Union Africaine : Tapis rouge pour le Maroc…

Grand absent de l’organisation panafricaine, le retour annoncé du Royaume du Maroc au sein de l’UA est déjà en soi un événement de grande portée. Le retour de l’enfant prodigue ? Ça l’est. D’où cette immense joie qui a accueillie cette annonce faite par le Roi Mohamed VI qui, dans un message adressé au 27è sommet de l’UA à Kigali, a informé que son pays allait regagner l’organisation panafricaine. Dès lors, la décision royale est au centre de toutes les conversations. Et pour cause…

Dans son message, le Roi Mohamed VI écrit : « Le Maroc, qui a quitté l’OUA n’a jamais quitté l’Afrique. Il a seulement quitté une institution, en 1984, dans des circonstances toutes particulières.

Sa relation passionnelle avec son Continent explique le sentiment légitime que la reconnaissance d’un pseudo Etat était dure à accepter par le peuple marocain. Il est, en effet, difficile d’admettre que le Royaume, Nation pérenne et ancestrale, soit comparé à une entité ne disposant d’aucun attribut de souveraineté, démunie de toute représentativité ou effectivité.

Cette conviction qu’il y avait là une blessure, Je rêvais depuis des années de vous la confier. Aujourd’hui, s’offre l’opportunité de le faire. Et J’ai la certitude qu’elle trouvera dans cette noble assemblée une écoute attentive et sereine.

Ce fait accompli immoral, ce coup d’état contre la légalité internationale, ont amené le Royaume du Maroc à éviter la division de l’Afrique au prix d’une douloureuse décision, celle de quitter sa famille institutionnelle. Le peuple marocain, unanime, et l’ensemble de ses forces ont estimé inacceptable cette adhésion, par effraction et connivence, d’une entité non souveraine. L’histoire retiendra cet épisode comme une tromperie, un détournement de procédures, au service d’on ne sait quels intérêts. Un acte comparable à un détournement de mineur, l’OUA étant encore, adolescente à cette époque.

Comment en sommes-nous arrivés là ? La réponse, J’en suis certain, tout le monde la connait, et s’impose d’elle-même […] Le Maroc se situe, aujourd’hui, dans la perspective résolue et sans équivoque, de regagner sa famille institutionnelle et de continuer avec plus d’ardeur et de conviction, à assumer les responsabilités qui sont les siennes. Il est confiant dans la sagesse de l’UA, pour rétablir la légalité et corriger les erreurs de parcours. Comme le dit le proverbe : « La vérité n’a point d’autre preuve de son existence que l’évidence ».

Depuis plus d’une semaine, la question du retour du Maroc dans l’UA est au centre de toutes les conversations.

Ainsi, le Royaume chérifien entend retrouver sa « place naturelle » au sein de sa grande « famille institutionnelle ». Le Maroc étant membre fondateur de l’organisation de l’unité africaine (OUA). Une organisation a vu le départ du Royaume en 1984 suite à l’admission de la fantomatique RASD, soutenue par l’Algérie. Bien que le retour du Maroc à l’UA s’inscrive dans une orientation stratégique, il convient de garder à l’esprit, comme là indiqué le souverain, que le Maroc ne revient pas à l’UA en tant que demandeur, mais en tant que demandé.

Volonté royale…

En fait, entre le Maroc et l’Afrique, il n’y a jamais eu de rupture, malgré son retrait de l’OUA. Dans son message, le Roi a précisé que le Maroc n’a jamais cessé de consolider ses relations avec les pays africains.

En effet, les relations entre le Royaume et les pays africains revêtent plusieurs formes. C’est ainsi que sur le plan économique, le Royaume est devenu le deuxième investisseur africain, après l’Afrique du Sud. Le Maroc a également développé avec l’Afrique des relations commerciales, culturelles et dans le domaine religieux. De même pour diffentes missions de maintien de la paix sur le continent. C’est dire que le retour du Royaume dans l’union africaine s’inscrit dans une dynamique et traduit la volonté du Roi de se rapprocher encore plus de ses frères africains.

Cependant, ce retour (annoncé) est guidé par un certain nombre de principes.

Premièrement : c’est dans le prolongement de la politique africaine forte, soutenue et cohérente que le Maroc a menée au cours des dernières années, « que nous avons annoncé l’adhésion du Royaume à l’Union Africaine, le 17 juillet 2016 à Kigali, à l’occasion du 27ème Sommet de l’UA », précise-t-on à Rabbat. Après cette annonce, la procédure juridique d’intégration de l’Organisation sera entamée dans les prochaines semaines, de manière à formaliser cette demande et la faire aboutir dans les meilleurs délais. Il s’agit là d’une des décisions de politique étrangère les plus importantes prises par le Royaume au cours des dernières décennies.

Deuxièmement : naturellement, cette décision ne signifie nullement une reconnaissance de l’entité fantôme – qui ne doit le siège qu’elle usurpe qu’à une erreur historique et à une violation des textes de l’Union. Elle ne signifie pas, non plus, un renoncement par le Maroc à sa ferme détermination à rétablir la légalité et à corriger l’anomalie que constitue la présence au sein de notre organisation d’une entité illégale et non souveraine.

Troisièmement : au contraire, comme tous les combats, celui-ci doit être mené sur le terrain. De la sorte, le Maroc rompe avec la politique de la chaise vide et avec les combats par procuration. C’est ainsi que l’histoire pourra reprendre son cours normal, et que la supercherie sera définitivement écartée. La présence effective du Maroc permettra de contrer les tentatives de plus en plus accrues d’instrumentaliser les organes et les décisions de notre Organisation, pour porter atteinte aux intérêts supérieurs du Royaume.

Quatrièmement : cette présence permettra de renforcer, de structurer et d’amplifier les actions de coopération bilatérale déjà développées avec de nombreux partenaires bilatéraux et régionaux sur le continent, notamment avec les pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale – qui sont liés au Maroc par des liens séculaires et multidimensionnels. Elle permettra, aussi, de s’ouvrir sur de nouveaux espaces, notamment en Afrique de l’Est et Australe, dans le cadre de partenariats mutuellement bénéfiques.

Cinquièmement : le poids et la place du Maroc en Afrique, s’en trouveraient renforcés, en tant que pourvoyeur de stabilité, d’acteur de développement, de promoteur de solidarité et d’édificateur de consensus dans le continent.

Accueil favorable

Déjà de Kigali à Dakar, en passant par Ouaga et Brazza, l’annonce du Roi a été accueillie par une salve d’applaudissement. Après le message royal, une trentaine de pays africains ont envoyé une motion au président de l’UA se félicitant de la réintégration du Maroc et demandant la suspension de la fantomatique RASD, en attendant la décision finale de l’ONU sur la question du Sahara.

En attendant, cette initiative du Maroc vis à vis de l’Union africaine est une victoire diplomatique. Le Royaume a, en effet, patiemment construit sa stratégie en la basant sur des actions concrètes à travers le continent. «Le retour du Maroc (au sein de l’UA) est une chose complètement naturelle. Le Maroc fait partie de l’Afrique », a affirmé le président Macky Sall. Le chef de l’Etat Sénégalais, d’ajouter « Aujourd’hui, le Maroc a décidé de revenir et de demander que la légalité constitutionnelle internationale soit respectée, conformément à ce qui se passe à l’ONU où le Sahara n’est pas représenté comme Etat indépendant », et « Le Sénégal est totalement en phase avec le Maroc et le soutien totalement sur cette question ».

Pour mieux comprendre l’histoire qui se joue actuellement, il est nécessaire de remonter le temps et de revenir sur 32 ans en arrière. C’est en effet à l’époque, plus précisément le 12 novembre 1984, que le Maroc décide de claquer la porte de l’organisation qui vient de reconnaître le Polisario comme « gouvernement du Sahara occidental ». Les propos de S.M Hassan II avaient d’ailleurs été clairs sur le sujet : « Voilà, je le déplore, l’heure de nous séparer. En attendant des jours plus sages, nous disons adieu et nous vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire ». La décision du Royaume avait alors été forte et claire, et surtout sans ambiguïté, sur sa volonté de quitter cet organisme qu’il a créé, mais qui l’a pourtant trahi en accueillant le Polisario.

CH Sylla

aBamako

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