Mali : la lutte contre les réseaux terroristes doit « se faire avec doigté et intelligence »

L'ancien Premier ministre malien Moussa Mara (5 avril 2014 - 9 janvier 2015) a conseillé "doigté et intelligence" dans la lutte contre les réseaux terroristes au Mali.
"La lutte contre ces groupes, dont certains sont maintenant assez bien intégrés dans nos terroirs et au sein de nos communautés, doit se faire avec doigté et intelligence", a-t-il affirmé au cours d'un entretien accordé à Xinhua, suite à la recrudescence de la violence au nord et au centre du Mali.
"Nous devons savoir mieux nous défendre, mieux anticiper les attaques par un dispositif de renseignement et d'observation plus approprié. Nous devons savoir mieux attaquer par un meilleur ciblage et une meilleure utilisation des populations", a-t-il ajouté.
Au mois de juillet et en début août 2016, les attaques se sont multipliées au centre et au nord du Mali, avec des actions terroristes revendiquées par Ançar Dine via les Forces de libération du Macina, qui ont fait près d'une trentaine de morts.
Pour l'ancien Premier ministre malien, ces groupes "veulent faire dérailler le processus de paix, répandre l'insécurité, susciter des réactions des forces armées qui les renforceront encore, créer des conflits intercommunautaires qui servent leur cause. Bref, répandre le désordre et le chaos qui les rendent plus forts et leur procurent des moyens supplémentaires".
Il a souligné que "ces organisations n'ont pas l'ambition de conquérir des territoires ou d'acquérir des positions politiques, mais de créer une situation qui favorise leur expansion voire leur pérennité".
Cet avis est partagé par Abdoul Karim Dia, spécialiste des questions de sécurité dans la bande sahélo-saharienne, qui a, en outre, relevé un "partage des rôles entre Ançar Dine et AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique)".
Mais, pour un diplomate africain en poste à Bamako, "ce n'est pas un partage systématique des rôles. Il découle souvent des rapports des forces et aussi de la rivalité entre AQMI et Daech qui ont la même cible : les puissances occidentales et leurs intérêts dans le monde".
Le spécialiste en géopolitique a précisé qu'au Sahel, notamment au nord du Mali, "(l'opération française) Barkhane est presque hors de portée d'AQMI. Mais, en visant la MINUSMA (mission de paix de l'ONU), ce groupe fait coup double en atteignant la France et ses alliés ainsi que les Nations unies, donc les puissances occidentales. Ançar Dine n'a pas les moyens de rivaliser ni avec AQMI ni avec Daech".
Pour les experts favorables à cette thèse, cette répartition géographique des cibles est liée aux rapports de forces sur le terrain, même si les considérations politiques ne sont pas négligeables.
"Les forces armées et de sécurité maliennes représentent la principale cible d'Ançar Dine. C'est surtout à l'Etat malien qu'Iyad Ag Ghali (chef d'Ansar Dine) en veut, même s'il est aussi une menace pour les intérêts français à cause du soutien de la France à Bamako", a soutenu M. Dia.
Les forces armées et de sécurité étant moins présentes dans le nord, a-t-il souligné, ajoutant que cette organisation concentre ses actions au centre du pays en s'appuyant sur des satellites (Forces de libération du Macina) efficaces non seulement grâce à leur connaissance du terrain, mais aussi leur facilité à enrôler de nouveaux combattants.
"Pour le moment, AQMI ne veut pas éparpiller ses forces concentrées au nord où la MINUSMA est une cible privilégiée", a estimé le diplomate à Xinhua.

aBamako

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