou groupement qui postule à la campagne du Hadj, un contrat d’assurance en mesure de couvrir les conséquences pécuniaires de la responsabilité civile personnelle.

Evidemment, avec la preuve du paiement de la patente de l’année en cours ou de la preuve de l’exonération si besoin en était.

Par ailleurs, pour éviter que des agences détournent la contribution du pèlerin destinée à la Maison du Hadj (200 000 FCFA par pèlerin actuellement) une attestation émanant de la Maison du Hadj est désormais exigée. Notons que, à l’ouverture de la campagne 2016 du Hadj, 17 voyagistes privés devaient près de 90 millions FCFA à la Maison du Hadj, pour n’avoir pas reversé ladite contribution des pèlerins.

Mais comme nous le disions dans notre édition du 15 avril 2016, prendre des mesures c’est une chose, les appliquer reste une autre affaire et c’est là où le ministère des Affaires religieuses et du culte est très attendu.

Il nous revient en effet, que plus de 75 agences étaient recalées sur la base de ces critères. Mais le ministère a dû céder sous la pression du puissant lobby des voyagistes privés. Finalement, sur le quota de 9 000 pèlerins accordé par l ’Arabie Saoudite au Mali cette année, la filière gouvernementale ne pourra en convoyer que 1500, les 7500 autres devant passer par la filière privée.

Les candidats ne se bousculent pas encore

D’abord, il y a beaucoup de problèmes au niveau du partage de ce quota et les agences qui se sentent lésées sont en train de hausser le ton. Des accusations fusent de partout et le ministère des Affaires religieuses et du culte n’échappe pas à cette volée de bois vert. Ces derniers temps, avec les sorties médiatiques de responsables de l’association des agences de voyages, on semble comprendre que les autorités et ces agences ne parlent pas le même langage dans la mesure où même les sommes déclarées par des agences privées de voyage sont contestées. En somme, tout ceci ne serait qu’une manœuvre de diversion de responsables en charge du pèlerinage qui feraient de ce business une chasse gardée au nom de leurs intérêts personnels.

Mais tout ce brouhaha ne cache-t-il pas un autre problème : celui de la mobilisation des pèlerins car les gens ne se bousculent pas encore aux portes des agences privées et de la Maison du Hadj à quelques encablures de la date de clôture des inscriptions, poussant le ministère à se lancer dans une vaste campagne de rappel de ce deadline à coups de communiqués de presse.

«Les années passées, à pareil moment déjà, nous affichons le plein pour chercher à caser les retardataires chez les autres collègues. Ce qui est loin d’être le cas cette année. En plus, il y a trop de chamboulements qui ont rendu la situation opaque» laisse entendre un voyagiste.

Mis il nous revient que le principal obstacle à la mobilisation des pèlerins serait liée au passeport biométrique. Non seulement il n’est pas délivré au niveau de la plupart des ambassades de pays où résident des émigrés candidats au pèlerinage, mais en plus, sa délivrance exige la présentation de la carte Nina et la présence physique du demandeur de passeport.

Exit donc la filière guinéenne et d’autres filons de pèlerins étrangers exploités par des voyagistes car il était facile de se procurer facilement l’ancien passeport qui se vendait à travers des circuits bien connus. L’on se rappelle que lors de l’épidémie d’Ebola, la Guinée était suspendue du pèlerinage. Mais combien de Guinéens ont-ils pu effectuer le pèlerinage au détour du Mali ? Ils sont nombreux. De toute façon, avec le drame de Mina et la chute de la grue, des drames restés encore en mémoire, il n’est pas recommandé de se hasarder dans pareils trafics aux conséquences incalculables.

A.B.N

aBamako

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