Répression de Manif au Mali : Quand IBK se trompe de combat

La tension est montée de plusieurs crans, hier, 17 août 2016, au Mali, pays du président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK). Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une attaque terroriste ou d’un affrontement entre différents groupes armés qui écument le Nord du pays. Il s’agit plutôt de heurts violents entre manifestants et policiers à Bamako, la capitale malienne, qui ont fait au moins 1 mort et de nombreux autres blessés dont un dans un état critique. En effet, tout est parti de l’arrestation, le 15 août dernier, du blogueur Mohamed Youssouf Bathily, qui n’est personne d’autre que le fils du ministre malien des Domaines de l’Etat et des affaires foncières. Poursuivi pour outrage aux bonnes mœurs, le chroniqueur connu pour être très critique vis-à-vis de l’armée malienne et du président IBK, était appelé à comparaître, hier, devant le tribunal de Bamako où s’étaient rassemblés un groupe de jeunes qui réclamaient sa libération. C’est ainsi que dans leur furie vengeresse, les manifestants ont brûlé des voitures après que la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour les disperser. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Mali, dans le contexte actuel marqué par la recrudescence d’attentats terroristes et d’accrochages récurrents entre groupes rebelles, n’avait pas besoin d’une telle publicité supplémentaire mondiale. L’heure devrait être à l’union sacrée contre les ennemis de la paix plutôt que de s’offrir en spectacle à travers des scènes de violence au point d’en laisser des cadavres sur le carreau. Car, comme le dit un adage bien connu de chez nous, « quand la pluie vous bat, ne vous battez pas ». Mais les Maliens ont choisi de faire autrement, oubliant qu’ils jouent là à un jeu dangereux ; l’ennemi pouvant profiter de ce ramdam pour frapper là où on l’attend le moins, surtout qu’il en a l’habitude.

Le président IBK ne devrait pas chercher à cacher le soleil avec son doigt

En tout cas, ce dont le Mali a le moins besoin par ces temps qui courent, c’est d’une crise sociopolitique qui, comme en 2012, pourrait ouvrir grandement la porte aux djihadistes qui n’en demandent pas mieux d’ailleurs. Il faut donc savoir raison garder. Ce d’autant que les critiques formulées à l’encontre du pouvoir malien par le sieur Mohamed Youssouf Bathily, pour son incapacité à réorganiser l’armée malienne, n’ont absolument rien de monstrueux ni d’outrageant. Bien au contraire, elles traduisent une criante réalité. Et Mohamed Youssouf Bathily n’a fait que dire tout haut ce que bien des Maliens pensent tout bas. C’est dire que IBK se trompe de combat. La meilleure façon pour lui de sauver son honneur qu’il estime bafoué, n’était pas de tomber à bras raccourcis sur le pauvre chroniqueur, mais de se remettre en cause en cherchant à requinquer l’armée malienne qui, faut-il le dire, a aujourd’hui le moral au bas des brodequins ; en atteste la récente attaque du camp militaire de Nampala qui avait coûté la vie à 17 soldats. On oublie volontiers la défaite cuisante qu’avait subie l’armée malienne en mai 2014 face aux rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), lorsque le Premier ministre d’alors, Moussa Mara, envers et contre tous, avait tenté de braver l’interdit en voulant se rendre à Kidal. La suite, on la connaît. Pour toutes ces raisons, le président IBK qui, en deux ans de gouvernance, semble avoir déçu bien des Maliens, ne devrait pas chercher à cacher le soleil avec son doigt.

B.O

aBamako

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