Le chef d’Etat-major de la force MINUSMA : J’ai bon espoir pour la paix au Mali

Dans une interview qu’il nous accordée, le général Hervé Gomart, en fin de mission dans notre pays, indique que la situation sécuritaire est toujours préoccupante mais l’espoir est permis

L’Essor : Après une année passée dans notre pays, comme chef d’Etat-major de la force MINUSMA, quelle appréciation faites vous de la situation sur le terrain ?

Hervé Gomart : Il faut considérer que les préoccupations sont toujours d’actualité puisque l’insécurité est toujours présente, il y a toujours des attentats, des soldats maliens et de la MINUSMA sont tués. Les populations sont encore hantées par l’insécurité. Mais aussi, il y a de l’espoir parce que la mise en œuvre de l’accord avance, pas suffisamment vite mais elle avance quand même. Les sites de cantonnements sont en cours de construction, les premières listes de combattants pour le premier bataillon mixte de Gao sont établies. J’ai bon espoir, qu’au cours du mois d’août, si les parties signataires respectent leurs accords, les premières patrouilles mixtes soient effectives. Cela est signe d’espoir. Ce sera le début de la confiance retrouvée entre les différentes parties. J’espère que nous pourrons avoir ces premières patrouilles mixtes opérationnelles, avec le mécanisme de coordination qui sera opérationnelle. Nous aurons bientôt toutes les listes des combattants, donc nous pourrons commencer le processus DDR (Démobilisation, désarmement et réintégration).

L’Essor : Il est évident qu’entre les parties signataires de l’accord, les hostilités ont cessé, ce qui est la vraie menace aujourd’hui ce sont les attaques à répétition des groupes terroristes. Est-ce que vous pensez qu’avec la nouvelle mouture du mandat de la MINUSMA, la paix sera pour demain ?

H. G : On espère tous avoir la paix le plus vite possible, mais comme vous le dites, c’est vrai que depuis un an, les groupes armés signataires qui, auparavant s’opposaient, ne s’opposent plus aujourd’hui et la seule menace actuelle au Mali, ce sont les groupes terroristes. Et là, il faut que la communauté internationale aide Barkhane, que la MINUSMA coopère avec Barkhane et les Forces armées maliennes pour lutter contre ces terroristes. Dans le cadre du nouveau mandat que vous avez cité, la MINUSMA va être renforcée en soldats, en capacités, forces spéciales, renseignements. Mais tout ca, va prendre quelques mois, avant que les pays contributeurs fournissent ces moyens. N’empêche, il faut aller très vite, il faut accélérer le processus de paix. Il faut que tout le monde coopère pour lutter contre ces groupes terroristes qui sont comme vous l’avez dit, des forces du mal. Si demain, la MINUSMA a des objectifs bien ciblés, elle agira contre ces groupes terroristes.

L’Essor : Pensez-vous que c’est une question de procédure que vous partez, au lendemain de ce renforcement des capacités de la MINUSMA alors que vous avez commencé le travail ?

H. G : Il y aura de la continuité dans le processus. Aujourd’hui, quand ma mission est à terme, c’est un autre général de l’armée française Daniel Menaouine qui me remplacera. Je peux vous garantir qu’à la MINUSMA, tout le monde dans la force est déterminé, en coopération avec les Forces armées maliennes et celles de Barkhane, à soutenir ce processus de paix et à empêcher les terroristes d’agir.

L’Essor : Quel est l’état d’esprit des soldats de la paix sur le terrain après tout ce qu’ils ont subi comme attaque ?
H. G : Le moral est bon. C’est vrai que les casques bleus ont été touchés dans leur chair, en ayant ces derniers mois de nombreux morts et blessés. Mais, en mémoire de ces morts et en soutient aux blessés, il est très important que notre moral soit bon. Une chose est sûre, l’ensemble des unités de la force reste déterminé à rester au Mali pour réussir à mettre en œuvre la paix et pour empêcher les forces du mal d’agir.

L’Essor : L’augmentation du nombre de soldats est un fait mais est-ce qu’en termes de logistique tout est effectif ?

H. G : Les renforts vont arriver, comme je l’ai dit tantôt. Cela prendra des mois, parce qu’il faut que les pays soient volontaires pour contribuer à porter une capacité supplémentaire en termes de renseignement, de logistique, de forces spéciales, en hélicoptères et après, il faut préparer les gens à être déployés dans le pays. Cela prend du temps. Mais, bien évidemment, la Minusma et la force en particulier n’attendront pas que ces unités arrivent. Elle est déterminée, dès aujourd’hui, dans le cadre de ce nouveau mandat, à agir en coordination avec les forces partenaires et elle le fera dès les prochaines semaines.

L’Essor : Est ce que vous pensez qu’avec ce nouveau mandat, la MINUSMA peut prendre des initiatives c’est-à-dire aller jusque dans le désert de Tigar-gar pour traquer les terroristes ?

H. G : Nous n’avons pas le même mandat que la force Barkhane, c’est-à-dire que nous, dans notre mandat, on continue à protéger les populations, le personnel des Nations unies. Mais, à partir du moment où on aura des renseignements sur des groupes armés terroristes, dans le cadre de notre nouveau mandant, nous pouvons agir contre ces groupes terroristes. Nous pouvons mener des opérations directes contre des forces qui sont considérées comme une menace dangereuse pour les populations et pour le personnel des Nations unies.

L’Essor : Justement, par rapport au renseignement, c’est un accompagnement qui a fait défaut pendant tout ce temps. Quels sont les mécanismes à mettre en place pour faire adhérer les populations à cet objectif ?

H. G : La MINUSMA est au Mali pour permettre à la population malienne de retrouver la paix. Pour ce faire, elle a des moyens techniques pour faire du renseignement mais la réalité de l’immensité du terrain a prouvé que cela n’est pas suffisant. Il est donc important que la population coopère en donnant des informations aux Forces armées maliennes et celles des Nations unies pour pouvoir lutter contre ces terroristes. C’est ensemble que nous pouvons lutter contre les forces du mal et nous avons besoin de l’aide de la population car c’est elle qui connaît le plus de chose en la matière. Pour ce faire, elle doit avoir confiance en la MINUSMA.

L’Essor : Avez-vous le sentiment d’avoir rempli pleinement votre mission ?

H. G : Je me suis donné beaucoup de mal pour faire en sorte que le processus de paix avance mais je suis sûre qu’on pouvait faire mieux. Je n’ai pas l’impression d’avoir failli dans ma mission malgré les difficultés.

L’Essor : Qu’est ce qui est fait concrètement pour que l’armée malienne retourne à Kidal ?

H. G : La MINUSMA doit, conformément à son mandat, aider l’armée malienne à se redéployer au nord et sur l’ensemble du territoire. J’ai déjà eu une réunion avec le chef d’état- major de l’Armée de terre pour lancer un groupe de travail afin d’entrer dans ce processus de redéploiement. Je suis certain que mon successeur, qui est aussi français comme moi, le général Daniel Menaouine saura continuer le travail avec succès. Quant à moi, je servirai à d’autres fonctions au sein de l’armée française et espère revenir, un jour, en tourisme au Mali, à la faveur de l’aboutissement du processus de paix.
En conclusion, je dis aux Maliens de croire en la paix et, la paix, elle se construit dans la durée. L’essentiel est de rester unis et de ne pas se déchirer dans des guerres intestines.

Interview réalisée par
L. ALMOULOUD

aBamako

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