Office du Niger : La difficile maitrise de l’eau à Bèwani

Tantôt c’est la pénurie, tantôt c’est l’inondation. L’eau refuse de se laisser dompter. Et les paysans trinquent.

Dans la zone de Bèwani, à l’Office du Niger, la campagne rizicole a bien démarré et se déroule normalement, rassure le directeur de zone, Oriyerou Perou. Les premières récoltes sont prévues dès le début du mois de septembre. Ces premières récoltes rapporteront gros aux producteurs car la tendance des prix du riz est actuellement à la hausse.

Mais ces producteurs qui ont réussi à repiquer le riz depuis le mois de mai, ne sont guère nombreux. Du coup, l’arbre de ces cas rares de satisfaction ne peut cacher la forêt de problèmes d’eau (pénurie et inondation) causés, selon les paysans, par l’absence d’entretien des canaux d’irrigation et de vidanges (collecteurs). Ces problèmes menacent de compromettre la campagne rizicole dans la zone de Bèwani qui comprend les casiers de Koumouna, Siribala, Béwani, Kanto et Tiongomba.

Dès le démarrage de la campagne, une crise d’eau aigue a retardé les travaux de préparation des pépinières, de repiquage et de semi à la volée. Les champs situés en hauteur ne recevaient pas d’eau. « Le niveau bas des eaux du canal principal ne permettait pas d’arroser les canaux d’irrigation primaires et secondaires », explique Oriyero Perou. Ce qui a privé les champs de l’eau indispensable à la production du riz.

Certains producteurs avaient voulu faire le repiquage très tôt afin de pouvoir disposer des premières récoltes. Ils ont vu leurs champs privés d’eau et leurs pépinières brûlées par le soleil. D’autres ont réussi, avec les moyens du bord, à éviter l’assèchement de leurs pépinières. Ceux-ci se sont épargnés des pertes d’investissements et la reprise des travaux de préparation des pépinières. Un septuagénaire qui ne souhaite pas être cité, en fait partie. « La riziculture me dégoute aujourd’hui. Pendant la crise d’eau, j’arrosais mes pépinières en portant sur ma tête des seaux d’eau sur une distance de plusieurs dizaines de mètres. Tout mon corps me fait mal ». Notre interlocuteur n’entend pas revivre un tel calvaire la saison prochaine et envisage de donner ses champs en location.

Pour le malheur des paysans, la pénurie d’eau a fait place à des inondations dès l’installation des premières pluies de l’hivernage. Dès que les pluies ont commencé à tomber, les champs ont été inondés. Les drains d’arrosage et de vidange, déversent leur trop-plein dans les champs. Cette situation est due au manque d’entretien des collecteurs qui servent à vider les champs du trop-plein d’eau. Ces collecteurs de vidange sont envahis par des plantes aquatiques.

Les paysans évoquent comme explication la non réalisation des travaux d’entretien des canaux de vidange de Massala et de Kalankala. « Quand ces canaux sont curés, il est très facile de vider les champs de leurs eaux », soutiennent-ils. Selon les producteurs, ces travaux qui ne sont pas encore réalisés, devraient l’être depuis le mois de mai. Pour nombre d’exploitants, la réalisation de ces travaux ne servira plus à rien. Beaucoup de paysans ont déjà repiqué leurs champs inondés au risque de voir leurs jeunes pieds de riz noyés sous l’eau, déplorent-ils.

Au regard de cette crise d’eau récurrente, les responsables paysans menacent de boycotter les travaux d’entretien de ces canaux. Seront-ils suivis dans ce mouvement de protestation ? Rien n’est moins sûr car l’entretien de ces canaux se fait par appel d’offre. Le marché est en partie attribué aux paysans réunis en Groupements d’intérêt économique (GIE). Lundi lors de notre passage à la direction de la zone, les membres des GIE sélectionnés rodaient dans les couloirs.
Pomper l’eau des champs. Au-delà des mouvements d’humeur, les problèmes liés à la maîtrise de l’eau ne sont pas sans incidence sur la production rizicole. La campagne dernière, le manque d’eau ou les inondations ont plombé les récoltes de plusieurs paysans. Soma Dembélé, paysan et membre du comité de gestion, rappelle son cauchemar. « A cause de l’inondation, j’ai produit 28 sacs de riz paddy à l’hectare la campagne passée, contre 80 sacs un an auparavant », témoigne notre interlocuteur qui jure avoir été obligé de vendre ses biens afin de rembourser les prêts contractés auprès des banques pour financer ses travaux champêtres.

Les exploitants fortunés n’ont pas ce genre de problème. Ceux-ci utilisent les gros moyens pour faire face à la situation. Afin de contourner les difficultés liées à l’inondation, des exploitants disposant de moyens financiers, comme Lassine Niaré, font la vidange de leurs champs à l’aide des motopompes. Cet agriculteur âgé d’une trentaine d’années a acheté une motopompe neuve rien que pour pomper l’eau de ses champs. « Le vendredi, la machine a pompé l’eau de 6 heures à 18 heures», indique-il. Le lendemain, jour de notre passage, le moteur tournait encore à 12 heures quand nous prenions congé du riziculteur qui fait par jour deux fois le plein du réservoir de 4 litres de sa machine.

Pourquoi donc dans ces périmètres rizicoles dûment aménagés, la maîtrise de l’eau est si difficile ? « Ce n’est pas un problème de nettoyage. C’est un problème de drainage », explique le directeur de zone Oriyerou Perou. Pour lui, le casier de Bèwani et d’autres casiers sont le fruit d’un aménagement participatif. C’est-à-dire les paysans ont aménagé à la main des superficies qui leur ont été attribuées.

Oriyerou Perou reconnait que le drain de Massala pose des problèmes même en année normale. Cette vidange est liée à celle de Niono. « Quand le canal de Niono est plein, il refoule les eaux en provenance de Massala », argumente-t-il. Et c’est le trop-plein à Bèwani.
A propos du retard accusé dans le démarrage des travaux d’entretien, le directeur de zone rassure : « On n’est dans le timing par rapport aux autres années. Nous avons accusé un léger retard compte tenu de certaines procédures ». Les travaux d’entretien ont débuté lundi dernier et la priorité est accordée au casier de Bèwani afin de faire baisser au plus vite le niveau des eaux dans les champs, ajoute le directeur de zone qui préconise un entretien mécanique chaque année des principaux canaux de vidange.

aBamako

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