Soumeylou Boubèye Maiga à propos de la situation sécuritaire du pays : « Tant que la souveraineté de l’Etat ne s’exerce pas sur l’ensemble du territoire national il faut s’attendre à des problèmes »

L’ancien ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Soumeylou Boubèye Maiga, non moins expert sur les questions de terrorisme dans le sahel, était face aux hommes de média, le samedi 6 août dernier, à la maison de la presse. Selon lui, le gouvernement malien doit convenir d’un agenda précis pour la mise en œuvre de l’Accord.
Sur invitation du Groupe patronal de la presse écrite, l’ancien ministre de la Défense et des Anciens Combattants, expert auprès de l’UA sur les questions de terrorisme dans la zone du Sahel, Soumeylou Boubèye Maïga, a entretenu la presse, samedi dernier sur les nouveaux enjeux de la sécurité pour notre pays.
Cravate rayée sur une chemise bleue ciel couverte d’une veste bleue marine. Face à la carte du Mali, Soumeylou Boubèye Maïga, pendant une heure d’horloge a évoqué, entre autres : les champs d’opérations des différents groupes terroristes, les enjeux géostratégiques dont le Mali fait l’objet, les récents événements de Nampala, le dispositif sécuritaire adopté par le Mali pour lutter contre le terrorisme, la mise en œuvre de l’Accord de Paix et de Réconciliation issu du processus d’Alger.
La vraie posture des groupes terroristes !
Pour le spécialiste, les groupes armés terroristes qui interviennent au Mali et en Afrique, mutualisent de plus en plus leur capacité de nuisance. Et dans cette dynamique, les groupes terroristes, d’Ançar Eddinne, du Front de libération du Macina et autres sont parrainés par Aqmi. C’est la raison pour laquelle, conclut-il, les attaques de l’Hôtel Radisson, celles de Ouagadougou et de Grand Bassam, ont toutes été revendiquées à la fois par plusieurs groupes terroristes. A l’en croire, le borgne algérien, Moctar Bel Moctar, parrain auto proclamé de ce que d’aucuns appellent le ‘’Sahelistan’’, a réintégré le groupe Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) depuis août 2015.
Quant au groupe Boko Haram, qui a prêté allégeance, au groupe Etat Islamique (EI), lui il contrôle le trafic d’armes et de drogues entre les ports d’Afrique de l’Est et de l’Ouest.
Selon M. Maïga, le Mali est situé dans une zone stratégique.Les études de l’Institut Géologique Américain ont démontré que le bassin de Taoudénit, contient beaucoup plus de gaz que l’on ne l’estimait. Et, poursuit-il, l’Europe puise 30% de son gaz dans les réserves de l’Afrique du nord ; tandis que les Etats Unis s’approvisionnent à hauteur de 15 à 20% en gaz et pétrole dans les réserves de l’Afrique au sud du Sahara.
Les sillons du retour de la paix !
Aux dires de Soumeylou Boubèye Maiga, la zone allant de la Mauritanie au Tchad en traversant le Mali, est une zone où le trafic de drogues, d’armes, de cigarettes et d’autres stupéfiants est très important. Le trafic de drogue a généré environ, 900 millions d’euro soit près de 600 milliards de Fcfa.
Selon ses analyses, en Afrique, il y a toujours une proximité entre les zones de production ou de recherche de matière premières comme le pétrole, le gaz et les zones de conflit.
A la question de savoir si la France et les pays voisins du Mali sont plus préoccupés par leurs propres intérêts que le retour de la paix au Mali, l’ancien ministre, a répondu qu’il revient à l’Etat malien de défendre ses propres intérêts comme le font les autres.
« En 2012 lorsque la crise libyenne a éclaté, nous avons déroulé le tapis rouge aux mouvements armés qui ont parcouru plusieurs centaines de kilomètres avant d’arriver au Mali. Cela veut dire que nous avons failli quelque part. Moi quand j’ai été nommé ministre des Affaires étrangères après, j’ai posé la question de savoir s’’ils ont avaient été identifiés. « Mais ce fut sans succès » a-t-il rappelé.
Parlant de l’Accord de Paix et de Réconciliation issu du processus d’Alger, il estime que : « sur le plan sémantique, c’est un accord pour la paix et non un accord de paix ». Pour cause explique-t-il, il est prévu de soumettre plusieurs dispositions de l’Accord, à une concertation nationale pour sa mise en œuvre. Mieux, l’ancien ministre de la défense propose que l’Accord de paix fasse l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale pour être adoptée comme une loi cadre. Selon lui le gouvernement et la communauté internationale doivent convenir d’un agenda précis pour sa mise en œuvre.
« Tant que la souveraineté de l’Etat ne s’exerce pas sur l’ensemble du territoire national, il faut s’attendre à des problèmes. Le retour progressif n’est pas un calendrier », dira-t-il.
Quant aux récents événements de Nampala, selon lui, le problème n’est nullement lié au déficit d’équipements dans le camp contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, mais plutôt aux failles du concept de défense que nous adoptons.
« Il nous faut être plus mobile sur le terrain et plus offensif. Tant que nous resterons dans une posture plus ou moins défensive nous resterons vulnérables aux attaques » a-t-il conclu.
Mimi Sanogo

aBamako

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