Crise du nord quatre ans après : La Conscience des Soldats Maliens morts aux fronts Interpelle le Chef Suprême des Armées sur la Situation de leurs Familles.

La semaine dernière, l’Assemblée Nationale du Mali a voté une loi sur la modification du statut des conditions de vie de la grande muette.
Ces modifications étaient relatives aux textes et annexes de la loi n°2015-025 du 16 décembre 2002 portant statut général des militaires. Elle consacre l’octroi aux FAMAS d’une prime de 15% de leur salaire de base comme prime de risque. En effet, cette loi permet aux forces armées et de sécurité de bénéficier non seulement d’une répercussion similaire sur leur grille indiciaire, mais de corriger également les disparités entre corps ou corporations ayant été initialement gratifiés au même moment d’un même avantage. Elle permettra surtout au personnel militaire de bénéficier des mêmes avantages en activité, tout comme à la retraite, que les autres corps tels que la Police, la Gendarmerie et la Garde nationale.
Nous pouvons dire que cette loi vient corriger une partie de l’injustice faite aux militaires en fonction et en vie. Mais cela ne règle pas pour autant la situation d’injustice aux soldats morts en missions commandées notamment les rebellions de 1990, 2006, de 2012 maintenant, qui n’ont rien bénéficié jusque-là comme avantage. L’adage qui dit ‘’les absents ont tort’’, sied bien à leur situation.
Voici ce que le capitaine Sékou TRAORE dit ‘’BAD’’ et sa troupe abattus froidement, sinon égorgés à Aguelhoc, pourront se dire à la suite d’une rencontre avec le Président IBK.
Capitaine Sékou TRAORE (BAD), Garde à vous Monsieur le Président! Je me présente, Capitaine Sékou TRAORE, Commandant de la garnison militaire d’Alguelhoc, exécuté le 24 janvier 2012 ainsi que 200 de mes compagnons.
Chef Suprême des Armées (CSA) : Repos mon capitaine. Que voulez-vous ?
BAD: Moi et ma troupe avions pour mission de protéger la ville d’Alguelhoc à la suite d’une nouvelle rébellion commencée le 17 janvier 2012.
Les rebelles du MNLA renforcés par les djihadistes étaient déjà à nos portes, commandés par un déserteur de l’Armée malienne Ba Ag Moussa. Ils nous ont trouvé sur nos pieds de guerre par cette nuit du 17 au 18 janvier 2012. Ils ont été les premiers à ouvrir le feu sur nous à la mitrailleuse lourde, au RPG-7, au mortier à la mitrailleuse légère PM et à la Kalachnikov. Malgré leur nombre plus important, nous les avons maintenus à distance, par l’engagement des blindés légers BRDM-2 face aux 4x4x armées de mitrailleuses lourdes des rebelles.
Au cours de ces longues heures de combat, les agresseurs ont perdu de 20 à 35 hommes, contre un seul mort et 7 blessés de notre côté. Ce même 18 janvier 2012, d’autres troupes des FAMAS ont quitté Tessalit avec comme objectif de lever le siège d’Aguelhoc. Ces unités ont été attaquées par un groupe rebelle du MNLA commandé par Assalat Ag Habi. Elles ont donc été obligées de faire demi-tour sans être parvenues à Aguelhoc. C’est alors que le commandement a décidé d’une seconde tentative pour lever l’étau qui entourait Aguelhoc. Elle a été lancée à partir de Gao le 19 janvier 2012, par l’Echelon Tactique interarmes (ETIA) local, commandé par le Colonel Mohamed Ould Meydou, et composé de véhicules blindés BRDM-2. Cette colonne était très confiante jusqu’à l’oued Imenzad à 15 kms d’Aguelhoc. C’était le 20 janvier 2012. Le piège des rebelles s’est reformé sur la colonne de l’ETIA avec un déluge de balles de DSHK et de ZPU. Cet instant a été un carnage. Plusieurs dizaines de soldats et de miliciens ont été tués (50 à 101 morts) selon certaines sources, mais l’Etat du Mali a déchiffré 10 morts. Egalement 1 à 5 BRDM-2, une quarantaine de camions et des 4x4 détruits. A cela s’ajoutent entre 25 et 65 prisonniers, 26 véhicules capturés aux FAMAS. La colonne de secours n’est donc pas arrivée finalement.
C’est là que moi et ma troupe ont désespéré car depuis 48 heures la garnison était coupée du monde. Nous avons compris qu’il fallait s’attendre donc à la mort, faute de munitions. L’assaut final a été donné le 24 janvier 2012, vers 5 heures. Ceux qui se sont rendus ont été ligotés, la plupart d’entre eux ont été exécutés peu après, à commencer par moi-même, une balle est rentrée par ma nuque.
Le 1er février 2012, le Président ATT a évoqué 95 morts et l’Association malienne des droits de l’homme a parlé de 153 morts.
Le 25 janvier la troupe du Colonel Ag Gamou, depuis Kidal bénéficiant d’un appui aérien composé d’hélicoptères de combat Mi-24D Hind basés à Gao, a voulu entrer en jeu. Mais hélas, ces avions de combat n’ayant pas une grande autonomie en carburant n’ont pu être efficaces. Mais la seule information de leur engagement dans la bataille a fait fuir Bamoussa et sa troupe d’Aguelhoc.
Ma troupe était constituée de jeunes militaires, de jeunes gardes et de jeunes gendarmes, atrocement assassinés. C’est après notre mort que nous avons appris que le Président ATT a fui à la suite d’une mutinerie qui s’est transformée en coup d’Etat. C’est donc après une transition de 18 mois que vous avez été élu à la tête de l’Etat. Vous aviez promis de libérer le nord des mains de la rébellion, d’équiper l’armée, de mettre nos collègues en fonction dans les meilleures conditions de travail, de récompenser tous les militaires morts aux fronts contre les rebellions successives, de vous occuper de leurs descendants.
Mais les informations qui nous viennent du monde des vivants nous laissent désemparer. Nos familles ont été chassées du camp, une semaine après que nous soyons assassiner, nos familles n’ont plus de soutien depuis le don d’un sac de riz de 50 kgs et 50 000F CFA.
Monsieur le Chef Suprême des Armées, sommes-nous morts pour rien ? Nous avons appris que votre fils est le Président de la commission défense, de l’Assemblée Nationale et qu’il est très efficace. Peut-il faire une proposition de loi, afin que nos femmes et nos enfants continuent à prendre nos salaires jusqu’à l’âge de la retraite, pour ensuite bénéficier de pensions pendant au moins 10 ans. C’est seulement en faisant cela, que notre mort ne sera pas vaine.
Monsieur le Président, nous soldats morts pour la défense de la Patrie, vous demandons de tenir la barre haute, nous sommes morts pour un Mali uni, égal et indivisible. Nous avons aussi appris qu’un accord déséquilibré a été signé en deux temps d’une part par l’Etat central, les groupes d’auto-défenses et d’autre part par les rebelles. D’après les informations reçues, c’est le Mali qui est entrain d’être partagé en sud et nord. Si vous faites cela, Monsieur le Chef Suprême des Armées, notre mort n’aura rien servi.
Nous avons été informés par ailleurs que ces mêmes rebelles qui nous ont tués vont intégrer dans les FAMAS, avec un nouveau nom c’est-à-dire : Armée Reconstituée du Mali en conservant leurs grades respectifs. En plus il y aura un partage de postes entre eux et l’Etat Central en ce qui concerne le Gouvernement, l’Etat-major de l’armée, les Ambassades, les institutions de l’Etat et autres.
Dans ce cas à quoi aura servi notre mort pour la Patrie si ce sont ceux qui nous ont tués méritent des récompenses et ceux qui sont morts sont oubliés ?
Tout récemment on vous accuse d’avoir donné 500 millions F CFA à Bilal Ag CHERIF.
C’est pour toutes ces questions que mes compagnons d’infortune m’avaient délégué pour parler à votre conscience. Ils vous exhortent à être digne de votre fonction et digne du Mali. Je me retire Garde à vous Monsieur le Chef Suprême des Armées! A une prochaine fois.

Seydou DIARRA

aBamako

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