Mot de la semaine : Interpellation

Le lundi 15 août 2016, les fidèles auditeurs de l’émission « Cartes sur tables » de la radio Maliba FM ont été privés de leur droit d’être mis au courant des affaires les plus rocambolesques de la République à cause de l’interpellation de Mohamed Youssouf Bathily alias Ras Bath. Celui qui est considéré aujourd’hui comme la star des ondes à Bamako empêche, depuis un certain temps, les tenants du pouvoir de tourner en rond. Il a par son courage dénoncé les tares de la gouvernance actuelle et par son opiniâtreté  mis à nu les pratiques malsaines et subversives des autorités politico-religieuses et même des forces armées et de sécurité. Son interpellation et sa traduction pour atteinte aux mœurs  devant les tribunaux est une tentative déguisée de le faire taire à jamais pour que continue la démolition de la République. La Justice se trompe-t-elle de combat ? Ne pouvait-elle pas s’autosaisir des multiples  dossiers brûlants de malversations, de corruption, de népotisme, de clientélisme qui gangrènent notre administration et annihilent tout projet de développement ? Si la justice veut bien redorer son blason terni, c’est d’abord  par un combat pour son indépendance du pouvoir exécutif, mais aussi et surtout par une lutte sans merci contre la corruption à son sein et au sein de l’administration. Elle se trompe lamentablement de cible en tentant  de museler  la Presse. Si nul n’est au dessus de la loi, Ras Bath, étant un justiciable, personne ne pourrait s’opposer à  sa comparution. Mais il semble être poursuivi pour des faits qui ne sauraient être des motifs valables. Son interpellation relèverait plus d’une tentative de le faire taire. Les associations de  Presse, de la société civile et de défense des droits humains sont fortement interpellées pour qu’elles donnent de la voix afin d’exiger de la justice l’interpellation de tous les responsables impliqués dans les malversations financières ou foncières.

En définitive, plus de 24 ans après l’avènement de la Démocratie, la menace  sur le 4ème  pouvoir, c’est-à-dire la Presse, n’a jamais été aussi sérieuse que maintenant. De l’avis de nombreux observateurs, si Ras Bath a été interpellé pour outrage public à la pudeur, ce serait également justice de poursuivre le sulfureux prêcheur Bandjougou Doumbia pour les mêmes chefs d’accusation. L’opposition parlementaire et les défenseurs de libertés d’expression sont interpellés pour empêcher toute tentative de musèlement de l’un des précieux acquis de la Révolution de Mars 1991, à savoir la liberté d’expression.

Youssouf Sissoko

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Maliweb

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