Crise Malienne : La solution passe-t-elle par l’état d’urgence ?

Le gouvernement malien a décidé le 30 juillet dernier, de proroger de huit mois l’état d’urgence instauré dans le pays, au lendemain de l’attaque terroriste du Radisson Blue à Bamako, en novembre dernier. Cette mesure exceptionnelle qui est prise pour la 4è fois en moins d’un an vise, rappelons-le, à mieux sécuriser le territoire en accroissant les possibilités d’intervention des forces de défense et de sécurité maliennes et à restreindre les rassemblements afin de ne pas donner l’opportunité aux terroristes de massacrer massivement les populations déjà éprouvées par cette paranoïa ambiante que suscite la présence supposée de criminels dans tous les coins et recoins du Mali. L’intention est à la fois légitime et noble, mais l’objectif recherché est loin d’être atteint, quand on sait que depuis que l’état d’urgence a été décrété pour la première fois en novembre dernier, les attaques tous azimuts se sont multipliées, avec une fréquence et une cruauté inimaginables dans un pays où les principaux protagonistes sont censés fumer le calumet de la paix après avoir signé un accord pour taire les armes. Alors, à qui la faute si l’Etat malien se délite inexorablement, au profit de groupuscules et d’entités plus ou moins autonomes de Bamako, et qui n’ont que les armes comme moyens de persuasion ou de dissuasion, et le discours identitaire comme programme de société ? Eh bien, à tous les acteurs de la crise, internes comme externes, à commencer par les autorités du Mali, incapables d’anticipation et visiblement dépassées par les événements, et contraintes ipso facto de confier le rôle régalien de défense de l’intégrité du territoire qui devrait être le sien, à des groupes armés ou à la communauté internationale. Les différents gouvernements qui se sont succédé au Mali depuis le déclenchement de la crise et même bien avant, ont tous fait preuve de myopie politique et de laxisme impardonnable, et surtout d’un manque de poigne et de pugnacité face à des rebelles et à des terroristes dont le nombre et les armes sont sans commune mesure avec les arsenaux de l’armée malienne et les milliers de soldats qui composent cette dernière. Le prétexte de la guerre asymétrique que mènent les islamistes ne peut, en aucun cas, justifier la débandade des soldats maliens sur quasiment tous les fronts. Il faut plutôt en rechercher les causes dans la panne de stratégie militaire des autorités de Bamako et dans la vacuité des services de renseignement qui ont permis aux ennemis de la République d’organiser par exemple le raid meurtrier sur le camp militaire de Nampala, le 19 juillet dernier. Et au lieu de reconnaître son échec à juguler la crise et d’en tirer toutes les conséquences, le gouvernement malien passe le temps à faire du rafistolage, juste pour sauver la face du Président Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) qui a accédé au pouvoir grâce à ses discours offensifs, et qui, à l’épreuve du terrain, s’est rapidement dégonflé comme un ballon de baudruche ou comme une montgolfière frappée de plein fouet par un projectile.

Le Mali est devenu un véritable bazar pour des vendeurs d’illusions

Dans cette situation d’incertitudes où les différentes offensives militaires de reconquête du Nord ont fait long feu, et où les négociations, couteau de la communauté internationale à la gorge, n’ont pas donné les résultats escomptés, le gouvernement du Mali tente désespérément de sauver ce qui reste encore de meubles, en prenant des mesures dont l’efficacité et l’applicabilité sont sujettes à caution, comme la prorogation de l’état d’urgence sur tout le territoire national. L’on est fondé, en effet, à se poser la question de savoir si la solution à la crise malienne passe véritablement par cette mesure d’exception, d’autant que les terroristes et les groupes d’auto-défense qui plastronnent au Nord et au Centre du pays, n’en ont cure, et que Kidal qui cristallise toutes les haines entre les communautés touarègues du Nord, échappe non seulement au contrôle de Bamako, mais fait aussi l’objet d’attaques et de contre-attaques récurrentes de la part des groupes armés rivaux que sont le Gatia et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). La situation sécuritaire dans cette ville « à statut particulier » de Kidal, ira sans doute en se dégradant, tant que la communauté internationale (la MINUSMA et la force Barkhane en l’occurrence) ne désarmera pas ces deux groupes armés qui sont tout aussi responsables du capharnaüm actuel que le gouvernement malien. Ces frères ennemis ayant montré leur incapacité à transcender leurs ego pour cogérer la ville-rebelle de Kidal comme ils s’y étaient engagés à Anéfis et à Niamey, il ne reste plus qu’à les bouter tous loin de là, comme les Français l’ont fait avec les terroristes à Gao et à Tombouctou. Le problème, et c’est là qu’apparaît la part de responsabilité de la communauté internationale emmenée par la France, c’est que l’une des parties prenantes au conflit, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) pour ne pas le nommer, semble bénéficier de la bienveillance de Paris.

En somme, le Mali est devenu un véritable bazar pour des vendeurs d’illusions à la criée, chacun faisant entendre sa voix comme étant là pour sauver le pays, alors qu’il fait exactement le contraire de ce qu’il aurait fallu faire. Le gouvernement malien, en faisant croire aux Maliens que la prolongation de huit mois de l’état d’urgence, ramènerait la sécurité dans le pays, ne fait-il pas prendre au peuple malien des vessies pour des lanternes ? Il y a véritablement lieu de s’interroger.

Hamadou GADIAGA

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here