Lutte contre la corruption au Mali : 320 milliards de FCFA de manque à gagner sur la période 2007-2016

Sur 208 dossiers relatifs à la lutte contre la corruption de 2007 à nos jours, 110 ont été classés sans suite. Mais dans quelles conditions ? Voilà l’épineuse question que se pose le nouveau ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, Me Mamadou Ismaël Konaté. Ce dernier affirme que le total des poursuites équivaut à 320 milliards de FCFA que l’Etat n’a pas encaissés.
Le ministre en charge de la Justice, Me Mamadou Ismaël Konaté, a organisé une conférence de presse, mardi 2 août 2016, dans les locaux de son département, pour échanger sur les questions d’actualité. En plus des préavis de grève des deux syndicats de la magistrature, le Ministre a également fait le point sur des grands chantiers auxquels il compte s’attaquer.
Me Mamadou Ismaël Konaté se dit confronté à deux défis majeurs. Le premier est relatif à la justice et le second concerne les acteurs de la justice.
Me Mamadou Ismaël Konaté, avocat des juges
La conférence a été une occasion pour Me Konaté de parler en premier lieu de la situation des juges au Mali. Pour l’orateur, les gens dénoncent au quotidien l’absence de justice, le manque de performance de la justice et la mauvaise qualité de la justice, tout en ayant à l’esprit un seul acteur: le juge.
Selon lui, en disant que les décisions de justice sont de mauvaise qualité, tout le monde pointe du doigt le juge. Et pourtant, personne, dit-il, ne se pose la question de situer sa part de responsabilité dans cette défaillance du juge et dans cette défaillance de la justice. Du point de vue de l’avocat, la situation du juge au Mali est dramatique.
«Comment voulez-vous que le juge, mal dans sa peau, mal dans son corps, mal dans son esprit, fasse correctement son travail ?», interroge-t-il. Me Mamadou Ismaël Konaté est convaincu que c’est la situation du juge que l’on doit d’abord prendre en compte, car, selon lui, c’est le grand corps malade de la justice. Et c’est sur ce point de vue-là qu’il prétend comprendre le mot d’ordre de grève des deux syndicats les plus représentatif du corps de la justice.
«Je n’ai pas d’autres choix que de les écouter ou de me passer d’eux. Il y a 526 juges dans ce pays. Est-ce que je peux les remplacer pour avoir une justice de qualité. Non, je n’en suis pas sûr. Je suis obligé de faire avec eux. Pour une fois, sans aucune espèce de démagogie, je suis l’avocat des juges.
En étant l’avocat des juges, je ne peux pas être complaisant avec le juge. Il faudrait que l’Etat, malgré tout, fasse un effort pour améliorer leur situation», souhaite le Ministre.
Parlant de l’amélioration des conditions des juges, il regrette que l’indice de base de la nomination du juge débutant soit exactement le même que celui du sous-lieutenant de l’armée. «Trouvez-vous normal cela ? N’est-est pas bien indiquer pour les juges d’aller s’inscrire au camp en tant que sous-lieutenant», s’indigne le Ministre.
En outre, il exhorte les autorités à regarder avec bienveillance les primes et indemnités des juges. S’y ajoute la prise en compte de la sécurité du juge qui, selon lui, est exposé.
Même si le Ministre en charge de la justice pense qu’il faut mettre le juge dans les conditions nécessaires, il dira aussi que ce dernier doit honorer son serment.
Pour le conférencier, une chose est de revendiquer, mais une autre est aussi de prendre en compte ses exigences à lui, après la satisfaction des doléances.
S’adressant aux magistrats, il dira qu’il n’est plus question qu’il trouve dans les juridictions un juge pourri.
Vers la mise en place d’un cadre de dialogue
Après avoir rencontré tous les acteurs de la justice, notamment les magistrats, les avocats, les surveillants de prison, les greffiers, les officiers de police judiciaire, le nouveau Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, a décidé de mettre en place dès le 10 août un cadre de dialogue national. Et cela pour une justice de qualité.
A l’en croire, tous les acteurs de la justice sont concernés au delà de ceux-là qui ont déposé le préavis de grève. Le dialogue national, selon lui, permet de recevoir les revendications des différents corps de métier et de les traiter. En outre, le dialogue national permettra au Ministre non seulement de proposer des solutions aux acteurs de la justice, mais aussi et surtout d’arriver avec eux à une justice de qualité.
Les axes où le Ministre veut sévir
Parlant des grands chantiers qu’il compte initier, trois axes tiennent à cœur Me Mamadou Ismaël Konaté. Il s’agit, dit-il, de la délinquance sur la route, la violence en matière de conjugalité et la délinquance en matière financière. «Donc, j’ai instruit aux procureurs de veiller sur ces trois points. Je veille également, car je suis le premier procureur.
Et le procureur qui dort me trouve derrière lui. Quant je passe, je ne reviens plus», prévient l’Avocat-Ministre. Pour terminer, l’orateur dira que la justice est au début et à la fin de toute chose. Mais la vraie justice, de son point de vue, est celle de ne pas s’immiscer dans la fonction du juge en lui donnant des instructions ou des ordres, ou en lui demandant de revoir le sens de la décision à travers des gestes peu orthodoxes.
Ibrahim M.GUEYE
Source: Le Prétoire

aBamako

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