Modibo Sidibé lors de la conférence de presse de l’opposition : «L’accord comprend un ensemble d’éléments qui mettent en cause la Constitution et les valeurs de la République»

L’opposition démocratique et républicaine malienne était devant la presse le samedi 16 juillet 2016 à la Maison de la presse. La marche des jeunes de Gao, la révision constitutionnelle, les Autorités intérimaires, l’organisation d’un débat national autour de l’accord pour la paix et la réconciliation, sont entre autres sujets abordés par les leaders de l’opposition, Soumaïla Cissé, Modibo Sidibé, Tiébilé Dramane et Sadou Harouna Diallo. Lors de cette rencontre, le président des Fare, et non moins ex-Premier ministre du Mali, a fait une importante déclaration. Nous vous proposons sa teneur en intégralité.

«Mesdames et Messieurs, bonjour. Je réitère les remerciements du président Soumaïla Cissé et bien entendu, je ne reviendrais pas sur ce qui est compris dans la déclaration de l’opposition vis-à-vis de la jeunesse, de l’action de la jeunesse, du soutien qui a été apporté, la légitimité et la justesse. Je voudrais seulement répondre à une préoccupation qui a été exprimée ici, sur la question de l’accord, et aussi, s’il y a des solutions, il y a des propositions, on entend souvent ça. Quelles solutions ? Alors, je vais vous dire en trois points ce que nous avons cru comprendre, nous, et ce que nous avons cru comprendre dans l’opposition.

Le premier point, c’est notre appréciation de l’accord. Nous avons dit, en son temps, qu’il n’était pas ce qu’il fallait, parce qu’il n’apportait aucun projet politique d’avenir pour le Mali dans son entier, le peuple malien, pour son avenir. Je crois que ça, on peut le constater. L’accord pour la paix, tel qu’il a été conçu, ne peut pas être un horizon politique. S’il doit être un horizon politique, on doit aller vers une refondation.

Deuxièmement, pour aller vite, on a dit que l’accord ne traitait pas non plus des questions fondamentales, ou partiellement. C’est la question du terrorisme, c’est la question du narcotrafic, c’est la question des données culturelles inter et intracommunautaires. Mais, c’est aussi la question du Centre qui répond aux mêmes caractères agro-écologiques que les zones dites de développement du Nord, en terme de préoccupation. Et que par conséquent, l’accord comprenait un ensemble d’éléments qui mettaient en cause la Constitution, qui mettaient en cause la République, les principes et les valeurs de la République. Toute notre vie, en tout cas, ceux qui connaissent depuis l’indépendance à nos jours, parce que, avant, il y a eu le brassage. Mais, de l’indépendance à nos jours, le travail a été fait, pour qu’on se sente d’abord citoyen malien, avant d’être autre chose. On est citoyen malien et après, on est de culture peulh, de culture arabe, de culture tamasheq. Et cette citoyenneté républicaine, c’est notre sauvegarde à tous ; c’est le lien de toutes les communautés, que ça soit au Nord, au Centre, au Sud, le lien de toutes les communautés.

Troisièmement, si on veut aller véritablement vers la paix, une paix durable, il faut venir à la base, parce qu’on avait dit avant l’accord d’Alger, beaucoup de parties l’ont dit, on a été clair, que l’approche doit être globale. On ne peut pas partir du Nord pour reconstruire le Mali, mais la reconstruction du Mali va englober forcément le Nord. Et le problème de l’Etat et les différents problèmes, le besoin d’Etat, tel que ça s’exprime sur l’ensemble du territoire, tout cela nécessite qu’on ait une refondation. Pour que, partout, on se reconnaisse dans l’Etat. Mais aujourd’hui, si on veut véritablement trouver une solution, il faut :

Premièrement, si on reste dans l’accord, que tous les aspects sécuritaires soient mis en œuvre. Sadou Diallo l’a rappelé, quand on a rencontré les Nations-Unies, on l’a dit à plusieurs reprises, certains également du gouvernement l’ont repris et d’autres concernant la sécurité. Je ne vais pas développer ici tout ce qu’on a exigé. Même si, pour nous, le mandat de la Minusma a fait un progrès, mais reste en deçà de ce que nous pourrons attendre, parce que malgré tout, la Minusma demeure une mission de maintien de la paix. Et que la grande responsabilité repose sur nous en tant que pays.

Donc, tout ce qu’il faut faire, c’est garantir la sécurité sur l’ensemble du territoire, redonner espoir. Ça, il faut le faire, c’est le premier grand pan. La seule initiative robuste qui nous semble important de prendre aujourd’hui, c’est véritablement de s’engager, de s’engager dans un dialogue national refondateur du Mali. Voilà le problème. Tant qu’il n’y aura pas ce souffle, cette légitimation, cette perspective malienne de notre propre devenir, nous crayons fort que nous n’arrivions pas à la paix durable et juste que nous voulons. Que chaque citoyen se sente protégé par l’Etat du Mali, se sente servi par l’Etat du Mali, se sente respecté par l’Etat du Mali, se reconnaisse dans l’Etat du Mali… C’est cet Etat qu’il nous faut. Il faut l’inventer ensemble, le rebâtir. Ça, c’est extrêmement important. Quand on dit il faut faire le terrain, oui le terrain, le contact sécuritaire sur le terrain permet d’amener une première forme de stabilisation.

Deuxièmement, le relèvement des services sociaux, la présence des services sociaux et ensuite, on pourrait parler de politique pour donner un souffle à ces politiques-là. Je le dis, la seule initiative robuste, c’est d’aller vers ça. En le disant, je conclus par un grand penseur, c’est même un prix Nobel de la paix d’ailleurs, que ‘’pour lui, la démocratie, ce n’est pas seulement le vote, c’est aussi le débat public autour d’un projet commun’’. Alors, nous disons que la seule initiative, que la seule solution possible, c’est d’aller vers ce débat public, faire ce débat commun pour que les Maliennes et les Maliens soient véritablement acteurs de leur devenir, acteurs de l’apaisement, acteurs du Mali qu’ils veulent construire en tant que tel.

Evidemment, cette solution ne plaît pas à certains. On dit qu’il n’y a pas de solution, parce que ça ne plaît pas à certains et qui ne veulent pas s’engager dans ça. Mais c’est une démarche que nous soutenons fortement, qui répond à la question du dialogue national refondateur, que nous demandons. Nous disons net, comme on l’a répété, si nous n’allons pas dans ça, si nous restons dans ce que nous sommes en train de faire, les Autorités intérimaires, c’est dans l’accord de paix qu’on a dénoncé.

Elles vont déboucher sur quoi ? Il y a déjà des contradictions entre les textes qui sont pris par le gouvernement et les démarches. Quand nous disons aussi, je finirai par ça, qu’il y a aucun projet politique, il n’y a aucun souffle politique. Une réforme, c’est porté par le gouvernement ; les réformes, c’est porté par les politiques, ce n’est pas les experts. Aujourd’hui, qu’est-ce qui s’est passé ? On n’a pas suffisamment expliqué, on était dans la propagande autour de l’accord pendant l’explication de l’accord. Quand on fait ça, il y a des gens qui pensent que c’est d’autres qui sont en train de faire leur fonds de commerce de l’accord. Non. Ceux qui sont en train de faire leur fonds de commerce de l’accord sont connus ; c’est ceux qui font la propagande et non pas expliquer.

J’ajouterai pour finir que les Autorités intérimaires sont venues en catimini, entre guillemet, on est en train de mener la révision de la Constitution en catimini. Ça veut dire quoi ? De mettre en place un Comité d’experts et de dire que la première mission du Comité d’experts, c’est de prendre en compte les dispositions de l’accord pour la paix, qui ont valeur constitutionnelles. C’est dans le décret, je ne l’invente pas. Là aussi, on n’entend personne. Ce qu’on appelle les hautes autorités, comme on a l’habitude de le dire, on n’entend personne. Une réforme politique, elle est portée par les politiques.

On attend qu’on le dise… L’opposition attend qu’on le dise exactement : quelle réforme politique on veut porter ? De quoi on veut que les Maliens discutent ? Mais on rase le mur tant que le projet ne sera pas porté. Même si on reste dans l’accord, s’il n’y a pas de souffle politique dans l’accord, je doute fort qu’on arrive aux résultats qui sont recherchés. Voilà ce que je souhaitais dire à ceux qui demandent à chaque fois : quelle proposition ? Il y en a eu avant l’accord, il y en a eu pendant les discussions de l’accord, il y en a eu après l’accord également. Et qu’on se le dise tous : personne n’a le monopole de la paix. Nous sommes tous pour la paix. Aucun Malien n’est contre la paix. Mais, quelle paix ? Une paix juste, une paix durable, une paix qui fait le Mali d’aujourd’hui, le Mali de demain et le Mali d’après demain. Voilà ce que nous voulons. Je vous remercie».

La Rédaction

aBamako

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