Une paix trop fragile au Mali

La lenteur enregistrée dans la mise en œuvre de l’accord d’Alger est à l’origine d’un malaise social qui engendre la violence et profite aux groupes terroristes pour reprendre du terrain dans le nord du pays.

Le Mali va très mal. Menacé par la recrudescence du terrorisme islamiste, le pays a été hier le théâtre d’une meurtrière contestation sociale qui a coûté la vie à deux personnes, selon l’AFP, et trois selon les médias maliens. “Il y a deux morts par balles dans notre hôpital, ce sont des civils. Il y a aussi des blessés”, a déclaré un responsable de l'hôpital de Gao, la plus grande ville du Nord où a eu lieu une marche des jeunes pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une “injustice” dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali.
Selon le journal électronique Le Sahélien, vidéo à l’appui, l’armée a tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant trois d’entre eux et blessant au moins 31 autres, dont 18 manifestants et 4 membres des forces de l’ordre, précisent d’autres sources. “Nous avons voulu manifester pour dénoncer l'insécurité sur la route Bamako-Gao, pour réclamer aussi notre recrutement au sein de l'armée, et pour dénoncer la mise en place des autorités intérimaires”, a déclaré, à l'AFP, Oumar Maïga, de l'association des jeunes de Gao, parmi les initiateurs de la manifestation. “La mairie a voulu interdire notre marche en nous refusant l'autorisation. Nous avons décidé de la maintenir. Il y a eu des échauffourées. Les forces de l'ordre ont tiré avec des gaz lacrymogènes et des armes de guerre, c'est criminel”, a-t-il ajouté.
Organisée à l’appel de la “Coordination des mouvements de résistance de la société civile et du Collectif international de la diaspora des régions nord du Mali”, en association avec plusieurs “communautés autochtones sédentaires”, la marche d’hier avait été interdite par les autorités maliennes.
Mais les manifestants ont décidé de braver cette interdiction, estimant que les modalités d’application de l’accord d’Alger les excluent d’avance. “Nous ne sommes pas d’accord avec les autorités intérimaires. Ceux qui ont volé le pays ne peuvent pas revenir imposer leur loi sur nous”, a expliqué aussi un des initiateurs de la marche à la presse locale.
Plusieurs médias maliens et représentants des groupes signataires de l’accord d’Alger soupçonnent l’existence d’une manipulation politique derrière cette marche qui, il faut le dire, ne devrait pourtant pas susciter le moindre étonnement, en raison du retard pris dans la mise en œuvre du texte de paix et des intérêts en jeu dans le nord du pays.
Chaque partie tente, en effet, de tirer le maximum de dividendes au profit de sa communauté ou de garder au moins son emprise sur les territoires qu’elle contrôle, alors que la situation sécuritaire attend plutôt une union des forces en présence dans le Nord pour venir à bout des groupes terroristes qui menacent la stabilité au Mali et sur l’ensemble du Sahel.

Lyès Menacer

aBamako

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