Entre luttes internes et menace terroriste, le Mali reste contraint à l’état d’urgence

Luttes internes, velléités d’indépendance, menace terroriste… Le Mali, où l’état d’urgence a été rétabli le 21 juillet, peine à retrouver sa stabilité et doit faire face à un net regain de violences depuis quelques jours.

En vigueur depuis avril, il avait expiré le 15 juillet, sans être reconduit. L’état d’urgence a pourtant été réinstauré au Mali, pour une durée de dix jours, à compter du 21 juillet. La décision a été prise par le président Ibrahim Boubacar Keïta, alors que les Maliens observent un deuil national de trois jours après l’attaque d’un camp militaire à Nampala, dans le centre, qui a coûté la vie à 17 soldats le 19 juillet, et que le pays est confronté depuis quelques jours à un net regain de violences, notamment à Kidal (nord).

Ces deux événements, intervenus à deux jours d’intervalle, mettent une nouvelle fois en lumière les difficultés du Mali à retrouver une stabilité sécuritaire. "Ce pays est victime à la fois des tensions et des jeux internes, malgré des efforts fournis par Bamako, et de cette menace terroriste qui pèse sur toute la bande sahélo-saharienne", remarque Armelle Charrier, journaliste de France 24, spécialiste des questions internationales.

Des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes et internationales (Minusma, Barkhane), malgré la signature en mai-juin 2015 d'un accord de paix entre le gouvernement, la Plateforme (la coalition pro-gouvernementale) et la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), ex-rébellion à dominante touareg du nord du pays.

La menace jihadiste est toujours là

Un accord censé isoler définitivement les groupes jihadistes - dont Ansar Dine et Aqmi – qui avaient pris le contrôle du nord du Mali de mars-avril 2012 à janvier 2013, et qui en avaient été en grande partie chassés par une intervention militaire internationale, lancée en janvier 2013 à l'initiative de la France. Cette intervention se poursuit depuis.

"L’attaque de la base de Nampala, la deuxième plus importante du pays, démontre clairement que les groupes jihadistes gardent toujours leur capacité à déstabiliser le pays et leur volonté de le couper en deux", poursuit Armelle Charrier.

Pour tenter de juguler cette menace, Bamako a indiqué que le rétablissement de l’état d’urgence s'inscrivait "dans le cadre de la continuation et du renforcement des actions de lutte contre le terrorisme, les crimes organisés et toutes les formes de menace ou d'atteinte à la paix et à la sécurité des personnes et de leurs biens".

Dès mardi, le président Keïta a "convoqué un Conseil restreint de Défense" et "ordonné que toutes les insuffisances constatées soient immédiatement corrigées afin d'assurer la sécurité de nos forces de l'ordre d'une part, et des populations d'autre part".

Une querelle de pouvoir entre tribus touareg enflamme Kidal

Toujours est-il qu’à cette menace terroriste qui mine le pays viennent s’ajouter les tensions internes habituelles. Ce vendredi 22 juillet, des rebelles touareg ont affronté des miliciens pro-gouvernementaux, pour le deuxième jour consécutif à Kidal, même si un calme précaire était revenu en milieu de matinée.

Ces affrontements opposent des membres du Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA), une des principales composantes de la coalition de l'ex-rébellion à dominante touareg du nord du Mali, à des membres du Groupe d'autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), de la coalition de mouvements armés soutenant Bamako.

Les tensions entre les parties concernées, signataires pourtant en mai-juin 2015 de l'accord de paix avec Bamako, se sont accumulées au cours des derniers jours, marqués par des violences sporadiques. "Des armes lourdes, y compris des mortiers, ont été utilisées lors de ces confrontations", affirme la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), appelant leurs responsables "à mettre fin immédiatement aux hostilités", sans indication de bilan ou de la cause des violences.

Selon un élu local interrogé par l'AFP, c'est une querelle de pouvoir entre la tribu touareg des Imghad et celle des Ifoghas qui a mis le feu aux poudres. Ces deux camps se sont affrontés dans le passé puis ont enterré la hache de guerre par un "pacte d'honneur" conclu au dernier trimestre de 2015.

"Entre les luttes internes, les velléités d’indépendance et la menace jihadiste, on voit que le Mali, malgré les efforts de Bamako, continue à vivre des heures difficiles et reste particulièrement exposé à l’instabilité", conclut Armelle Charrier.

Avec AFP


Africatime

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