Mopti : La sécurité, un défi au quotidien

Les bandes armées écument la zone et sèment la terreur en procédant à des assassinats ciblés des représentants de l’Etat. Les forces de défense et de sécurité peinent à contenir le mal.

Les habitants des localités de la région de Mopti mènent une vie perturbée. La situation sécuritaire s’est brutalement dégradée, en 2012, lorsque des hordes de djihadistes ont déferlé sur Konna, envisageant de s’emparer de la ville de Mopti. Malgré l’intervention des forces étrangères, la région du Centre n’est plus un havre de paix. La dernière attaque en date fut celle qui a donné la mort au chef d’un village. Les autorités régionales sont encore sous le choc. Des milliers d’enfants ne vont plus à l’école. Les rares centres d’apprentissage sont des écoles coraniques. A la traditionnelle.

Selon le gouverneur Kaman Kane, « l’Etat consent d’énormes efforts mais la crise est difficile à cerner ». Une nouvelle forme de harcèlement est née dans la région qu’il administre : les assassinats ciblés. Des hommes circulant à motos et lourdement armés tirent à bout portant sur des individus préalablement identifiés. Certains services publics tels que la Douane et la Police ont payé un lourd tribut à travers des attaques nocturnes qui ont fait plusieurs morts. « Les armes circulent dans la région, comme des jouets », regrette le chef de l’exécutif régional dont le remplaçant, fraîchement nommé, hérite d’un dossier sécurité assez épais.

Kaman Kané craint un regain de violences « si des mesures vigoureuses ne sont pas prises ». La naissance de nouvelles milices, les litiges fonciers qui se règlent dans le sang et surtout les meurtres commandités, ne présagent rien de bon.

Dans la zone inondée, nous sommes ici dans le lit du lac Debo. Que des « bourgoutières » à perte de vue, appartenant à de riches propriétaires, protégés par de véritables armées locales. Ils sont prêts à tout pour assurer leur propre défense. Les adeptes de l’islamisme radical y trouvent aussi un terrain idéal pour imposer leurs points de vue. L’Etat était absent dans la plupart des petites localités. Les fonctionnaires ayant quitté les lieux à cause du harcèlement des groupes armés.

La partie exondée, du côté de Bandiagara, Koro et Bankass, est aussi concernée. Dans la bande frontalière avec le Burkina Faso qui passe par Dialassagou, le risque d’attaque est très élevé. « Les gens à motos » font la ronde et procèdent à des repérages. Au bon moment, ils attaquent et tirent comme des forcenés », confie un habitant.

Le chef de l’exécutif régional invoque le manque d’effectifs militaires. Mais pas seulement : il y a aussi la formation de nos soldats. Et surtout la complicité des populations dont les propres fils font partie des mouvements armés et sèment la terreur.

Pour lui, le casse-tête reste la nature « insaisissable » de cette guerre qu’on nous impose. Les attaques ciblées, caractéristiques majeures d’une guerre asymétrique contre laquelle aucune armée au monde n’est arrivée à trouver le remède. « Il est très difficile de prévenir de telles situations », avoue le gouverneur sortant. A cette difficulté s’ajoute une autre. « Ces jeunes-là n’ont pas de revendications, ne sont pas structurés et n’ont pas d’adresse fixe. Alors, avec qui discuter ? En plus, ce sont des enfants du terroir bénéficiant d’une complicité des populations (et des ressortissants) », analyse-t-il avant de rassurer : «l’Etat travaille à trouver les solutions au rythme de ses moyens ».

A la gare routière de Mopti, un véhicule couvert de boue au point de semer le doute sur sa marque s’immobilise un après-midi. A son bord, une vingtaine de passagers venaient d’arriver de Youwarou, à une centaine de kilomètres de Mopti, en plein cœur du Delta, à la lisière du lac Débo. Oumarou, masqué comme un Ninja japonais, n’a pas peur. « Ils sont là-bas. Mais, ce ne sont pas les civils qu’ils cherchent. On vit avec eux sans pouvoir les démasquer», dit-il d’une voix légèrement déformée par le contact du turban collé à ses grosses lèvres.

Qu’en pensent nos soldats basés à Sévaré ? On ne le saura pas. La grande muette ne parle jamais « sans autorisation de Bamako ». Le camp militaire est bien gardé par des hommes en armes. L’accès est interdit aux personnes non autorisées dont notre équipe de reportage. L’armée dispose de petits postes à l’intérieur de la région. Mais sa mobilité est très réduite parce que l’ennemi est partout. L’effet de surprise lui a causé des pertes bien des fois.

En attendant un retour définitif de la paix, la région vit silencieusement au rythme des attaques ciblées et des braquages de forains.

A. M. CISSÉ


Africatime

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