Désengorgement des artères de la capitale : Mme le Gouverneur Amy Kane frappe très fort

Récemment nommée gouverneur avec comme mission principale l’assainissement et le désengorgement de Bamako, Amy Kane n’y est pas allée de main molle. En effet, en très peu de jours, elle a débarrassé les grandes artères de la capitale des étals de bouchers, tables de petits commerces, kiosques, hangars et autres petits aménagements commerciaux qui occupaient les trottoirs pour déborder parfois sur la chaussée. A plusieurs reprises avant elle, des tentatives de déguerpissement ont échoué face à la résistance des occupants soutenus par le grand lobby des associations de commerçants détaillants.
La semaine dernière a été un véritable cauchemar pour les milliers de commerçants qui avaient élu domicile dans les grandes artères de la capitale. On ne peut même pas parler de petits commerces parce qu’au fil des jours il y en avait qui, partis de petites tables installées sur les accotements, s’étaient retrouvés finalement avec des boutiques en plein air dont une partie abritée sous un hangar de fortune. Le petit soir, les marchandises étaient rassemblées et transportées dans des entrepôts pour être ramenées tôt le lendemain matin par des conducteurs de pousse-pousse qui viennent de perdre un important marché, avec l’opération de déguerpissement enclenchée par Mme le gouverneur appuyée par les autorités du pays.
Il faut dire qu’avec Moussa Mara ministre de la ville dans le gouvernement Oumar Tatam Ly, le sujet était déjà sur la table du Conseil des ministres et il y a eu quelques gesticulations de la part du gouvernement. Mais ce fut pour créer une injustice car des commerçants ont été chassés de leur place et quelques jours après, d’autres étaient venus les remplacer. C’est parce que les mairies et le pouvoir exécutif ne parlaient pas le même langage au sujet de cette affaire. En effet, dès que le gouverneur agissait pour le désencombrement sur ordre du gouvernement, les mairies procédaient au repeuplement de ces espaces, mues uniquement par l’objectif de recettes fiscales au titre de leur budget.
En un moment donné, il y a eu des opérations de sensibilisation sous la houlette du ministère du Commerce et plusieurs dizaines de millions de nos francs avaient été mis à la disposition des organisations professionnelles et syndicats de commerçants détaillants à ce sujet. En plus, des espaces avaient été prévus par le gouvernement aux Halles de Bamako pour le recasement des commerçants déguerpis, avec comme mesure d’accompagnement la contribution du ministère du Commerce à hauteur de plusieurs centaines de millions de Fcfa.
Mais échec et mat ! Les rues de la capitale avaient continué à être envahies de façon anarchique. Les piétons, chassés de leurs trottoirs par les vendeurs, se voyaient obligés de disputer la chaussée aux véhicules, avec tous les risques d’accident et autres désagréments. Une rue aussi passante que l’Avenue Modibo Keïta, qui va des anciens locaux du ministère de l’Education nationale vers le Centre artisanal, en passant par la Place de Thiaroye et le Grand-marché de Bamako, était devenue un souk à ciel ouvert. Mais après le passage des pelleteuses et camions envoyés par le gouvernorat, l’encombrement des lieux a laissé place à un vide permettant à la vue de s’étendre sur toute la longueur de cette avenue.
Après un premier passage devancé par des communiqués de mise en garde, il y a eu de la résistance. Mais vendredi et samedi derniers, c’était le grand nettoyage avec une colonne d’une dizaine de camions-bennes chargés à ras par de gros engins mis à contribution. Naturellement, force restant à la loi, la police, la gendarmerie et le Groupement mobile de sécurité (Gms) étaient là pour veiller. Certainement que ce dispositif sécuritaire, soutenu par la ténacité légendaire de Mme le gouverneur, a dissuadé toute possibilité de résistance.
De toute façon, à l’Avenue Modibo Keïta, aux abords du cimetière de Niaréla, près de la Grande mosquée de Bamako, à l’Avenue Mamadou Konaté et aux alentours de l’Assemblée nationale, ainsi qu’au périmètre de la gare routière appelée Voxda, il n’y a pas la moindre parcelle de la voie publique où les équipes de désengorgement ne soient passées et repassées, laissant une fluidité totale à la circulation.
Evidemment, les avis divergent et chacun y va de ses commentaires et interprétations, selon que l’on se situe d’un point de vue politicien ou social. Mais au plan juridique et administratif, Mme le gouverneur semble tenir le bon bout parce qu’agissant au nom de la loi et sur la base d’instruction du gouvernement.
Faut-il d’ailleurs, pour une raison ou une autre transformer toutes les grandes artères de la capitale en rues marchandes au détriment des automobilistes et piétons ? Là se situe le débat. Quid de la mobilité qui est un élément incontournable du processus de développement ? On en était au point où même les taxis refusaient de s’aventurer dans certaines zones de Bamako à cause des bouchons monstres provoqués par ces encombrements de la voie publique.
De toute façon, il fallait bien une fin à cette anarchie et c’est arrivé. N’importe quel espace ne peut être un souk à ciel ouvert, au mépris de toutes les questions d’urbanisation, d’environnement et surtout, de la loi. Reste maintenant à s’occuper d’aménagements dans des espaces commerciaux, comme envisage de le faire la Chambre de commerce et d’industrie du Mali en construisant dans les communes de Bamako des marchés destinés à accueillir les commerçants déguerpis dans le cadre de pareilles opérations que celle menée ces derniers jours sous les ordres du Gouvernorat de Bamako.
Mais déguerpir les occupants est une chose, mais les empêcher de revenir s’installer en est une autre et l’expérience l’a prouvé. Surtout que déjà, les nombreux vendeurs de pièces détachées d’occasion aux abords de la Grande poste profitent actuellement de cette situation pour transformer les alentours en un énorme garage où s’activent des mécaniciens sur les véhicules de leurs clients.
A.B.NIANG

aBamako

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