Libération des voies publiques : Une opération douloureuse, mais nécessaire

C’était trop beau pour être vrai ! L’opération de libération des voies publiques lancée par le gouvernorat du District de Bamako il y a quelques jours, s’était déroulée sans heurts jusqu’à ce samedi 30 juillet 2016. Certains commerçants (???) ont tenté de violemment s’opposer à la démolition de leurs kiosques installés sur la servitude des artères et flirtant souvent avec la chaussée, donc exposant les piétons à des risques d’accidents car privés de trottoirs. Mais, quelle que soit la pression et les réactions politiciennes démagogiques, les autorités ne doivent pas reculer !

Cette opération d’utilité publique avait suscité colère et grincements de dents ici et là. Mais, la récupération politique du mécontentement aidant, la situation à dégénéré le week-end dernier quand le très sensible Dibidani a été touché. Un marché où règne pourtant un désordre total avec des étals à même la chaussée.

Ce marché ne saurait donc être un éternel no man’s land au cœur de notre capitale dont nous nous plaignons tous de l’insalubrité en indexant les municipalités et le gouvernement. Et ces commerçants ne sont pas plus Maliens que les autres victimes de cette opération.

Renoncer à cette action de salubrité serait un très mauvais signal en ce moment où l’autorité de l’Etat doit s’assumer dans toute sa rigueur et en toute responsabilité. Il est temps donc de restaurer cette autorité dans la légalité, la légitimité, l’égalité et la justice. Force doit maintenant rester à la loi en République du Mali si nous voulons réellement tirer les leçons de la crise que le pays traverse depuis des années. Tout changement a un prix à payer. Et ce n’est pas forcément les autres qui assument la note, mais tout le monde. On ne va pas au paradis sans mourir.

Il faut que ce pays avance maintenant. Et cela n’est possible que par des mesures courageuses, donc impopulaires. Aujourd’hui, tous les leaders d’opinions doivent soutenir la brave Aminata Kane Sacko qui a enfin osé agir après des mois de négociation et de médiation stérile.

Le gouvernement doit lui laisser les coudées franches en ne cédant plus au populisme et à la démagogie politicienne dont les animateurs ont déjà pris les médias d’assaut pour s’insurger en défenseurs des citoyens alors qu’ils sont conscients de l’utilité publique de la mesure.

Toutefois, à notre avis, l’opération aurait dû être menée de façon progressive d’autant plus qu’il n’y a plus d’espaces dans nos quartiers à plus forte raison d’équipements marchands pour accueillir les déguerpis, donc de minimiser l’impact socio-économique d’une telle mesure.

Et les magasins disponibles coûtaient déjà chers sans la surenchère des besoins nouveaux créés par cette opération.

Victimes de leur entêtement à braver l’autorité ou naïfs, ces acteurs de l’informel ne peuvent pas être abandonnés à leur sort sous peine de créer de nouveaux chômeurs, priver des familles de revenus vitaux, donc plonger des familles dans la misère et des jeunes dans la délinquance voire le banditisme. Le plus urgent était de désengorger le centre ville et libérer les servitudes directes des principales artères dans les différentes communes.

Il s’agit notamment des installations directement implantées sur les trottoirs ou à cheval sur les trottoirs et les caniveaux empêchant tous les travaux de curage. Ceux qui sont séparés des artères par les caniveaux ou des collecteurs pouvaient être momentanément tolérés. Ne serait-ce que le temps de trouver des solutions de recasement des premiers déguerpis.

Des solutions que le gouvernement devait contraindre les mairies à trouver urgemment car ce sont les maires les vrais coupables de cette situation.

En effet, rares sont ces commerçants qui ont occupé ces places sans une autorisation, même temporaire, des maires. Leurs taxes municipales représentent des bouffées d’oxygène pour ces municipalités incapables de créer des ressources propres en dehors de la spéculation foncière et de ce genre de taxes dont le montant est le plus souvent fixé à la tête du commerçant. Les autres payant souvent pour leurs maîtresses ou leurs familles.

Dans leur cupidité, des maires ont tout vendu, des espaces verts aux cimetières en passant par les places réservées aux marchés, au culte, aux loisirs… Dans beaucoup de quartiers, les jeunes ont dû se battre pour protéger des terrains de sports. Où sont ces maires aujourd’hui ? Qu’envisagent-ils aujourd’hui pour soulager ces citoyens privés de leurs sources de revenus ?

Et dans tout cela, espérons qu’il y ait une vraie politique d’urbanisme derrière cette opération de salubrité publique ?

Le comble serait de chasser les gens de leurs commerces pour que ces espaces deviennent des dépotoirs d’ordures ou des nids de vagabonds dans un univers déjà troublé par l’insécurité.

La nature à horreur du vide ! Nous espérons que les autorités du District et le gouvernement le savent !

Moussa Bolly


Maliweb

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