Gao : La marche contre les autorités intérimaires réprimée dans le sang

Hier, mardi 12 juillet, à Gao, une marche pacifique contre l’installation des autorités intérimaires a été réprimée dans le sang par l’armée. Des heurts entre les forces de l’ordre et les manifestants ont fait, selon nos sources, au moins 4 morts et une trentaine de blessés. Plus d’une vingtaine de jeunes ont été interpellés. Face aux manifestants, les forces de l’ordre ont d’abord fait usage de grenades lacrymogènes, puis des coups de feu ont été tirés.

Le gouvernement malien, dans un communiqué, a appelé « les populations de Gao au calme » et signale « qu’une mission de haut niveau se rendra sans délai à Gao pour rencontrer les différentes composantes de la société et de la population afin de trouver dans le calme et la sérénité des réponses appropriées aux préoccupations des différentes parties. »

Nous annoncions hier la grande marche de la jeunesse de Gao contre les autorités intérimaires. Ladite marche a finalement eu lieu malgré la pression énorme des forces de l’ordre, la veille, sur les organisateurs pour l’annuler. Tout a été mis en œuvre, selon nos sources, pour empêcher la marche. Selon Moussa Bourema Yoro, le chef des patrouilleurs de Gao, plusieurs jeunes ont été ainsi arrêtés, tôt le matin vers 3 heures du matin par les forces de l’ordre. Mais cela n’ébranlera pas la conviction des marcheurs de s’opposer coûte que coûte à la mise en place des autorités intérimaires.

La population est, ainsi, matinalement descendue dans les rues pour manifester son désaccord. Abdoulaye Sarr, un leader des manifestants témoigne : « tout à commencé à 9 heures devant les tombeaux des Askia et nous nous sommes dirigés vers le gouvernorat de Gao pour demander la libération de nos frères arrêtés et dire non à l’installation des autorités intérimaires dans les régions nord du pays.

Arrivés vers la place Aly Baba Maïga non loin de l’école Dioula, les forces ont commencé à lancer des gaz lacrymogènes. Nous ne nous sommes pas arrêtés et quand ils ont su que la foule était en ébullition, les agents de sécurité ont commencé à tirer à balles réelles sur la foule. Pour l’instant, il y a eu trois morts et une dizaine de blessés ». « C’est fou. Ils ont tiré sur nous ! On ne fait que manifester pacifiquement. Depuis quand cela est interdit au Mali ? », s’interroge un responsable des mouvements de résistance de la société civile à l’initiative de la marche.

Au moment ou nous mettions sous presse, cette répression de l’armée contre les manifestants de Gao, selon des sources hospitalières, a fait quatre morts et plus d’une trentaine de morts. Le gouvernement malien avance un bilan de trois morts et des blessés tant du côté des manifestants que des forces de l’ordre.

Tollé d’indignation

L’indignation est à son comble à travers tout le Mali. L’on s’interroge comment des forces armées du Mali ont pu tirer sur des citoyens qui ne font que revendiquer pacifiquement. Dans un communiqué signé par le Chef de file de l’opposition, l’honorable Soumaïla Cissé, l’opposition malienne, « tient le Gouvernement seul responsable des morts et des blessés de ce 12 juillet. C’est bien l’aveuglement, l’entêtement et l’autisme du Gouvernement qui sont à l’origine de la tension et des morts de Gao » et réitère son appel de tenir des concertations nationales. « Depuis une année, les Partis de l’opposition politique appellent le Gouvernement à tenir des concertations pour une appropriation nationale de l’Accord de paix afin d’en faciliter la mise en œuvre. Depuis des mois, ils exhortent le Gouvernement à la raison et au dialogue. Malheureusement, ces appels ont été accueillis comme d’habitude par le mépris. », note le communiqué.

A l’image d’Etienne Fakaba Sissoko, des leaders de la société civile, aussi, s’indignent, sur les réseaux sociaux, contre cette dérive des autorités du Mali. «…lorsqu’on critiquait la mise en place de ces autorités intérimaires en pointant du doigt les conséquences d’une loi illégale, injuste, illégitime et séparatiste, on nous à traiter d’ennemis du Mali. Aujourd’hui ceux qui aiment le Mali ordonnent de tirer sur des manifestants sans armes et sans défenses. C’est aussi ça le Mali sous IBK. », s’indigne l’universitaire et Directeur du Centre de recherche, d’analyses politiques, économiques, et sociales du Mali (CRAPES). Moussa Nimaga, un jeune activiste malien, courroucé, déclare : « Que l’armée reste républicaine et qu’elle sache qu’elle est là pour la population et non pour un régime.

Une enquête est nécessaire pour situer les responsabilités afin que les responsables répondent de leurs actes. N’eut été l’appui de Gao à l’Etat Malien dans des moments difficiles, le Nord du Mali serait indépendant depuis longtemps. » Fatoumata Konaté, femme leader, condamne « cette action de l’armée sur les manifestants de Gao ». Selon elle, manifester est aussi un droit du peuple. « Le Mali d’aujourd’hui est le Mali qui fait honte à ses enfants. L’Etat malien au lieu de réunir tous ses enfants sur les valeurs de la paix, du pardon est en train de nous détruire. Devons nous rester sans réagir face à cette atrocité, face à l’ignorance, à l’irresponsabilité et aux manques de volonté de nos dirigeants?»

Madiassa Kaba Diakité


Africatime

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