Après la répression sanglante de la marche contre les autorités intérimaires à Gao

• La colère des manifestants ne faiblit pas
• Les têtes du ministre de la Sécurité intérieure et du gouverneur réclamées
• Des marches prévues, aujourd’hui, à Bamako et Tombouctou pour soutenir les contestataires

La contestation contre les autorités intérimaires continue à Gao. Les tirs à balles réelles de l’armée sur les manifestants n’ont pas, apparemment, entamé le moral des manifestants qui exigent maintenant la démission de ceux qui, selon eux, sont à l’origine de la répression dans le sang de la marche.

Il s’agit du ministre de la Sécurité intérieure, du gouverneur de la ville de Gao, des directeurs de la police et de la gendarmerie. Le séjour d’une délégation gouvernementale composée des ministres de la Justice, de l’Administration territoriale, de la Sécurité pour apaiser les esprits dans la ville, est loin d’avoir amené l’accalmie. Hier, par solidarité pour Gao et pour s’indigner, les Maliens de France se sont spontanément rassemblés devant le Consulat du Mali en France. A Bamako et Tombouctou, les jeunes, en soutien aux contestataires, s’organisent pour descendre dans les rues aujourd’hui.

48 heures après la répression dans le sang de la manifestation contre les autorités intérimaires, qui a fait 4 morts et une trentaine de blessés, Gao continue d’être sous le feu des projecteurs. La tension est, en effet, montée crescendo.

Les manifestants, après avoir obtenu la libération de 28 de leurs camarades arrêtés, réclament la démission du ministre de la Sécurité intérieure, du gouverneur de Gao, des directeurs de la police et de la garde nationale de la ville qu’ils accusent d’être les instigateurs de la tuerie. Hier à midi, les manifestants et les forces de l’ordre se regardaient en chiens de faïence. Selon nos sources, en marge de la manifestation, un jeune réparateur de moto, après avoir essuyé des tirs de gendarmes, a été grièvement blessé et admis aux urgences de l’hôpital de Gao. Malgré leur rencontre avec la délégation gouvernementale (les ministres de la Justice, de l’Administration territoriale, de la Sécurité) dépêchée sur les lieux pour calmer les esprits, les jeunes de la cité des Askia ne veulent rien lâcher.

Dans une déclaration faite hier, 19 ONG des droits humains (FIDH, AMDH, WILDAF…) ont condamné la répression violente et demandent une enquête sur les quatre manifestants tués par les forces maliennes. «Aucun prétexte y compris l’Etat d’urgence ne saurait justifier l’utilisation excessive des forces contre les populations civiles qui n’ont fait qu’exprimer pacifiquement leur droit de manifester reconnu par la constitution malienne et les instruments internationaux. Cette répression violente constitue une violation grave des droits humains et est de nature à fragiliser la confiance entre populations civiles et les forces armées maliennes », selon Me Moctar Mariko, le président de l’AMDH, précise la déclaration.

L’ONG Humanitaire « Cri de cœur » qui lutte contre l’impunité au Mali a décidé de porter plainte pour que justice soit rendue. «L’ONG humanitaire Cri de cœur va porter plainte et dans un bref délai, nous allons diligenter une mission à Gao pour rencontrer les familles des victimes et apporter notre assistance», a soutenu Almahadi Cissé, le président de «cri de cœur».

La Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), signataire de l’accord pour la paix et la réconciliation issu des pourparlers d’Alger, dans un communiqué, a « condamné cette violence que rien ne peut justifier ». La CMA ajoute:« C'est cependant avec consternation que la CMA apprend que les manifestants portent un grief contre le principe des autorités intérimaires. Celui ci devrait pourtant permettre aux populations locales, conformément aux dispositions de l'accord d'Alger, de s’autogérer et de prendre pleinement leur destin en main». La Plateforme, un groupe armé aussi signataire de l’accord, quand à elle, a « condamné fermement cette marche qui selon elle, n’a pas été autorisée par les autorités compétentes pour cause d’état d’urgence »
Bamako et Tombouctou entrent dans la danse

Pour soutenir les contestataires de Gao dans leur lutte, des manifestations sont prévues, aujourd’hui, dans les villes de Bamako et de Tombouctou. Hier, mercredi 13 juillet 2016, la jeunesse de Bamako et de Tombouctou préparaient activement des marches devant se tenir aujourd’hui pour soutenir les manifestants de Gao. A cet effet, dans ces deux villes du Mali, des réunions préparatoires ont eu lieu. «Nous n’avons pas reçu d’autorisation de marcher. Nous allons néanmoins le faire en soutien aux jeunes de Gao. Rien ne pourra nous empêcher de le faire », déclare un habitant de Tombouctou joint au téléphone après une réunion des jeunes dans l’enceinte de la mairie de la ville.

A Bamako, aussi, à l’appel des associations de la jeunesse, les jeunes se sont rassemblés à la Maison des jeunes pour les préparatifs d’une marche pacifique. Ils ont appelé les Maliens à une marche aujourd’hui, à 9 heures, sur le boulevard de l’indépendance.

Madiassa Kaba Diakité

aBamako

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