Probable proces pour haute trahision de l’ancien president Malien : ATT n’est pas pire que ses successeurs

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Au nombre des dossiers brûlants de la République malienne figure sans conteste celui de l’ancien président Amadou Toumani Touré alias ATT. On se rappelle que celui-ci avait été évincé du pouvoir en 2012 par un certain Amadou Sanogo. Le chef de la junte reprochait notamment à ATT d’avoir favorisé par son « laxisme » la mainmise des djihadistes et des rebelles Touaregs sur le septentrion malien. Embouchant à peu de frais la trompette du nationalisme, le fantasque Sanogo avait réussi le tour de force de dresser contre l’infortuné ATT bien des Maliens, notamment les jeunes. Surfant sur cette réalité, l’on se souvient, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) avait promis fermement aux Maliens, au cas où ils le porteraient au palais de Koulouba, de laver l’affront fait au Malibâ (Grand Mali). C’est dans ce contexte qu’il avait été élu président de la République du Mali. Et son parti, le Rassemblement pour le Mali (RPM), après les législatives, s’est emparé des rênes de l’Assemblée nationale.

IBK ne veut pas d’un procès contre le tombeur de Moussa Traoré

La question donc de savoir si oui ou non il faut juger ATT pour « haute trahison » s’est vite invitée à la table de la représentation nationale et ce, depuis la fin de 2013. A cet effet, une commission parlementaire constituée de 15 députés avait été mise en place. Elle a fait diligence et a consigné les résultats de sa mission dans un rapport. C’est ce fameux document que l’Assemblée nationale devrait examiner en session, afin de lui donner une suite. Mais il y a problème aujourd’hui, tant les Maliens sont divisés sur la question. La preuve en a été apportée par l’Assemblée nationale le 30 juin dernier. En effet, invitée à examiner la question en plénière, cette institution n’a pas trouvé mieux à faire que de la renvoyer aux calendes maliennes. Face à ce dossier brûlant et explosif de la République, et c’est le moins que l’on puisse dire, deux thèses s’affrontent. Il y a d’une part la thèse selon laquelle ATT mérite de passer devant la Haute cour de justice pour avoir livré le Nord du pays aux djihadistes et pour n’avoir pas donné à l’armée malienne les moyens suffisants pour les contrer. Cette thèse, soutenue essentiellement par certaines associations de la société civile et qui avait fait florès sous le régime des putschistes de Kati, convainc difficilement les Maliens dans leur majorité aujourd’hui et ce au regard de la situation au Nord, telle qu’elle se présente 4 ans après le départ d’ATT. D’autre part, il y a la thèse selon laquelle ATT a été injustement chassé du pouvoir. Et cette thèse est développée par bien des Maliens, indépendamment de leur appartenance politique. Ceux-ci font désormais du retour sans condition du célèbre exilé de Dakar « un impératif catégorique » pour reprendre l’expression du philosophe Emmanuel Kant. Parmi les tenants de ce point de vue, l’on peut compter une foultitude de militants du parti aujourd’hui au pouvoir, c’est-à-dire le RPM, à commencer par son premier responsable IBK. Ce dernier d’ailleurs ne s’en cache pas. A l’occasion d’une interview accordée à notre confrère « Jeune Afrique » en décembre 2015, IBK a commenté la procédure en cours contre ATT en ces termes : « Je n’y suis pour rien. J’ai toujours dit [à ATT] que je ne faisais pas partie de ces politiciens dont il pouvait craindre les jeux troubles ». Plus récemment encore et parlant toujours d’un éventuel retour de l’enfant prodige de Mopti, il a lancé simplement ceci : « à bientôt ». La position de l’actuel locataire du palais de Koulouba à propos du dossier ATT est, on ne peut plus claire. Il ne veut pas d’un procès contre le tombeur de Moussa Traoré. L’on peut en déduire que c’est la raison pour laquelle son parti qui est largement majoritaire à l’Assemblée nationale, a mis un point d’honneur à utiliser son hégémonie au parlement pour faire obstruction au processus de mise en accusation pour « haute trahison » de l’ancien président aujourd’hui en exil à Dakar. Cette posture d’IBK, au demeurant, ne devrait étonner personne et pour cause. D’abord, ATT a été pendant longtemps le mentor de l’actuel président. Mieux, ce dernier a été son premier ministre, puis président de l’Assemblée nationale sous son magistère. De ce point de vue, un procès contre ATT, pour quelque raison que ce soit, peut être décrypté comme son propre procès. A moins d’être un masochiste confirmé, l’on voit mal IBK faire de la mise en accusation d’ATT pour haute trahison, une fixation.

Ni Haya Sanogo, ni IBK ne peuvent se permettre de jeter la pierre à ATT

La deuxième raison pour laquelle IBK ne peut pas se positionner en faveur du procès d’ATT pourrait être liée au fait que ce dernier n’est pas pire que ses successeurs à la tête du Mali. Par rapport d’abord à celui qui avait commis le péché originel en le chassant par la force des baïonnettes, l’on peut dire que les Maliens ont souffert le martyre et la désillusion sous son régime. En effet, non seulement Haya Sanogo n’a pas pu freiner les indépendantistes et les djihadistes dans leur conquête du septentrion malien mais aussi, il a considérablement affaibli l’armée malienne en opérant en son sein des purges sanglantes jamais égalées dans l’histoire du pays. Le fait que ce Néron malien soit aujourd’hui dégradé et jeté en prison pour l’ensemble de ses basses œuvres, peut être perçu comme une divine revanche et une réhabilitation pour ATT. Par rapport ensuite à la gouvernance d’IBK, l’on peut se risquer à dire que celle d’ATT a été nettement plus vertueuse. Il est vrai, sous le régime de ce dernier, l’on a pu par moments enregistrer des actes nauséeux en matière de détournements de deniers publics. Mais sous IBK et en l’espace de 3 ans, les prédations des biens de l’Etat, l’implication de la fratrie dans la gestion des affaires publiques sont en passe d’être érigées en mode de gouvernance. Et par rapport à la gestion de la problématique du Nord-Mali, ni Haya Sanogo, ni IBK ne peuvent se permettre de jeter la pierre à ATT, pour la simple raison qu’aucun des deux n’a fait mieux que lui. Au contraire, n’eût été la prompte réaction de l’armée française et celle des soldats des pays africains, l’on peut parier qu’aujourd’hui l’emprise des djihadistes sur le Mali aurait été plus grande. Pour toutes ces raisons, l’on peut comprendre que beaucoup de Maliens aient versé dans le désenchantement après le départ d’ATT et lorgnent du côté du pays de la Teranga dans l’espoir de le voir revenir sans délai au bercail. Ils sont d’autant plus confortés dans cette posture que l’intéressé lui-même est prêt à affronter la Justice de son pays pour laver son honneur. Et à 67 ans, cette éventualité pourrait ne pas être du goût de tous ceux qui ont dans leur ligne de mire la présidentielle de 2018. Au- delà de toutes ces considérations, il y a que la réhabilitation éventuelle d’ATT peut impacter positivement la dynamique de la réconciliation nationale enclenchée par IBK, dans la perspective de former une union sacrée pour le combat qui vaille la peine d’être mené prioritairement aujourd’hui. Et tout le monde peut aisément deviner la nature de ce combat. C’est celui qui consiste à bouter hors du Mali les djihadistes et leurs alliés.

« Le Pays »

aBamako

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