Liberté d’expression : Ce qui est reproché à Ras Bath

L’animateur et activiste politique Ras Bath est poursuivi par le Procureur de la République pour des motifs divers. Mais ce qui retient l’attention est surtout « l’outrages publics et injures». Selon de nombreux citoyens, le prévenu avait pourtant eu tout le temps de tailler en pièces plusieurs personnages publics, et il n’avait jamais été inquiété jusqu’au moment où il est devenu gênant pour le pouvoir.

La façon dont l’interpellation de l’animateur a dégénéré montre que la décision du Procureur de s’autosaisir était mal inspirée. Si les personnages « insultés » s’étaient portées partie civile, Ras Bath aurait été mis aux arrêts puis jugé sans que ses supporteurs voient dans la procédure judiciaire une méthode douce de le museler définitivement.

Auprès de ses fans, Ras Bath passe pour le seul «intello » qui ose dire la vérité aux Maliens sur la corruption des élites et des responsables du pays. En effet, l’animateur a trouvé le moyen de s’adresser dans un langage accessible aux masses populaires qui tiennent l’élite responsable de leurs frustrations grandissant de jour en jour.

D’ailleurs, le contexte ne s’y prête pas. L’opération de déguerpissement des commerçants occupant illicitement les rues de Bamako en a ajouté aux frustrations de la rue. Des milliers de jeunes ont soudainement vu leurs petits commerces et autres activités s’arrêter sur la décision du gouverneur de Bamako qui ne fait qu’appliquer la loi du pays.

L’ambiance délétère résultant de cette initiative aurait dû être un repère pour le Procureur dont l’action impopulaire est légale. La sortie des jeunes pour soutenir le détenu était donc prévisible, mais le Procureur n’a rien vu venir ou aurait sous-estimé la détermination de ces fans qui avaient barricadé des routes dans la nuit de l’arrestation de celui qu’ils défendent.

Il est aussi reproché à Ras Bath d’avoir récemment pris pour cibles des responsables de l’armée malienne dans ses dernières émissions. D’ailleurs, celle qu’il s’apprêtait à animer sur Maliba FM à la veille de son arrestation portait sur la grande muette. Quelques semaines après que le chef d’état-major général des armées ait essuyé des tirs de sa part.

Qu’aurait-il dit aux auditeurs s’il avait eu la possibilité de faire sa dernière émission? Ce qui est clair, c’est le commandement qui serait visé, apprend-t-on en coulisse. Les ministres concernés auraient eu leur part de critique. Tout comme le Premier ministre qu’il avait rudoyé, dénonçant des mois plus tôt, des présumés détournements de deniers publics.

Soumaila T. Diarra

 


Maliweb

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