Intox et désintox: la paranoïa appositionnells

La manchette des canards, cette semaine, a été indubitablement marquée par l’opération de déguerpissement des grandes artères et trottoirs de la capitale menée par le Gouverneur du District. L’URD (le PARENA et les FARE aussi) a sauté sur le dossier à des fins de récupération politicienne étalant au grand jour son irresponsabilité, mais surtout sa carence notoire en la matière. Face à l‘INTOX, nous vous proposons la DESINTOX.
Lisez les PÉPITES croustillantes de la semaine.

Intox
L’URD dans un communiqué déclare : « notre capitale, Bamako, a connu par le passé des opérations du genre dont le déroulement et l’issue ont été salués par tous (…) »

Désintox
Il faut arrêter de travestir l’histoire à des fins purement politiciennes. De mémoire d’homme, aucune opération de déguerpissement ne s’est passée sur des roulettes dans la capitale. Pour ceux qui sont en proie à une amnésie, il faut juste signaler ce qu’on a appelé ‘’le Plan SACKO’’, du nom d’un ancien Gouverneur du District qui a été un des plus retentissants, au point de faire trembler toute la République. De quelle autre opération peut parler l’URD ? Sabalibougou ? Soumy champion est mieux placé que quiconque, ayant été aux affaires, pour savoir que cela a été une véritable épreuve de force. Mme SY Kadiatou SOW qui s’était fait un point d’honneur à mener à terme les opérations par elle initiées, ne soutiendra certainement pas le contraire.
En tronquant les faits, pour des considérations d’opportunisme politique, le dessein de l’URD est clair : insinuer, de façon perfide, que les régimes précédents usaient de tact et que celui en place penche plutôt vers l’usage de la force brute, ignorant outrageusement le dialogue et la concertation. L’URD a-t-il pris la précaution élémentaire de s’informer auprès des syndicats de commerçants détaillants ? Non, il ne l’a pas fait. Parce qu’il aurait su que cette opération de déguerpissement en cours est l’aboutissement d’un processus de plusieurs mois de sensibilisation. Mais la mauvaise foi, a conduit ce parti à s’abstenir de rechercher la vraie information et à laisser libre cours à des absurdités dégoulinant de ses élucubrations.

Intox
« Le Gouvernement de la République du Mali (…) aurait dû (…) s’assurer que des sites de recasement aient été préalablement aménagés pour les déguerpis d’autre part ».

Désintox
C’est vraiment affligeant de se saisir d’un dossier dont on a aucune maîtrise. Le parti du Chef de file de l’Opposition n’a pas non plus la grandeur nécessaire pour prendre de la hauteur et faire une analyse froide, mais objective. Pour ce qui est de ce parti d’opposition, il ne s’agit plus de verve, de passion ou de hargne, mais de rage. Or, si la rage n’est plus un problème de santé publique, elle reste tout de même mortelle. Les prises de position de l’URD glissant chaque jour sur du factuel, de l’à peu près, la conjecture et jactance.
Pourtant, l’Opposition n’est pas délation et dénonciation gratuite. Elle est, dans une démocratie, une alternative, un projet et une vision d’avenir qu’on s’évertue à partager avec le plus grand nombre. Hélas, mille fois hélas, le partie de notre chef de file de l’Opposition se rabaisse à ressasser une rengaine dégorgée : le dialogue, la concertation. Le tout soutenu par une paranoïa et un opportunisme de mauvais aloi.
En dénonçant l’absence de dialogue et de concertation et arguant qu’il fallait s’assurer au préalable d’un site de recasement, l’URD étale au grand jour sa mauvaise foi ou son ignorance totale de tout ce qui se passe dans son pays. Parce que des éléments existent pour attester que toutes les dispositions ont été prises, en amont, pour mener à bien cette opération de déguerpissement devenue un autre fonds de commerce pour des opposants en manque d’inspiration. Certains passages de journaux sont là pour corroborer cette mauvaise foi. A cet effet ‘’Info-Matin’’ a publié un article titré : ‘’Aide aux victimes des incendies des marchés : La Commission ad hoc a déposé son Rapport !’’, dans lequel il est écrit : ‘’suite aux incendies survenus au niveau de certains marchés de la capitale, le Gouvernement a décidé de l’octroi de 400 millions FCFA aux victimes en guise d’aide à la reprise de leurs activités. Il s’agit du Marché rose, du marché Dossolo Traoré et du Marché de colas.
Une Commission ad hoc a dressé la liste des victimes avec le point suivant : 688 victimes au Marché rose, 274 au Marché Dossolo Traoré et 459 au Marché de colas (…). L’on souligne que la Commission ad hoc, présidée par le Président de la Chambre du commerce et d’industrie du Mali, constituée de représentants d’associations de commerçants détaillants et de représentants de sinistrés’’. C’était le 28 février 2014 (Nous sommes en août 2016).

Dans un autre article, en date du 14 février 2014, titré : ‘’Fluidité de la circulation : Les bouchées doubles du ministère du Commerce’’, il est écrit : ‘’Il (le ministre du Commerce et de l’Industrie) a initié encore hier une réunion au cours de laquelle les trois sous-commissions mises en place ont eu à faire le point de leurs recommandations pour la libération des grandes artères ainsi que des trottoirs, une mission relevant au premier chef du ministère de la Sécurité.
La première sous-commission, Anneau Sotrama, a procédé aux recommandations suivantes : la restauration des voies piétonnes pour installer les commerçants détaillants ; l’interdiction de l’exposition des marchandises devant les boutiques ; l’installation de détaillants sur la rue Pasteur ; l’affectation de certains anciens bâtiments publics du centre-ville pour accueillir des détaillants (Trésor, cité de Transrail, Cour constitutionnelle, ministère de l’Agriculture…). Sur ce dernier point, les détaillants demandent à être associés au processus d’affectation. Les autres endroits ciblés sont le côté Est du Stade omnisports, la rue qui passe derrière l’Ortm. Il a aussi été proposé de faire la situation des kiosques.
La deuxième sous-commission de recensement n’a pas terminé son travail. Elle a demandé une journée supplémentaire et l’assistance des autorités pour ne pas s’écarter des objectifs. Ce à quoi le ministre KONATE a réagi qu’il ne peut pas accorder de délai supplémentaire ; d’autant plus qu’il n’est pas certain de pouvoir obtenir un report de la date d’application de la mesure de libération des voies fixée au lundi prochain. Il a aussi précisé qu’il était indispensable de suivre scrupuleusement les orientations consistant à accorder la priorité à ceux qui sont propriétaires de kiosques ; ceux qui disposent d’une autorisation de la mairie ; ceux qui justifient d’une patente des 3 dernières années. Le recensement pouvant toujours continuer.
La dernière sous-commission, celle du recasement, a identifié des sites. En commune I, les marchés de Sotuba ACI et de Nafadji ; en Commune II, les marchés de l’Hippodrome 1 et extension, le collecteur de BALANSAKO. En commune 3 les marchés de Darsalam, près de la FR 3, de Olibya ; l’espace près du Soudan Ciné… ; en commune 4, les deux marchés non encore occupés qu’il faudrait mettre à la disposition de la commune ; en commune 5, les 2 marchés de Baco-Djikoroni et de Sabalibougou ; en commune 6, les Halles de Bamako, les marchés de Magnambougou et de Alamina.
Enfin, dans un article datant de juin 2014, intitulé : ‘’Répétitions de noms sur la liste des bénéficiaires : Les mises au point du département du Commerce, il est écrit : ‘’après avoir travaillé d’arrache-pied ; la sous-commission recasement de la Commission nationale déguerpissement des marchés du district de Bamako, vient d’arrêter la liste des bénéficiaires de magasin aux Halles de Bamako. Au total, 625 personnes ont été retenues par cette sous-commission pour être recasées après de rigoureux critères de sélection. Les listes de ces bénéficiaires sont affichées aux Halles de Bamako et disponibles également sur le site de la Chambre du Commerce et d’Industrie du Mali (CCIM)’’.
Comme on le voit, il y a bel et bien eu dialogue et concertation ; ce dialogue et cette concertation ont été initiés depuis deux ans ; des sites de recasement ont été identifiés par une sous-commission ; les organisations de commerçants détaillants ont bel et bien été impliquées dès le départ du processus. Tout cela a été porté à la connaissance de l’opinion nationale et internationale, par voie de presse.
Voilà des éléments de preuve qui épinglent l’URD et le confondent en tant qu’escamoteur des faits. Cela est tout simplement irresponsable. Rien d’étonnant pour un parti qui bat tous les records de frivolité.

Intox
Ousmane SY, ancien ministre de la Décentralisation (le père de la décentralisation au Mali), lors du ‘’Grand débat économique’’, portant sur le thème : ’’le transfert des ressources aux collectivités : les enjeux de la gouvernance économique’’, s’est réjoui : « Nous sommes passés de 19 communes à 703 communes. Aujourd’hui, partout au Mali, il y a les mairies, les centres de santé et les écoles »,

Désintox
C’est exact ; sauf que le nombre n’a jamais été synonyme de qualité. Il y a des communes qui vivotent et qui n’existent que de nom, parce qu’elles n’ont aucun potentiel économique pour participer à leur prise en charge. Il y a aussi des communes qui n’auraient jamais dû exister, parce que répondant à des découpages arbitraires qui troublent le modus vivendi. Ces communes, en l’état ne pas viables. Il est vrai qu’il existe des maires, ils ne peuvent d’ailleurs qu’exister dès lors qu’il y a des mairies. Mais à quoi servent-ils, si eux et les membres de leurs conseils sont incapables de mettre en place les mécanismes nécessaires à un autofinancement des centres de santé ? Rien. Ils ne sont pas davantage efficients dans le domaine de l’école. Au niveau de plusieurs mairies, les secrétaires généraux accumulent souvent plus de 8 mois d’arriérés de salaires. À force de végéter, nombre d’entre eux ont déserté leurs postes, laissant ces mairies avancer en laisse-guidon, beaucoup de maires n’ayant pas les compétences nécessaires pour la gestion administrative. Il y a donc lieu d’avoir une satisfaction mesurée par rapport à ce nombre qui est l’arbre qui cache la forêt de la précarité du nombre de communes du pays.

Intox
« Là où il y a la plus grosse panne aujourd’hui, c’est qu’on a construit des collectivités locales, mais l’État est resté centralisé ».

Désintox
L’État est resté centralisé, parce qu’il n’a jamais été préparé à être autre chose. Les tares de l’administration de commandement n’ont jamais réellement disparu. Du coup, le réflexe est de tout ramener à soi ; surtout lorsqu’on peut tirer quelques avantages pécuniaires de ce centralisme démocratique des temps modernes.
Mais, il est trop facile de jeter la pierre à l’État qui soit dit, n’est pas au-dessus de toute critique. Les communes aussi devraient se remettre en cause. La Loi sur la décentralisation leur confère des pouvoirs très étendus, dont beaucoup n’ont fait qu’un piètre usage, se contentant d’attendre les largesses de l’État providence.
Ce qu’il faut radicalement combattre, c’est aussi l’état d’assisté qui ne laisse place à très peu ou pas d’initiative locale. Ce qui, il faut en convenir, est en flagrante contradiction avec l’objectif de la décentralisation.

Intox
« La volonté politique qui accompagnait la décentralisation dans les années 1993 jusqu’en 2002, s’est fortement rétractée.

Désintox
La période de faste pour la décentralisation n’a porté que sur le règne de l’ADEMA-PASJ. Le successeur de Alpha Oumar KONARE, a donc été un piètre décentralisateur. Ainsi, l’ancien baron de la Ruche se tresse des lauriers et jette l’opprobre sur les autres. Pourtant, ATT n’est pas arrivé au pouvoir à l’insu de l’ADEMA, même s’il a été ‘’démocratiquement’’ élu grâce à ‘’la manipulation frauduleuse des résultats chiffrés du vote’’. On ne peut pas non plus lui nier d’avoir ébauché la création de nouvelles régions qui commencent à devenir réalité au cours de ce premier mandat du Président IBK. Il est particulièrement déloyal et inélégant d’ergoter un président dont on a particulièrement contribué à l’avènement à la magistrature suprême. Mais cela, l’homme politique qu’est Ousmane SY devrait bien le comprendre.

Intox
« Si on continuait avec cette volonté, on aurait pu éviter la crise de 2012».

Désintox
De grâce, de quelle crise parle-t-on ? Parce qu’en 2012, le Mali était le carrefour de toutes les crises (politiques, institutionnelle, sécuritaire, sociétale). Toutes ces crises ne résultaient certainement pas d’un déficit de décentralisation. Quand des soldats, en ont marre de se faire canarder, à tous les coups, par une coalition djihado-rebelle, et qu’ils prennent les armes pour chasser leur chef suprême, cela n’a rien à voir avec une décentralisation inachevée. Quand ce chef suprême est le premier à saper le moral de ses troupes en soutenant que l’ennemi est mieux armé et mieux aguerri et qu’on lui tienne rigueur pour cela, ça n’a rien à voir avec la décentralisation. Quand dans le Capharnaüm consécutif au putsch (ou la fuite du Général), la scène politique se bipolarise au point, pour certains politiques d’aller laver le linge sale sur la place publique à Ouagadougou, cela n’a rien à voir avec la décentralisation.
Quand des responsables maliens soutiennent l’embargo de la CEDEAO contre leur propre pays, ce n’est pas une question de décentralisation.
Il faut poser les vraies questions pour avoir les vraies réponses. La crise de 2012 est la répercussion de la crise libyenne. C’est de là-bas que sont venues les armes qui ont servi à combattre l’armée malienne. C’est de là-bas que sont venus les Najim et autres officiers et hommes de rang déserteurs de l’armée de Kadhafi. C’est de là-bas également qu’ils ont été remontés à bloc pour venir revendiquer un chimérique état de l’Azawad. Une revendication liée à des considérations géostratégiques. Cela est un facteur extérieur, même si l’on peut envisager, par complaisance ou par objectivité, des causes internes.
À cela, il faut ajouter le fait que l’armée malienne n’existait pratiquement plus que de nom. Sous équipée, en rupture de formation, manquant totalement de motivation (beaucoup ayant intégré l’armée non pas pour défendre la Patrie, mais pour assurer leur pain quotidien), avec une hiérarchie embourgeoisée, l’armée malienne ne pouvait nullement tenir tête à des combattants fanatisés. La crise de 2012 est aussi liée à la perte des régions du Nord du fait de l’incapacité totale de l’armée à accomplir sa mission. En raison de cela, l’on devrait parler de causes militaires.
Il y a aussi le trafic de drogue qui a prospéré au Nord, ‘’Air cocaïne’’ étant une des plus parfaites illustrations. Cette partie du territoire était devenue la plaque tournante du trafic international, aiguisant toutes sortes de convoitises, y compris, selon une agence internationale, de la part de certaines personnalités de l’État en tant qu’acteurs directs ou complices de narcotrafiquants. À ce niveau, il convient de parler de causes économiques.
La décentralisation n’est qu’une réponse à l’interne qui reste jusque-là butée à des résistances liées à des intérêts étrangers. Nous sommes en 2016, mais pourquoi des puissances veillent sur le MNLA comme du lait sur le feu ? Pourquoi elles laïcisent des mouvements tels le HCUA, pourtant notoirement djihadiste ? Il y a anguille sous roche.
In fine, la décentralisation inachevée de Ousmane SY, comme cause principale de crise de 2012, n’est qu’un dilatoire.

La rédaction


Maliweb

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