Débat autour de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation : Quand la Fondation Balanzan fait mieux que le Gouvernement

La salle Wa Kamissoko du Centre International des Conférences de Bamako (CICB) a abrité le jeudi 30 Juin 2016 une rencontre de haut niveau organisée par la Fondation Balanzan. Cette rencontre qui avait pour thème : « Regards croisés sur les contraintes politiques, Institutionnelles, et Constitutionnelles liées à la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali », a regroupé d’éminentes personnalités du monde politique, de la société civile, des groupes armés de la Plateforme et de la CMA. Le tout sous le regard de la Communauté internationale représentée par la Francophonie, la MINUSMA, l’Union Africaine, la MISAHEL et la CEDEAO. Dans des échanges francs, courtois et sincères, les acteurs ont donné leur lecture de la mise en œuvre de l’Accord. Presque tous rejettent au gouvernement la responsabilité de la lenteur constatée dans sa mise en œuvre. Pourquoi l’Etat se refuse-t-il autant d’organiser des débats autour de l’Accord ? L’ORTM, à défaut d’initier ce genre de débat, ne pouvait-il pas couvrir entièrement ces échanges et  les diffuser ?

C’est dans une salle Wa Kamissoko pleine à craquer qu’a eu lieu cette rencontre d’échanges des acteurs de la crise du septentrion malien. Les panelistes choisis « es qualité » ont tenu en haleine les participants venus nombreux et qui avaient soif de débats et de vérité pendant presqu’une journée.

Le Président de la Fondation, l’ancien ambassadeur malien auprès de la Francophonie, SEM. Moussa Makan Camara, dans son mot de bienvenu, a remercié les panelistes et situé la rencontre dans son contexte. Le constat étant largement partagé aujourd’hui qu’il y a une véritable lenteur que d’aucuns qualifient même de blocage dans la mise en œuvre de l’Accord. Tout indique que tous les acteurs n’ont pas la même lecture des textes de l’Accord.

C’était donc sous la modération habile de notre confrère Adam Thiam que les échanges ont été ouverts entre la Majorité représentée par Nancoma Keita, secrétaire politique du RPM, l’Opposition représentée par Tiébilé Dramé, président du PARENA,   le Pr Ali Nouhoum Diallo président de la COMODE au compte de la société Civile, Me. Harouna Toureh, porte-parole  de la Plateforme et Mahmoud Ould Mohamed, représentant de la CMA, sous le regard attentif de la CEDEAO, de l’UA, de la MISAHEL et de la MINUSMA. Rappelons que la rencontre a été organisée grâce au soutien financier de la Francophonie représenté en la circonstance par M. Boubacar Issa Abdourahmane de la Direction des affaires politiques et de la gouvernance démocratique de l’OIF.

Le constat général après un premier tour de table est qu’il y a effectivement blocage dans la mise en œuvre de l’Accord. Toutes les parties en discussion sont unanimes qu’il y a urgence  d’aller vite pour atténuer les souffrances des populations maliennes en général et de celles du nord en particulier. Excepté M. Nancoma Keita qui estimait que beaucoup  d’actes ont été posés et qu’il fallait séquencer la mise en œuvre de l’Accord en ce qui était possible de faire dans 5, 10 ou 20 ans,  la plateforme et la CMA rejetaient la responsabilité de la situation au gouvernement qui selon elles a le devoir d’accélérer le rythme.  Pour elles, de la signature de l’Accord à nos jours, les choses trainent.  Il y a une confusion des rôles  au sein du gouvernement : « on ne sait pas qui s’occupe de quoi et il y a une lourdeur administrative ». Quant à M. Dramé de l’Opposition, il faut une relecture consensuelle de l’Accord, notamment en ses articles 6, 8 et 9 comme le prévaut du reste l’article 65 dudit Accord. Pour le président du PARENA, ces articles susvisés en leur état actuel, rendent l’Accord presque inapplicable. Ils ne peuvent garantir la paix et porteraient même les germes de la partition du Mali. M. Dramé a encore réitéré avec force le souhait de l’Opposition de voir organiser la Conférence Nationale d’entente.

Voici quelques recommandations pertinentes  issues de la rencontre :   

Créer un climat de confiance, par l’organisation de sessions d’échanges entre les parties à l’Accord et tous les acteurs de sa mise en œuvre, surtout la société civile malienne, pour « exorciser les peurs »

Renforcer l’appropriation nationale de l’Accord,

Respecter l’Unité nationale, l’intégrité du territoire national, la forme républicaine et laïque de l’Etat,

Accélérer le processus d’adoption des réformes constitutionnelles pour mettre en place la nouvelle architecture institutionnelle sur toute l’étendue du territoire,

Adopter une mise en œuvre séquentielle des dispositions de l’Accord en prenant en compte toutes les contraintes

Procéder à une relecture consensuelle de l’Accord comme prévu à l’Article 65, notamment les articles 6, 8 et 9. 

Assurer une large diffusion de l’Accord et des documents y afférents en impliquant les partis politiques et les organisations de la société civile, dont celles des Femmes et des Jeunes,

Entreprendre les démarches nécessaires pour la mobilisation des ressources pour la mise en œuvre de l’Accord,

Procéder à l’opérationnalisation des Patrouilles mixtes, par le Gouvernement, la MINUSMA et le CSA,

Mettre rapidement en œuvre le processus de DDR

Mettre en place l’Observateur indépendant

Appuyer le Haut représentant du Chef de l’Etat dans ses missions.

 

En définitive, au terme d’une journée féconde, qui a permis un éclairage inédit sur les enjeux de la mise en œuvre de l’Accord et la formulation de nombreuses recommandations, les participants ont salué l’initiative de la Fondation Balanzan qui n’est pas à sa première expérience. Elle avait déjà réussi avec brio les journées de réflexions sur les légitimités coutumières et traditionnelles. La question que l’on se pose est celle de savoir comment une Fondation avec des ressources très limitées arrive-t-elle à mieux faire que le Gouvernement dans l’organisation de débats autour de l’Accord ?  La redevabilité politique exige de nos autorités de mieux communiquer autour de l’Accord afin d’en faciliter l’appropriation. Et que dire de l’ORTM incapable d’organiser des débats de ce genre quand le porte-parole du Gouvernement est prêt à utiliser ses ondes pour faire feu de tout bois en oubliant l’essentiel ? A défaut d’initier ce genre de débat, l’ORTM pouvait bien couvrir entièrement ces échanges et  les diffuser. La Paix est au bout de la  bonne communication.

Youssouf Sissoko

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Maliweb

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