Un ministère pour la formation citoyenne : l’opportunité reste à prouver

L’incivisme a atteint des proportions inquiétantes dans notre pays. D’abord attribué aux analphabètes, il est devenu un phénomène de mode. Depuis l’avènement de la démocratie, le Malien s’est affranchi du respect et de l’observation des règles élémentaires du savoir-vivre. Aujourd’hui, le quotidien ressemble à une vie de jungle où chacun y va de ses moyens pour assurer sa survie.
Depuis belle lurette, le Malien ne peut compter que sur lui-même pour se soustraire des injustices.La corruption et le goût prononcé pour le gain facile de l’administration étant de notoriété publique, chacun use de cette opportunité.

L’anarchie est en mode majeur.
Les voies publiques sont prises d’assaut par les commerçants, le code de la route est ignoré par les usagers, les décharges d’ordures anarchiques sont devenues des éléments décoratifs de notre environnement sans qu’aucune autorité ne sévit durablement. Ces comportements négatifs que nous déplorons révélèrent plus des conséquences d’un laisser-aller généralisé, que d’une ignorance quelconque.

Au Mali, la population a délibérément choisi l’incivisme comme mode de vie pourrait-on dire sans risque de se tromper. Pour sonner la fin de la récréation, le gouvernement n’a trouvé mieux que la création d’un ministère de la formation citoyenne comme pour mettre en lumière l’échec du système éducatif !Certes, notre système éducatif n’est pas exempt de reproches, cependant on ne peut pas le rendre responsable du mépris affichée par la population à l’égard des lois régissant la vie de la nation. Le diagnostic des actes d’incivisme renvoie à la faiblesse de l’autorité de l’Etat pour qui veut voir et juger sans complaisance.
La circulation routière est réglementée par le code de la route que tout détenteur de permis de conduire est sensé savoir. A l’instar de la circulation routière, chaque domaine d’activité est régi par des lois vulgarisées à travers spots publicitaires et campagnes de sensibilisations. Que le laisser-aller ambiant dans le pays soit un échec de l’éducation ou attribué à l’incapacité des services de sécurité à remplir leur devoir, il n’en demeure pas moins la preuve de la faillite d’un Etat qui a pris goût dans le saupoudrage des problèmes.
Les actes d’incivisme que l’on constate dans le pays sont les conséquences de l’impunité que chacun déplore sans qu’aucune mesure ne soit envisagée par les autorités. Au moment où l’incivisme ne cesse de gagner du terrain dans le pays, les autorités doivent prendre toute leur responsabilité au lieu de contourner le problème par la création d’un ministère dont l’opportunité reste à prouver. Le rétablissement de la justice sociale serait un bon départ.
Les actes contraires aux lois doivent être châtiés conformément aux dispositions législatives en vigueur sans partie- prise ni exclusive aucune. L’esprit sélectif dans l’application de lois et le trafic d’influence sont devenus des règles d’or dans le pays. Ce qui fait dire à l’opinion, que quand on a de l’argent ou un proche haut placé, on peut tout se permettre. La création d’un ministère pour la formation citoyenne permettra-t-elle d’inverser la tendance ?
La réponse à cette question sera forcément négative, car la république est confrontée aux effets de la résistance de la population à toute notion de loi et de règle. Ceci étant, la réaffirmation de l’autorité de l’Etat aurait été le meilleur choix en lieu et place d’un nouveau ministère qui ne servira qu’ à ’imposer une nouvelle contrainte budgétaire au moment où c’est le fonds qui manque le plus dans notre pays. Nul n’est et sera au-dessus de la loi ! Il est grand temps de traduire dans les faits cette déclaration du président de la république.

B.S

aBamako

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