Retour de la Paix au Nord: La Conférence d’Entente Nationale, comme ultime espoir !

La tension vive entre les groupes armés et la grogne au sujet des autorités intérimaires ont mis à rude épreuve la mise en œuvre de l’Accord issu du processus d’Alger. Pour accorder les violons et préserver l’essentiel, la tenue d’une conférence d’entente nationale constitue aujourd’hui, l’ultime alternative pour une sortie de crise. Et ce, conformément aux fondements de l’Accord, édictés par l’article 5, Chapitre 2 du document de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation, signé le 15 juin 2015 par toutes les parties.
Le processus de paix au nord est sérieusement entravé. Au regard de la multiplicité des défis, la réprobation des citoyens et le conflit fratricide et tribal en cours entre les vrais acteurs (groupes armés), le Gouvernement malien ne sait plus par quel bout prendre. Le comité de suivi boucle les sessions (10ème round en ce moment) en parlotte dans les salons feutrés de Bamako, sans toucher du doigt les réalités sur le terrain. Les partenaires (MINUSMA, opération Barkhane…) sont préoccupés plus par la lutte contre le terrorisme que la question de l’Accord, dont la mise en œuvre incombe exclusivement à ses acteurs sous l’égide des d’une médiation conduite par l’Algérie.
Cependant, de nombreux observateurs déplorent l’attitude des hautes autorités du Mali, consistant à ne suivre que le rythme imposé par la Communauté internationale et la CMA. A titre d’exemple, l’on évoque la précipitation avec laquelle, le gouvernement malien a adopté la loi sur les autorités intérimaires. Une situation ayant suscité des remous à travers le pays, notamment à Gao.
Loi sur les autorités intérimaires, une initiative, presque, mort-née !
Devant la pression de la Communauté internationale, à travers le patron de la MINUSMA , Mahamat Saleh Annadif, Bamako a précipité la promulgation de la loi sur les autorités intérimaires. Cela, sans prendre en compte les désidératas de nombreux acteurs de premier plan de la gestion des collectivités, dont des responsables des partis politiques, surtout de l’opposition. D’après ceux-ci, l’adoption de la loi N°2014-052 du 14 octobre 2014 portant modification du Code des collectivités territoriales, constituerait un recul démocratique. Un pied de nez aux conseils communaux, conseils de cercle, conseils régionaux et au conseil du District élus. Et dont les mandats ont été prorogés par la Loi N°2015-047 du 07 décembre 2015 jusqu’à la mise en place de nouveaux organes.
L’installation de ces autorités intérimaires, ajoutent-ils, pousse à la touche les partis politiques dans la gestion des collectivités, et viole, de manière flagrante, la Constitution et des Lois régissant les Collectivités territoriales.
Même son de cloche chez de nombreuses composantes de la société civile, notamment les populations des régions du Nord. Lesquelles voient dans la mise en œuvre de cette loi, la partition du pays. Cela, avec les régions du Sud et le district de Bamako sous l’emprise des lois sur les Collectivités territoriales et celles du nord (Kidal, Taoudenit, Menaka, Gao et Tombouctou) régies par des dispositifs réglementaires. Du coup, l’on assista à des manifestations d’humeur dans de nombreuses régions du pays, particulièrement à Gao où la marche des populations locales fut réprimée violemment. Ainsi, la haute mission gouvernementale dépêchée sur place, a travers un protocole d’accord signé avec les frondeurs, a promis de surseoir à l’installation des autorités intérimaires. Partant, cette question d’installation des autorités intérimaires, qui d’ailleurs n’est qu’une étape du processus (prévue dans l’annexe de l’accord) et non le point central a fini par porter un coup dur à la mise en œuvre de l’accord même. Le Gouvernement peine à trouver une stratégie de communication viable pour convaincre les uns et les autres sur les contours d’une entente entérinée par les groupes armés, faisant le viatique de cette loi. Pour cela, le seul palliatif reste la tenue d’une conférence d’entente élargie à toutes les composantes de la Nation pour élucider cette question à partir des propositions concrètes.
Les conflits communautaires qui effacent toutes les conciliabules des groupes armés !
En effet, à travers ce qu’ils appellent « accord pour la normalisation des relations entre les communautés et mouvements du Nord », les groupes armés ont procédé à la signature des différents accords d’Annefis en septembre et octobre 2015, puis d’autres engagements dont l’entente de Niamey, en juin 2016. Ce faisant, les groupes armés comme pour démontrer à la communauté internationale, leur volonté de retour rapide de la paix au nord, avaient réussi à mettre le Gouvernement malien, hors du circuit. Ce dernier, à son tour était sur un autre front, celui de l’acquisition auprès des Nations unies d’un nouveau mandat (robuste) pour la MINUSMA. Ce qui fut possible, à travers la Résolution 2295, adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 29 juin 2016.
Cependant, ce nouveau mandat ayant élargi le champ d’action de la MINUSMA et renforcé ses équipements et son personnel n’a pas permis de juguler la nouvelle situation d’insécurité dans le pays. L’on assista à des attaques terroristes et à la reprise des hostilités entre les groupes armés, notamment dans la ville de Kidal. Ces conflits sont en train de prendre des proportions inquiétantes. Ils sont de nos jours communautaires et s’étendent à plusieurs localités du pays.
Nécessité d’une conférence d’entente nationale prônée !
Cette idée de concertations nationales autour de l’Accord émane des partis politiques de l’opposition. A son temps, cette demande visait l’appropriation de l’Accord par toutes les composantes de la Nation. Surtout pour qu’ensemble, les Maliens puissent donner une définition consensuelle à la terminologie ‘’AZAWAD’’. Face à cette pression, les parties ont convenu retenu le principe de la tenue d’une conférence d’entente nationale. Un point pris en compte dans le chapitre 2 de l’Accord, relatif aux ‘’ fondements de l’Accord’’. Afin de cheminer dans la même dynamique, le Gouvernement, avant le processus de réformes constitutionnelles en vue, doit évaluer la question, au regard des péripéties constatées ces derniers jours dans la mise en œuvre de certains points de l’accord Mais en raison des rapports de force et les réalités sur le terrain. D’ailleurs, la question était au centre débats lors du Forum des leaders religieux sur la mise en œuvre de l’Accord, tenu le mardi 02 aout dernier.

Moustapha Diawara

aBamako

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