Pays en développement : 67% des recettes d’exportation sont dissimulées

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement a fait cette révélation dans son dernier rapport qui porte sur la période 1990 – 2014 Vous avez encore en mémoire le contentieux juridique ayant opposé notre pays à la Société des mines de Loulo (SOMILO SA).
Différend relatif à une plainte déposée contre l’Etat du Mali par la multinationale auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). SOMILO protestait contre l’Etat malien pour avoir procédé à des redressements fiscaux. Alors que l’audit de l’entreprise avait constaté des dissimilations de richesses au détriment des caisses de l’Etat malien. La suite est connue.
24 heures après la parution de cet article dans nos colonnes, s’est tenu, du 15 au 16 juillet à Nairobi (Kenya), le Forum mondial sur les produits de base. C’était en marge de la quatorzième session de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Une étude de cette organisation, publiée lors dudit forum, semble donnée raison à l’Etat malien.
En effet, cette enquête qui porte sur plus deux décennies d’exportation a révélé que la fausse facturation des produits de base (cacao, cuivre, or, pétrole) par les pays importateurs et les entreprises font perdre des milliards de dollars (67% des recettes d’exportation) à plusieurs pays en développement : Afrique du Sud, Chili, Côte d’Ivoire, Nigéria et Zambie qui sont assujettis à ces biens.
Pour notre source, il apparait qu’entre 2000 et 2014, la sous facturation des exportations de minerai de fer de l’Afrique du Sud vers la Chine a coûté 3 milliards de dollars. Ce pays, premier producteur d’or en Afrique, a perdu 78,2 milliards de dollars à cause de ce fléau, entre 2000 et 2014. La somme correspond à 67 % des exportations aurifères totales du pays.
Troisième producteur d’or du continent avec 50,502 tonnes, le Mali n’a pas été cité par l’étude de la CNUCED. Le métal jaune représente pourtant 67% de nos recettes d’exportation.
La valeur des exportations de notre secteur minier a été estimée à 987 milliards de Fcfa, en 2015, soit 6,2% du PIB malien. L’or malien n’a-t-il pas été sous facturé par les importateurs et les entreprises ? Mystère.
De l’avis de la CNUCED, la sous-facturation des exportations de pétrole du Nigéria vers les États-Unis s’est chiffrée, entre 1996 et 2014, à 69,8 milliards de dollars. Représentant 24,9 % des exportations pétrolières totales à destination des États-Unis.
Aussi, entre 1995 et 2014, les exportations de cuivre de la Zambie vers la Suisse ont représenté 28,9 milliards de dollars, soit plus de la moitié des exportations totales de cuivre du pays. « Il n’y en a toutefois aucune trace dans les registres comptables suisses », a regretté l’étude.
Selon leur révélation, entre 1990 et 2014, les exportations de cuivre du Chili vers les Pays-Bas ont représenté 16 milliards de dollars. Ces produits de la sous-facturation n’apparaissent pas non plus dans les registres comptables néerlandais. Entre 1995 et 2014, les exportations de cacao de la Côte d’Ivoire vers les Pays-Bas ont représenté 17,2 milliards de dollars, dont 5 milliards (31,3 %) manquent sur les registres comptables néerlandais.
Intervenant à propos de la publication de ces informations, le secrétaire général de la CNUCED, Mukhisa Kituyi, a indiqué que les exportations des produits de base pouvaient représenter jusqu’à 90% des recettes d’exportation d’un pays en développement.
Il a conclu : « cette étude donne des précisions sur la gravité du problème, qui est d’autant plus grand que, dans certains pays en développement, les budgets de santé et d’éducation dépendent d’une poignée de produits de base ».

C. M. TRAORE
Source: Essor

aBamako

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