Focus : Et si l’opposition avait raison ?

Le samedi dernier, 16 juillet 2016, l’opposition républicaine et démocratique, sous la conduite de son chef de file, Soumaïla Cissé, s’est exprimée publiquement à travers une conférence de presse, sur les événements de Gao, les autorités intérimaires et par extension sur l’Accord d’Alger, objet de toutes les controverses. Ce fut l’occasion pour le président du Pdes et maire de Gao, Sadou Diallo, de cracher ses vérités en rappelant que les jeunes de Gao “ méritent respect et considération pour avoir résisté et gardé la maison pendant que ceux qui nous gouvernenet se cachaient “, avant d’exliquer comment lui-même avait pu désarmer les jeunes sous le témoignage du colonel-major Didier Dacko devenu par la suite Général et actuellement chef d’état-major général des armées.

Le chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, a déploré de la part du pouvoir, “la gestion chaotique du dossier du nord du pays dans des conditions humiliantes” en réitérant ce que l’opposition a toujours crié haut et fort : “L’Accord de paix porte des germes de la partition du pays et que la résolution des problèmes du nord requiert une nécessaire concertation entre toutes les forces vives du pays…On a envoyé 200 personnes à Alger pour négocier alors qu’il n’ y avait parmi eux aucun membre de l’opposition”. En d’autres termes, il y a nécessité d’une concertation nationale inclusive pour trouver les bonnes solutions, à la place de cet “Accord chèrement vendu au peuple malien et qui tarde à produire ses effets “ comme l’a fait entendre le chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé. Lequel rappelle que l’on a fait de la propagande autour de cet Accord, sans en expliquer le contenu véritable pour que le peuple puisse le comprendre et essayer de se l’approprier.

Point n’est besoin de rappeler que l’opposition n’a cessé d’appeler l’attention du gouvernement sur cet accord qui, selon elle, “viole les dispositions de la Constitution du Mali”. Le fait le plus répréhensible a été de l’avoir signé sans s’en référer au Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) comme l’exige la Constitution. De ce point de vue, le ministre de l’Administration territoriale a reconnu devant les députés de l’Assemblée nationale la faute du gouvernement.

L’article 99 de la Constitution précise : “Le Haut Conseil des Collectivités a pour mission d’étudier et de donner un avis motivé sur toute politique de développement local et régional.

Il peut faire des propositions au Gouvernement pour toute question concernant la protection de l’environnement et l’amélioration de la qualité de la vie des citoyens à l’intérieur des collectivités.

Le Gouvernement est tenu de saisir pour avis le Haut Conseil des Collectivités pour toutes actions concernant les domaines cités dans le présent article”.

En dépit de tout cela, l’Accord est passé comme lettre à la poste à l’Assemblée nationale où le camp favorable au pouvoir en place a actionné sa majorité mécanique. De même, malgré de graves manquements à la Constitution, la Cour constitutionnelle n’a pas jugé utile de donner suite favorable à la requête de l’opposition contre la loi instituant les autorités intérimaires sur la base de l’Accord.

En plus, après le vote de cette loi, “un document intitulé Entente a été signé par le gouvernement et clandestinement, avec les groupes armés le 19 juin dernier, pour harmoniser leurs points de vue sur leur compréhension des autorités intérimaires parce que chacune des parties en avait une vision différente de celle de l’autre” laisse entendre le chef de l’opposition qui précise que si les groupes armés entendaient par autorités intérimaires les autorités administratives comme les gouverneurs, préfets et sous-préfets, le gouvernement, quant à lui, pensait aux postes électifs comme les maires, les présidents de cercles, les présidents de région et leurs conseils.

Pourquoi donc discuter avec les seuls représentants du nord et plus précisément des groupes armés pour ensuite appliquer ce qui a été retenu à l’ensemble du pays en y englobant ceux qui ont respecté le Mali dans son intégrité et son unité ? Se demande l’opposition qui s’étonne que les autres régions ne soient jamais impliquées dans un processus qui les concerne et qu’on leur impose. C’est pourquoi, rappellent les responsables de l’opposition à l’unisson, dès le départ le gouvernement s’est planté concernant cet Accord qui ne peut déboucher que sur des conséquences graves pour l’unité nationale et l’intégrité territoriale.

C’était pour expliquer que ce qui s’est passé à Gao, où les jeunes ont manifesté leur désaccord par rapport à la pratique gouvernementale, n’est que la conséquence de l’entêtement du régime. C’est pourquoi, lors de cette conférence, Tiéblé Dramé, président du Parena, a déploré “la fuite en avant du régime” dans la gestion de ce dossier du nord du pays. “S’il nous avait écouté, on aurait pu éviter ce qui s’est passé à Gao” martèle-t-on chez les opposants, avant de réitérer la nécessité d’une concertation nationale inclusive, seule en mesure de sortir le pays de la situation d’enlisement dans laquelle il s’engage.

Comme l’a dit Modibo Sidibé, le président du parti Fare : “L’Accord n’a porté aucun projet politique pour le Mali et ne règle donc aucun des problèmes fondamentaux du pays. Pour être efficace, l’Accord doit avoir une approche globale, en tenant compte de l’ensemble du territoire et nous avons des propositions concrètes à faire”. Et Tiéblé Dramé, le patron du Paréna, de renchérir : “Ce que nous demandons, c’est une concertation nationale en vue d’un consensus national autour d’un accord pour que le peuple s’approprie son application”. Mais Soumaïla de rappeler que “dans un pays où le gouvernement change tous les six mois, on ne peut rein faire “. Et si IBK écoutait l’opposition !

A.B.N

aBamako

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