Contribution : Enquête sur le rôle de la Politique Française dans le conflit malien

Quel est le rôle de la France dans la crise que connait le Mali et que faut-il adopter comme décision face au sujet ? La question fait bien son petit bonhomme de chemin et chacun y va de son commentaire. Boubacar Touré est malien résident au Canada. Il est juriste de profession et patriote convaincu. Face au sujet, il préfère s’adresser directement aux concernés. Il s’agit du Président de la Commission des Affaires Étrangères de la France, du Président du Conseil de Sécurité des Nations Unies, à New York et du secrétaire général des Nations Unies. La lettre !

LETTRE OUVERTE

Au Président de la Commission des Affaires Étrangères de la France

Au Président du Conseil de Sécurité des Nations Unies, à New York
Au Secrétaire Général des Nations Unies

Objet : Ouverture d’une enquête sur le rôle de la Politique Française dans le conflit malien

Messieurs les Présidents,

A mon nom personnel et aux noms d’une majorité silencieuse du peuple malien déçu et frustré, permettez-moi de relever dans cette lettre certaines allégations attribuées à la Politique française dans son intervention au Mali à travers ses opérations SERVAL et BARKHANE. Nul n’ignore qu’en 2012, l’intervention militaire française au Mali, déclenchée contre des rebelles terroristes-jihadistes, avait été unanimement saluée par la population malienne dans son ensemble.

Malheureusement avec l’évolution de la crise malienne, des faits ont démontré que cette intervention française n’était pas désintéressée et cachait une motivation réelle, celle de la convoitise des ressources minières et énergétiques du bassin de Taoudéni (nord du Mali) et les velléités géostratégiques de la main mise sur Tessalit(Nord du Mali) pour y installer une base militaire, ambition qui remonte à la période coloniale. Ces faits semblent expliquer l’instrumentalisation d’une partie de la tribu Touarègue essentiellement les Ifoghas concentrés à Kidal et dont la population majoritaire appartient aux Imrad de classe inférieure, qui ont souffert des exactions des Ifoghas «soutenus et protégés par la France selon des observateurs».

Selon des allégations, « c’est à la fin de la IVe République Française durant la période coloniale, que Paris aurait nourri désespérément l’ambition de créer un

État Saharien (OCRS), Organisation Commune des États Riverains du Sahara.

Ainsi selon ces sources, la France venait de semer les prémisses d’une division

(balkanisation) du territoire malien en ayant comme objectif de garder la Sahara sous son contrôle et de rester près des Touarègues ».

Pour mieux comprendre l’intérêt suscité autour du Sahara sur le plan géostratégique, référons nous à l’article de Badou S. Koba intitulé : «Tentative de partition du Mali: La perfidie des impérialistes découverte » qui nous informe que «la France, au sortir de la seconde guerre mondiale, humiliée et affaiblie et malgré sa divergence avec l’Algérie, aurait tenté de se maintenir en Algérie et qu’elle aurait entrepris des essais nucléaires dans le Sahara dans le cadre d’une opération secrète baptisée «Gerboise bleue». Apparemment les populations de cette partie du territoire, auraient souffert de radiations de ces essais et demanderaient à présent une réparation à la France».

En rétrospective des événements, la Mauritanie et la France ont permis à des groupes rebelles-terroristes du MNLA d’ouvrir leurs bureaux à Nouakchott et Paris où ils ont proclamé le 26 avril 2012, la revendication et l’indépendance d’une enclave ethnique et tribale du territoire malien, qu’ils ont appelé «Azawad», mot emprunté d’un lieu de pâturage (oasis) au nord du Mali.

Pourquoi ils sont qualifiés de terroristes, c’est à cause des moyens d’action militaires utilisés, les crimes de guerre commis en violation du droit humanitaire international et des droits de l’homme. De plus ils avaient formé une alliance stratégiques avec d’autres groupes criminels comme AQMI, AL QUAIDA, ANSAR

EDDINE, MUJAO etc pour renverser les institutions souveraines maliennes.

Selon les rapports de Human Right Watch et Amnesty International, il a été établi que les « groupes rebelles séparatistes, les groupes islamistes armés et les milices arabes ont pris le contrôle du Nord en avril 2012. Ils ont commis de nombreux crimes de guerre, notamment l’enlèvement, la séquestration et viols des femmes et jeunes filles dont certaines étaient des mineures, l’utilisation des enfants soldats, le pillage systématique des institutions et patrimoines culturels».

L’organisme FIDH dans son rapport intitulé «crimes de guerre au Nord du Mali», révèle que des «Crimes internationaux et violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire ont été commis.

Selon elle, tous les mouvements ont tous commis de nombreux crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité : exécutions sommaires et extrajudiciaires de prisonniers de guerre et de la population civile, viols et autres crimes sexuels, utilisation de civils comme boucliers humains, enrôlement d’enfants-soldats, destruction de lieux de culte et de biens culturels d’inestimables valeurs dont certains classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, pillage des biens des populations civiles, des symboles de l’État (édifices, hôpitaux, tribunaux, mairies, écoles, etc) et des organismes internationaux et des ONG d’aide. Ils ont détruit les églises et persécuté les populations chrétiennes qui ont massivement migré vers le sud du pays. Les groupes islamistes se sont aussi attaqués à des lieux de culte musulmans et notamment les mausolées sacrés de la ville de Tombouctou. Début juillet 2012, 7 (sept) des 16 mausolées de saints musulmans de la ville et de la porte sacrée d’une mosquée du XVe siècle avaient été détruits par les hommes d’Ansar Eddine. Ces trésors culturels et historiques inestimables de l’ancien centre culturel et intellectuel d’Afrique sahélienne sont classés au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO, qui les avaient placés la veille sur la liste des patrimoines en danger».

La Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (Minusma) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH) ont présenté à la presse le vendredi 20 mars 2015, leur rapport conjoint sur la situation des droits de l’Homme au Mali. C’était au siège de la Minusma à Bamako (Hôtel de l’Amitié). Ledit rapport a été présenté par le Directeur de la Division des Droits de l’homme de la Minusma et Représentant du Haut commissariat des Nations Unies aux Droits de l’homme (HCDH). Ce rapport conjoint, porte sur la situation des droits de l’homme au Mali et reconnaît « des cas d’exécutions sommaires, de tortures, des traitements cruels, inhumains ou dégradants, des viols, des enlèvements, des arrestations et détentions arbitraires».

Ce rapport survient après un autre rapport accablant sur les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commis lors des événements de

Kidal, les 16, 17 et 21 mai 2014. Suite au parachèvement de la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, le 20 juin 2015, la Division des droits de l’homme de la MINUSMA publie le résultat de son enquête, menée pendant plusieurs mois, sur les événements de Kidal (nord-est du Mali) qui se sont déroulés entre les 16 et 21 mai 2014. «Rédigé conformément à la résolution 2227 (2015) du Conseil de sécurité des Nations Unies, ce rapport établit que des violations et abus graves du droit international des droits de l’homme et des violations du droit international humanitaire ont été perpétrés au cours de ces événements, par les Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM) et les groupes armés – le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA)».

Examinons la chronologie de certains faits liés à la préparation d’une rébellion insurrectionnelle. C’est Entre 1985 et 1990 que Iyad Ag Ghaly, met en place le

Mouvement Populaire de l’Azawad( MPA) dont il prendra la tête pour déclencher les hostilités en 1990. Il institue l’organe exécutif, le bureau politique du MPA.

Ensuite, il organise, avec l’appui du Gouvernement Libyen, la mise en route des combattants pour leur retour au Mali, afin de préparer le terrain pour la lutte armée. (Serge Daniel, 2014 ,pp.285-286). Le MPLA (mouvement populaire de libération de l’Azawad) est fondé en 1988 par des jeunes Touarègues entraînés en Libye. La première attaque, sous la conduite de Iyad Ag Ghaly, aura lieu sur la ville de Ménaka, le 27 juin 1990. Entre Juillet 1990 à janvier 1991, il effectua quatre attaques ciblées sur les localités maliennes de Tarkinte, Abeibara, Boghessa et Toksimen. Des massacres auraient été commis entraînant l’afflux de plus de 100 000 refugiés en Algérie et en Mauritanie. Un cessez-le-feu est conclu en 1991(Accord de Tamanrasset). Certains acteurs de ces événements malheureux sont actuellement membres du gouvernement du Mali bénéficiant du prix de l impunité. Le 17 janvier 2012, Le MNLA et affilié, déclenche une autre guerre de rébellion dont le bilan du conflit entre 2012 et 2013, se situerait autour de 150.000 maliens qui se sont refugiés à l’étranger et plus de 230.000 déplacés internes.

Le rapport no. 4431 du 6 mars 2012 de la Commission des Affaires Étrangères

Française sur la situation sécuritaire dans les pays de la zone sahélienne reconnaît que: « la Libye est un arsenal géant ouvert à tous les vents, et que lors de la crise libyenne, les stocks d’armes accumulés sous le régime du Colonel Kadhafi ont rapidement été à la source d’un trafic d’armes sans précédent. Les matériels ont ainsi été distribués, pillés puis abandonnés ou sont restés sans surveillance durant le conflit. Certains dépôts ont été partiellement délocalisés vers des endroits non prévus à cet effet tels que des bâtiments civils, des écoles, ou des hôpitaux, rendant encore plus aisé l’accès à ces armes. A cet égard, le témoignage effarant d’un journaliste français à Khochoum Al-Akhir est édifiant » Plusieurs observateurs reconnaissent la responsabilité de la coalition Franco-britannique dans le chaos actuel en Libye et les conséquences au Nord du Mali lorsque environ 1000 à 4000 Touarègues lourdement armés sont rentrés au Mali pour combattre l’armée nationale et semer la terreur au sein de la population civile.

Après la chute du régime de Khadafi en Libye, des combattants terroristes

«Touarègues» sont revenus au Mali avec des armements sophistiqués comme des « missiles sol-air ». Certains observateurs évaluent à 10 000 les missiles sol-air dont on a perdu les traces.

Serge Daniel dans son livre, intitulé «Les mafias du Mali, trafics et terrorisme au

Sahel» cite l’entourage immédiat de Iyad Ag Ghaly qui confirmerait l’information.

Cette même information est confirmée par «Le Reporter» dans sa publication du 2 mai 2015 faisant état de la découverte des armes de fabrications françaises retrouvées sur les combattants de la CMA. Dans les premiers instants de la prise de la ville de Ménaka par Le Gatia, 10 caisses de munitions et de mitrailleuses françaises ont été trouvées chez le déserteur Alhader ag Faki, représentant du

HCUA à Ménaka. Cette même information est rapportée par : « L’indicateur du

Renouveau » selon qui : le 14 octobre 2013, le quotidien français le Monde rapportait que « les services français ont fourni un avion contenant 70 000 litres de carburant et ont fait parachuter des armes pour soutenir les troupes du MNLA après leur éviction par les jihadistes d’Al-Qaida, à l’été 2012. (…) Pendant l’offensive française, la DGSE avait même préparé des livraisons de missiles antichar Milan au MNLA, mais ne les aurait pas fournis au regard de la faible résistance des troupes jihadistes ».

L’organisation par François ALFONSI et deux autres députés de l’Europe écologie les 22 mai et 23 octobre 2012 dans le but de légitimer le MNLA auprès du parlement Européen. En effet, à ces deux dates, le député européen François ALFONSI et ses collègues députés (Europe Écologie, (Verts/ALE) avaient invité les responsables du MNLA afin qu’ils viennent au parlement européen pour présenter les propositions de leur “plateforme politique”. Il s’agit d’un document de 11 pages élaboré par le MNLA et présentant ses objectifs et sa vision pour une paix durable dans le nord du Mali. Comment peut-on accorder une si grande attention à des groupes terroristes dans une instance législative qui est supposée incarner et défendre l’État de droit.

L’analyse de Crisis Group est catégorique sur le fait que « ni le projet fédéral de

l’Azawad ni celui de la décentralisation ne constituent des réponses » aux causes profondes de la crise du nord. Il faut, selon l’organisation, transcender les questions purement institutionnelles, dépasser la vision « régions et État central » et s’intéresser davantage, par exemple, à la question de la « gestion politique des minorités ». Crisis Group reproche à la rébellion-CMA, le maximalisme à outrance de « camper sur des revendications peu réalistes et ignorer la diversité des populations du Nord qui n’adhèrent pas toutes à ses projets ». Nous pouvons conclure qu’un projet d’accord qui n’implique pas toutes les communautés de base lors des négociations comme ce fut le cas avec l’accord d’Alger, ne résistera pas aux réalités et l’épreuve des vicissitudes du temps. Quel sera le statut et la place des autres minorités du Nord du Mali : Sonrhai (majoritaire), sarakolé, peulh, bellah, Imrad, maure et arabe ?

ATTENDU : que des allégations font état d’un soutien de la politique française aux rebelles du MNLA-CMA dont le plan conçu est la déstabilisation et la partition du Mali ;

ATTENDU : qu’un officiel français a reconnu publiquement que la France avait des relations fonctionnelles avec le MNLA et que la France était venue au Mali pour ses intérêts ;

ATTENDU : que des armes françaises saisies à Ménaka sur des rebelles de la CMA ont été utilisées dans l’affrontement sanglant survenu à Ménaka et sans doute aurait servi à tuer des maliens ;

ATTENDU : que plusieurs faits démontrent le manque de neutralité, et de transparence de la politique française dans la crise malienne ;

ATTENDU : que la France est dans une situation de conflit d’intérêt dans l’exécution de son mandat et qu’elle a perdu toute crédibilité aux yeux d’une majorité de maliens ;

ATTENDU : qu’il y’a des allégations sur la motivation réelle de la France d’intervenir au Mali pour s’y installer à cause de la convoitise des ressources économiques du Nord et la position géostratégique de Tessalit au Nord du Mali ; des faits qui seraient des éléments déclencheurs des hostilités de rébellion ;

ATTENDU : que la majorité du peuple malien a perdu confiance aux forces militaires BARKHANE ; Nous demandons au Parlement français et au Conseil de Sécurité des Nations Unies, l’ouverture d’une enquête internationale sur les allégations d’appui opérationnel et logistique accordé aux groupes terroristes du MNLA et CMA dans le conflit malien.

Ensuite nous demandons une enquête sur les conditions non transparentes d’un traité de coopération militaire entre la France et le Mali sur une « présumée installation d’une base militaire à Tessalit». Une telle décision importante qui engage l’État malien, devrait faire l’objet d’une discussion démocratique et d’approbation du parlement malien, à l’instar du Sénat français, nonobstant la prérogative présidentielle.

ATTENDU : que le peuple malien attend impatiemment les conclusions d’une telle enquête et si les faits se confirment, le même peuple aura l’opportunité de se prononcer librement sur le maintien ou la rupture de toute coopération militaire avec la France incluant la présence des forces BARKHANE.

Montréal, le 5 août 2016

Boubacar Touré, Juriste et patriote malien

Résident à Montréal

Canada

Tél : (514) 251-6358

aBamako

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