Trafic de Tabac dans la bande sahélo-saharienne : L’autre source de financement du terrorisme

Le nerf du terrorisme, c’est l’argent et les terroristes savent où le chercher. Dans une zone sahélo-saharienne dont ils ont la maîtrise parfaite, ils s’adonnent à toutes sortes de trafic pour financer leurs opérations. Moins connu, le trafic du tabac est pourtant une source importante d’entrée d’argent ‘’des fous de Dieu’’. Un haut responsable de l’ancienne opération Serval au Mali a donné des éléments qui permettent de cerner l’ampleur du problème. C’était au cours d’un séminaire organisé par Le Groupe AllAfrica Global Média, à Grand Bassam en Côte d’Ivoire, du 8 au 10 juillet 2016

Mokhtar Belmokhtar alias Belaouer(le borgne) le tristement célèbre terroriste est aussi surnommé « Mister Malboro ». Pourquoi le nom d’un chef terroriste est associé à une marque de cigarette ?

Le trafic du tabac dans le septentrion malien est un phénomène qui est méconnu et banalisé, regrette ce haut responsable de l’opération serval à l’époque. Il est intervenu via Skype au séminaire de Grand Bassam sur le thème, « Comprendre l’environnement règlementaire du tabac en Afrique : Enjeux, Perspectives et quels
Rôles pour les médias ? ».

Quand les trafiquants se font arrêter, leurs marchandises sont juste confisquées et il n’y a pas de poursuites pénales. C’est pourtant un trafic qui génère beaucoup de ressources et qui alimente le terrorisme transfrontalier.« Le mali est le pays qui souffre le plus du commerce illicite du tabac dans la sous-région », note un autre expert bien introduit dans l’industrie du tabac.

Profitant donc de la porosité des frontières, les terroristes font passer plus de 7 millions de paquets de cigarette qui débarquent des ports de la sous-région, vers les zones où ils règnent en maitres absolus. La cigarette trafiquée qui échappe à tout contrôle et n’est soumise à aucune taxe, génère plus de 7 à 10 fois son gain initial. C’est un bénéfice de plus de 800 millions FCFA par an qu’engrangent les trafiquants, précise le haut gradé le l’opération Serval.

Les méthodes du crime organisé sont ainsi usitées par les terroristes. Trafic d’armes, de drogues, d’humains, de cigarettes. Et c’est ce qui permet à « Mister Malboro » et ses acolytes d’acquérir des Kalachnikovs, des missiles anti-char… et continuer à semer la terreur dans la sous-région ouest-africaine.

Assécher les ressources des terroristes

« L’option militaire n’est pas la seule réponse à la lutte contre le terrorisme », enseigne l’officier supérieur. Il faut surtout travailler à couper les tentacules de l’hydre terroriste en asséchant ses ressources. L’aspect militaire est juste le moyen de créer les conditions à la résolution politique du problème.

La lutte de l’idéologie islamiste et le développement des zones défavorisées, complèteront les solutions.

« Aucun pays n’est à l’abri du terrorisme », a rappelé le conférencier. Le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Nigéria, dans la sous-région ont tous été frappés. Le chef militaire a ainsi appelé à davantage de collaboration entre les pays de la sous-région, en matière de renseignements, et aussi de contrôle approfondi dans les différents ports pour éviter les trafics. Les containers qui débarquent doivent être passés au peigne fin.

« Fermer les yeux sur certains trafics, c’est favoriser la montée en puissance des terroristes », a tranché l’expert.

Poser le débat sur le tabac

En organisant le séminaire de 48h pour parler du tabac avec environ 50 journalistes de 15 pays d’Afrique, le groupe AllAfrica Global Média a voulu susciter le débat sur un sujet de société, économique et de santé publique. Le journalisme étant un métier qui transcende toutes les questions de la société, les hommes de média doivent donc s’intéresser à cette problématique. Ce d’autant plus que si rien n’est fait, « le monde enregistrera 1,5 milliard de morts au 21e siècle » liés au tabac, a regretté Amadou Mathar Ba, président du groupe AllAfrica Global Média.

Le débat n’est pas de se positionner pour ou contre le tabac, ont dit les organisateurs ; mais plutôt de traiter la question à fond, sans passion.

Alors que l’industrie du tabac pose un véritable problème de santé publique, elle contribue paradoxalement pour beaucoup dans l’économie des pays, avec plus de 150,3 milliard de FCFA au fisc en Afrique, et des milliers d’emplois, a reconnu un expert pour qui l’une des alternatives pourrait être la réduction de la nocivité du tabac.

La rencontre a pris fin par la création d’un réseau africain d’échanges et d’informations entres journalistes sur les grands enjeux liés à l’industrie du tabac.

aBamako

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