Focus : Enfin, la Minusma sommée de faire le boulot !

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Simple coïncidence ou calcul avéré, il a fallu que les grandes puissances – qui se croyaient vraiment à l’abri- soient frappées par la nébuleuse centrale terroriste pour que les choses s’accélèrent enfin au Mali. En effet, même le pays d’Obama, qui a publié récemment un document qui reproche à nos pays d’Afrique de l’ouest de ne pas avoir suffisamment de moyens pour détecter le menaces terroristes, a subi de plein fouet un attentat meurtrier une semaine après. C’est dire que la première puissance mondiale, elle-même, n’a rien vu venir. Elle scrutait l’extérieur, alors que la menace était à l’intérieur du pays.
Avant les Etats-Unis, la France et la Belgique ont fini de comprendre la complexité réelle du phénomène, pour enfin arrêter de baragouiner à tort et à travers que c’est la faiblesse de nos armées qui pose problème. Tout le monde a donc compris que la lutte contre le terrorisme est – et restera – une affaire collective, avec l’engagement sans réserve de la communauté internationale.

C’est pourquoi, ces réserves levées, le Conseil de sécurité y est allé à fond pour tailler enfin la résolution attendue au Mali depuis plusieurs années : celle qui fait de la Minusma une véritable force en mesure de faire le boulot et non des hommes et des femmes en casques bleus pour être plus visibles et s’offrir en chair à canon, sur la base d’une résolution taillée sur mesure par les grandes puissances influencées par la France. Hollande voulait certes alléger son dispositif au Mali, devenu finalement trop lourd et coûteux pour son pays en proie à des difficultés budgétaires. Il fallait donc transférer la charge aux nations-unies, sans perdre le contrôle de la situation, au nom d’intérêts géostratégiques.
A l’heure actuelle, tout le monde en a marre de cette situation de ni guerre ni paix dans laquelle vit le Mali. Et tout le monde sait aussi si l’environnement sécuritaire se détériorait davantage, c’était pour offrir un sanctuaire et une réserve de combattants à Aqmi et Daech qui se livrent une rude concurrence à nos portes. Il est donc le temps d’agir. Il n’y a plus de place aux tergiversations.
C’est l’occasion de rendre hommage au Premier ministre, Modibo Keïta, qui a exprimé devant le Conseil de sécurité les préoccupations du peuple malien, avec des mots certes très pesés à la balance de la politesse, après les avoir emballés dans de l’élégance. Mais sans entamer la pertinence de sonintervention. Ainsi s’exprimait-il : “Tout en prenant note de la recommandation du Secrétaire général proposant l’augmentation des effectifs de la mission, je rappelle que le Gouvernement du Mali a toujours estimé que l’efficacité de la MINUSMA est à rechercher plutôt dans le renforcement de ses capacités opérationnelles qui, à notre avis, passe par :une posture plus robuste et plus active ; une redéfinition des règles d’engagement ; un soutien aux Forces Armées du Mali accompagné d’une coordination opérationnelle ; un soutien aux initiatives régionales de lutte contre le terrorisme, notamment celles du G5 Sahel, de la Cedeao et de l’Union africaine “.
C’était donc comme une feuille de route tracée pour la Minusma. Elle sera adoptée par le Conseil de sécurité qui a donc bien apprécié, à leur juste valeur, les propos du Premier ministre qui mérite un coup de chapeau pour son intervention remarquable.
En effet, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté mercredi une résolution par laquelle il proroge le mandat de la Mission intégrée multidimensionnelle des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) jusqu’au 30 juin 2017 et augmente l’effectif de la Mission à plus de 15.000 Casques bleus. Plus précisément, il s’agit d’avoir un maximum de 13.289 militaires (11.240 jusque-là) et 1920 policiers (1440 auparavant).
Côté équipements, le Conseil de sécurité a exhorté les pays qui fournissent des contingents et du personnel de police à la Minusma “à accélérer les procédures d’achat et le déploiement de tout le matériel voulu appartenant aux contingents”. Tout va vite désormais, y compris la mise en œuvre de l’Accord de paix au sujet de laquelle le Conseil a noté “la lenteur des progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’Accord, notamment pour ce qui est des dispositions portant sur la défense et la sécurité, ainsi que les retards pris dans la restructuration du secteur de la sécurité, entravent les efforts visant à rétablir la sécurité dans le nord du Mali”. C’est pourquoi, “la priorité stratégique de la Mission consiste à appuyer la mise en œuvre par le gouvernement, les groupes armés des coalitions Plateforme et Coordination, ainsi que par d’autres parties prenantes maliennes, de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali “, selon le Conseil de sécurité.
Lequel a exhorté le gouvernement malien, les groupes armés des coalitions Plateforme et Coordination à maintenir un dialogue constructif, “avec la volonté politique ferme et sincère d’accélérer l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali “. Ils les ont aussi appelés “ à prendre en priorité et sans plus tarder les mesures qui s’imposent pour mettre en œuvre les dispositions de l’Accord “.
Pour y parvenir, la Minusma est autorisée, selon la nouvelle résolution, “à utiliser tous les moyens nécessaires pour accomplir son mandat, dans les limites de ses capacités et dans ses zones de déploiement”. C’en est donc fini de la Minusma avec des casques bleus qui n’ont du temps que pour frimer dans les bars, restaurants et autres coins chauds pour ceux restés à Bamako ou se donner en cible gratuite à des terroristes pour les autres, montés en zone d’opérations.
Surtout que la nouvelle résolution adoptée mercredi dernier prévoit des sanctions ciblées contre ceux qui s’emploient à empêcher ou à compromettre la mise en œuvre de l’Accord de paix de 2015, ceux qui reprennent les hostilités et violent le cessez-le-feu, ceux qui lancent des attaques contre la Minusma et d’autres présences internationales ou entreprennent de les menacer, et ceux qui apportent leur soutien à de telles attaques et entreprises. Voilà qui est ben dit, mais attendons d’abord de voir ce qui se passera sur le terrain pour jubiler.
A.B. NIANG

aBamako

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