Revisitons la démocratie : concevons enfin une gouvernance politique à notre image !

L’exercice du pouvoir politique, à travers les âges, n’a pas toujours été de tout repos pour ceux qui ont cru devoir «guider, diriger» leurs compatriotes vers une destinée meilleure. Partout dans le monde, de grands dignitaires craints, adulés et même déifiés ont fini par être décriés, vilipendés ou portés aux gémonies de leur vivant ou après leur disparition. De l’Antiquité aux temps modernes, toutes les civilisations ont produit des systèmes de gouvernement originaux. On peut noter que des siècles de gouvernement monarchique, autocratique, gérontocratique, etc. évoluèrent, en Europe, pour finalement donner naissance à la démocratie. Ce système, malgré sa modernité, depuis son avènement, n’a fait que subir des transformations, des adaptations et des réadaptations selon les besoins de chaque peuple d’Europe. Ceci est un long débat franchement compliqué et qui nous interpelle moins !

De nos jours, il est question de faire des constats sur la «démocratie» en se fondant sur l’histoire récente de ce système sur le continent noir et plus particulièrement au Mali. Pour rappel, aux indépendances africaines, les élites de tous les pays se sont vantées «d’engager les nouveaux Etats sur la voie de la démocratie». Qu’elle soit d’inspiration trotskiste, marxiste, léniniste, maoïste ou d’obédience capitaliste, la «démocratie» a ainsi connu des applications variées et diverses. Pour l’exemple, Ahmed Sékou Touré de Guinée disait «appliquer la démocratie» dans son pays tout comme le proclamaient Félix Houphouët  Boigny de Côte d’Ivoire et Léopold Sédar Senghor du Sénégal. Modibo Kéita du Mali, Ahmed Ben Bella d’Algérie, le roi Hassan II du Maroc et bien d’autres encore se disaient démocrates tout comme Jean Bedel Bokassa, Mathias Nguema, Omar Bongo, etc. Tous, autant qu’ils sont, juraient sur tous les dieux qu’ils mettaient en place des régimes démocratiques dans leurs pays. Les historiens et les politologues en perdent leur latin et n’ont pas encore fini d’établir leur verdict dans certains cas…

Dans mon pays, le Mali, si l’on s’en tient aux discours politiques, aux verbiages idéologiques, nous devons établir que de l’indépendance à nos jours, nos trois Républiques successives ont été démocratiques. Après l’US-RDA, nous eûmes l’UDPM puis l’ADEMA-PASJ dont les dénominations portent fièrement l’adjectif «démocratique». Il y eut ensuite le Mouvement Citoyen qui se prévalait de conduire une «démocratie consensuelle». Une trouvaille ? Et aujourd’hui, le Mali vit sous le régime du RPM qui ne fait aucun secret de son engagement pour la «démocratie». Cependant, le constat d’amertume que l’intelligence malienne est amenée à faire est que les populations du Mali, de 1960 à nos jours, ont souffert et continuent de souffrir autant de ses dirigeants politiques que du système politique dit «démocratique» imposé par les différentes Républiques. «De l’exercice du pouvoir par le peuple et pour le peuple et au nom du peuple» – démocratie- le Mali se retrouve avec une élite de politiciens aguerris dans la manipulation de l’opinion publique et dans l’instrumentalisation des groupes sociaux traditionnels non partisans. Le peuple souverain est toujours floué à chaque élection.  Voyons ! Passent les régimes de Modibo Kéita et de Moussa Traoré pour voir plus près de nous !

En 1991, après la «révolution pour la démocratie», on a cru que la réalité du pouvoir reviendrait au peuple. Ce ne fut pas le cas et le parti en place, l’ADEMA, se délita au nom de la démocratie. Puis vint le champion du «consensus démocratique» qui fut balayé par un coup d’Etat. Et le peuple qui avait décrié et rejeté en bloc les partis politiques a fini par accorder son suffrage à un homme plutôt qu’à son parti, dit-on ! On peut se demander si le peuple malien pensait réellement qu’un homme, si grand soit-il, puisse être capable d’incarner toutes les valeurs démocratiques. Qu’en est-il, franchement, après tant de mois de gouvernance ?

Au regard de ce que l’on vient de voir, on est en droit de formuler des questionnements sur la pratique de la démocratie dans notre pays et sur l’efficience de ce système de gouvernement que l’on fait vivre au peuple du Mali. Pourquoi ce mal être quasi permanent du Malien lamda à l’égard de la politique (démocratie) et des hommes politiques ?  Pourquoi les partis politiques sont autant décriés et laissés pour compte dans notre pays ?  Nos hommes politiques sont-ils viscéralement mauvais ou sont-ils des serviteurs serviles d’un système politique mauvais, celui de cette démocratie d’importation, en l’occurrence ?  Cette «démocratie d’importation» a-t-elle vraiment été bien comprise par nos élites politiques dans un pays qui ne manque pourtant pas de «grands intellectuels» ? Cette «démocratie d’importation» et imposée est-elle consubstantiellement inadaptable à nos réalités politiques, économiques et socioculturelles ? Autant de questions ! En fait, je crois que nous sommes dans un grand marché de dupes où d’aucuns prennent plaisir à gruger les autres tout en leur faisant prendre des vessies pour des lanternes. Quand on parle de démocratisation à la base, il faut entendre, ici, «centralisation du pouvoir d’Etat» dans les mains de quelques-uns et sans une réelle habilitation populaire. Le pouvoir d’argent étant devenu l’unique et le vrai critère du «jeu démocratique».

Pour ma part, au bout de réflexions vagabondes, au risque de me noyer dans un verre d’eau, je trouve qu’il est possible de reformuler tout «le système de gouvernance démocratique» dans notre pays. Je pense qu’il nous est possible de «tenter une appropriation, une refondation et une réadaptation» de la «démocratie d’importation» au nom de laquelle le peuple malien est proprement soumis à des régimes qui ne cessent de l’enfoncer dans le sous-développement non seulement économique, mais surtout mental, intellectuel, spirituel et culturel. Je souhaite simplement rouvrir ce débat d’intellectuels désemparés par la gouvernance politique de mon pays. Utopiste ? Je le suis certainement tant qu’il sera question de rechercher une solution à «l’endémique mauvaise gouvernance» de mon pays.  Autrement, qui mènera ces réflexions à notre place ? Pourquoi devrions-nous adopter, sans discernement socioculturel, les préceptes, les idéologies, les croyances, les idées et autres trouvailles systémiques des autres que nous peinons à appliquer proprement dans notre pays ? Quelle «cataracte intellectuelle» nous empêche de voir ou même de percevoir qu’aucun système politique ne constitue une panacée et encore moins «un dogme de la gouvernance politique» ? Pourquoi nous ne parvenons pas à nous indigner tant et si bien que nous arrivions simplement à nous interroger sincèrement sur notre capacité à «appliquer correctement la démocratie d’importation» à laquelle les politiques s’emploient à nous initier tous pour finalement en tirer les meilleurs bénéfices de clan, de famille, de groupuscules au grand dam de la majorité silencieuse et exclue de toute jouissance ?  Après vingt ans de «pratique démocratique», le bilan est franchement mitigé sinon simplement négatif en long et en large. Un constat amer qui est la source de mon «INDIGNATION». (A suivre…)

Dr. Fodé Moussa SIDIBE


Maliweb

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