Prendre femme au Mali et la fuite en France

J’ai rencontré Sephora* une nuit sans lumière. Une coupure avait plongé dans le noir tout le quartier de Golf, sur la rive droite de Bamako. Dans la cour de mon logement, je l’ai aperçue avec ma lampe de poche. Elle m’avait vu m’agiter devant les fusibles du panneau électrique. Tout juste arrivé dans la capitale malienne, je ne réalisais pas qu’un long délestage était normal, surtout durant la saison chaude. Parce qu’elle avait sans doute un peu pitié de moi, elle m’a invité à prendre une bière dans son petit restaurant tout neuf. Une pièce à l’angle de la rue. « L’Angela », titrait la devanture. C’est le nom de sa fille de 9 ans, une métisse claire coiffée de fines tresses. Sa fille unique dont l’histoire passera peut-être par la région parisienne.

Sephora est née de mère congolaise et de père malien. Elle a grandi à Kinshasa avant de déménager en 2004 à Bamako pour retrouver sa famille malienne. « Je n’ai pas aimé le Mali au début, lance-t-elle. La culture y est moins ouverte qu’à Kinshasa. Il m’était impossible de boire ma Flag [célèbre bière ouest-africaine] sur le perron de ma maison sans attirer les regards méchants des voisins, ni de mettre des pantalons lors des visites familiales au lieu des boubous traditionnels. » Son milieu, à Sephora, c’est la nuit. Celle des clubs et de la pénombre qui affranchit des conventions. Elle y travaille comme serveuse quelque temps avant de se reconvertir dans le vêtement. Elle vend des accessoires, des tissus, bazin et Wax. Mais elle se rend vite compte que « les Maliens ne sont pas attirés par la mode comme les Congolais, pour qui la sape est tout un art, maîtrisé par les sapeurs », ces dandys excentriques et bigarrés.


Africatime

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