Situation au Nord du Mali : Que cache la déclaration du général Gamou ?

Le général Gamou est-il en train de s’affranchir de la tutelle de Bamako ? C’est la question que l’on pourrait se poser au regard de certains agissements de l’homme. En effet, pas plus tard que la semaine dernière, il reprochait au HCUA (Haut conseil pour l’unité de l’Azawad) sa proximité avec Bamako, en raison de la nomination d’un de ses proches au poste de gouverneur de la région de Kidal, par l’autorité centrale. Quelques jours plus tard, c’est un de ses messages relayé par les réseaux sociaux, qui fait polémique, tant il porte la confusion dans les esprits, en raison de sa teneur. En effet, appelant à l’unité des membres de la tribu des Imghads et alliés à laquelle il appartient, cet officier supérieur de l’armée malienne, par ailleurs, chef militaire de l’un des groupes armés du Nord, le Gatia, ajoute en langue tamasheq: « Nous sommes prêts, nous sommes réveillés », tout en insistant qu’il est prêt à défendre sa tribu par tous les moyens. A quel jeu joue le général Gamou ? Que cache une telle déclaration ? Surtout venant de la part d’un personnage réputé proche de Bamako ? Autant de questions qui laissent perplexe. Mais, quand on sait que depuis le début, tous les efforts du pouvoir central visent à conserver l’unité du pays, il est difficilement compréhensible que celui-là qui passe pour être l’un des alliés les plus sûrs de Bamako, puisse tenir un tel discours à forte connotation tribale. Et en choisissant de s’exprimer dans le dialecte de sa tribu, c’est comme s’il voulait adresser un message aux siens, sans que d’autres ne puissent le décrypter. En tout cas, c’est un jeu suffisamment trouble pour susciter des interrogations et des inquiétudes. Et Bamako gagnerait à clarifier la situation du général. En tout état de cause, que le général Gamou nourrisse des ambitions, comme on le lui prête, et veuille jouer un rôle de premier plan dans l’installation des autorités intérimaires à Kidal, peut paraître légitime. Mais si sa démarche était une façon calculée de vouloir se servir de sa tribu comme d’un marchepied pour parvenir à ses fins, plus qu’une bourde, ce serait une gaucherie politique qu’il aurait dû avoir l’intelligence de ne pas commettre, eu égard à son statut d’officier supérieur de l’armée malienne et de leader de l’un des groupes armés les plus en vue dans l’imbroglio malien.

Bamako est désormais fondé à se poser des questions sur la sincérité de son allié

Et si ce qui ressemble à une instrumentalisation des populations ne devrait finalement aboutir qu’à un simple marchandage politique, il y a lieu de croire qu’il a peu de chances de prospérer. Et, au finish, cela pourrait se révéler une approche suicidaire. De ce point de vue, il n’est pas exagéré de dire que le général Gamou a manqué une occasion de se taire. Car, tout le sens du combat du Mali est pour la réconciliation et l’unité qui ne sauraient faire bon ménage avec ce discours identitaire et tribal qui pourrait apparaître au travers de sa déclaration. Si c’était le cas, cela n’aurait rien de patriotique. A moins que ce ne soit une façon pour lui de piquer au vif son allié bamakois qui aurait tendance, à ses yeux, à être plus bienveillant à l’égard d’autres groupes rivaux. Même dans un tel cas de figure, il serait mal inspiré d’adopter une telle stratégie pour se signaler, car cela pourrait produire l’effet contraire. En tout cas, Bamako est désormais fondé à se poser des questions sur la sincérité de son allié, toute chose qui ne pourrait que le disqualifier aux yeux de la capitale. En tout état de cause, cette sortie du général est la traduction d’une crise de confiance entre son groupe, le Gatia, et Bamako, ou d’une volonté d’émancipation. Quoi qu’il en soit, le constat est que les pistes sont en train de se brouiller sérieusement et il appartient aux deux parties, de tirer au plus vite la situation au clair. Et l’on espère que la réunion de Niamey où étaient attendus le général Gamou et d’autres délégations maliennes le 11 juillet dernier, pourra contribuer à une conciliation des positions, étant donné que les autorités nigériennes ont été sollicitées pour une médiation entre protagonistes de Kidal, en présence d’un haut représentant de l’Etat malien que le président Ibrahim Boubacar Keita a consenti à y dépêcher.

Outélé KEITA

aBamako

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