Gouvernement: IBK garde la main

Le Président de la République vient de renouveler officiellement sa confiance au Premier ministre Modibo Kéita dont le brillant plaidoyer à la tribune des Nations Unies sur le renforcement de la MINUSMA a produit les effets escomptés. Le nouveau gouvernement reflète le changement dans la continuité, l’exécutif affichant une base de plus en plus stable sur fond de correction des erreurs constatées. Alors, quel intérêt peut présenter le dernier remaniement ministériel ? Deux faits retiennent l’attention : le profil de certains ministres d’une part, la réaction du MNLA et les commentaires du chef de file de l’opposition d’autre part.

Une bonne pêche politique
Avec certains des nouveaux ministres, IBK fait incontestablement une bonne pêche politique. L’entrée de Tiémoko Sangaré au gouvernement lui permet de s’aménager une base politique plus large et plus forte, car l’ADEMA reste un parti organisé et bien implanté. Il en a besoin pour aborder le futur congrès de son parti, le RPM avec plus de marge et moins de pression. Le RPM est sorti des entrailles chaudes de l’ADEMA dont IBK a été un temps le président, avant d’être contraint à la démission par des acteurs encore présents sur la scène politique et qui n’ont pas totalement renoncé à lui compliquer la vie. Maître Mamadou Ismäel Konaté hérite du ministère de la justice qui n’est pas un véritable cadeau compte tenu de tous les clichés et stéréotypes attachés à ce département présenté comme un État dans l’État. Le brillant avocat, nommé il y a peu, président du Comité d’experts chargé de la Révision de la Constitution, réussira-t-il à nettoyer les écuries d’Augias ou sera-t-il amené à faire comme les autres avant de jeter l’éponge ? « Tout près n’est pas loin », dit-on sur les bords de la lagune Ébrié. Quant à Nina Walet Intallou et Amadou Koïta, ce sont deux fortes têtes. La première est la présidente des femmes du MNLA et vice-présidente de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation. Pour qui connaît le rôle et la place de la femme en général du côté de Kidal, c’est plutôt une grosse prise. Le second a un parcours politique assez marqué malgré son jeune âge. Membre de l’opposition politique depuis le coup d’État du 22 mars 2012, il s’est finalement converti à la Real-politik en décidant de quitter le terrain des invectives et des insultes. La saine appréciation des réalités commande qu’on sèche son linge là où il y a du soleil, c’est-à-dire de réelles opportunités !

Les prérogatives du Président
En réaction à la nomination de Nina Walet Intallou au gouvernement, le MNLA se plaint de n’avoir pas été consulté. La nouvelle ministre ouvre une première brèche en répondant qu’elle est au service de l’intérêt général après la signature de l’accord. Ce qui est constant, c’est que le Président de la République choisit les ministres de façon discrétionnaire en fonction des réalités du moment. La légalité et la légitimité sont de son côté pour le faire. Le MNLA ne peut pas continuer à entretenir un esprit de rébellion en faisant obstruction à l’arrivée de l’Etat à Kidal et dans le même temps, prétendre à une place au sein du gouvernement pour parader à Koulouba avec les moyens de la république. Non, ce serait inacceptable ! Si IBK est un homme suffisamment averti pour ne pas commettre une telle erreur, ce ne semble pas être le cas pour le chef de file de l’opposition dont on a du mal à comprendre la position. En effet, les institutions de la république n’ont jamais été bloquées, même au plus fort de la crise. Alors, pourquoi IBK qui a été élu avec l’onction populaire qu’on sait, irait-il négocier l’entrée d’un groupe quelconque dans son gouvernement ? L’a-t-il déjà fait avec un parti politique ? Pourquoi le ferait-il avec un groupe de surcroît armé ? C’est à croire que certains veulent transposer leur propre frilosité au sommet de l’État. Non seulement IBK a pris la bonne décision, mais sa conduite vis-à-vis de la gestion de la crise du nord en général est parfaitement responsable. Pour le moment, le Premier ministre Modibo Kéita offre très peu d’angles d’attaque à l’opposition qui ressasse la même rengaine. Les personnes appelées au gouvernement le sont « intuitu personae ». Aucun groupe en particulier ne devrait donc s’en glorifier ou s’en offusquer.
Les organisations et regroupements désirant être représentés au sein des institutions de la république doivent connaître celles qui leur offrent cette opportunité. Le régime politique malien est de type présidentiel. En conséquence, la formation du gouvernement fait partie des prérogatives, c’est-à-dire du domaine réservé du Président de la République.

Mahamadou CAMARA

aBamako

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