Importation de la pomme de terre au Mali: Comment concilier libre échange et protection de l’agro-industrie locale

Le Mali est un grand producteur agricole, mais paradoxalement un grand importateur des mêmes produits que nous produisons comme le riz, la pomme de terre, les agrumes etc. Comment assurer la rentabilité de la production nationale, la disponibilité des produits du cru, la stabilité des prix à un niveau accessible aux populations et la libre circulation des marchandises, du point de vue de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) ?

C’est l’équation que la Direction des Douanes se propose de relever dans l’intérêt du Mali et des consommateurs maliens.
Concilier le libre échange et la protection de la production agricole nationale dans le but de promouvoir l’agro-industrie, c’est le défi que les douanes maliennes doivent relever au moment où notre pays, grand producteur agricole est assailli par des produits venant de l’extérieur.

S’il n’y a rien à dire concernant les produits industriels non fabriqués au Mali, les produits du cru sont concurrencés par une importation massive de ceux d’origine étrangère. C’est le cas des fruits et légumes, ainsi que les tubercules. Ainsi, les productions étrangères comme la pomme de terre et les agrumes importées constituent aujourd’hui matière à réflexion. De sources douanières, « le cas de la pomme de terre venant principalement du Maroc et de l’Union européenne constitue un véritable goulot d’étranglement pour ce sous secteur agricole ».

La douane malienne entend gérer la question en ménageant les intérêts aux différents niveaux des producteurs nationaux, des importateurs, des consommateurs, sans oublier les recettes douanières. Ce qui implique le défi de concilier protection de la production agricole nationale et respect des directives de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en matière de libre circulation des marchandises.

Un des moyens de cette protection-promotion de l’agro-industrie est le nouveau Tarif extérieur commun de la CEDEAO, à travers lequel, l’Organisation a porté de 20 à 35% « le taux du droit de douane applicable à beaucoup de produits agricoles d’origine étrangère importés dans la communauté ».

Le taux est moins ambigu, mais les quantités importées posent problème au niveau du cordon douanier, où il y a une forte interrogation sur la fiabilité des valeurs transactionnelles déclarées par les importateurs. « Il a été constaté des excédents sur les poids indiqués des cargaisons dans les documents étrangers y afférents », indiquent des sources douanières. Ainsi du point de vue de la détermination des valeurs douanières, une parfaite connaissance de l’état du marché, la disponibilité et du cours moyens des produits du cru sur les marchés locaux et ceux des pays d’origine, mais aussi les quantités réelles de la pomme de terre importées, s’impose aux services de douane de notre pays.

Les informations recueillies à cet effet ont permis aux services douaniers de disposer de trois types de valeur en douane, à savoir une valeur en douane basée sur le prix FOB des factures des importateurs, une valeur en douane basée sur les déclarations en douanes collectées, et une valeur en douane basée sur les cours moyens de la pomme de terre sur les marchés des pays d’origine.

Une autre équation reste de tenir compte des besoins dans notre pays, de ces produits du cru pendant les périodes de soudures, compte tenu du fait que notre production de pomme de terre n’est pas suffisante en toute saison. « Toutefois, il faut noter qu’au-delà du renchérissement des prix au consommateur induit par le prélèvement fiscal correct, cela est une protection de la production locale et une incitation à l’augmentation de la production. L’effet inverse serait la réduction de la marge des producteurs et une concurrence déloyale à la production locale », expliquent nos sources douanières.

Il ressort des observations que les cours des prix de gros pratiqués dans les pays d’origine pour les pommes de terre sont substantiellement supérieurs aux valeurs en douane déclarées pour ce même produit importé dans notre pays. Il importe donc, devant la pertinente nécessité d’une meilleure maîtrise des quantités de pomme de terre importées et celle d’une meilleure évaluation afin d’augmenter les recettes pouvant y provenir d’une part et protéger d’autre part contre la concurrence déloyale notre production nationale et communautaire, de plus de vigilance et de rigueur de la part des structures opérationnelles lors des contrôles documentaires et physiques, dans le cadre du dédouanement des du cru en général et celle des pommes de terre en particulier.

B. Daou

aBamako

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